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Michel Chartrand
Un exemple pour la gauche québécoise
Quel avenir pour la gauche : Nationalisme ou multiculturalisme ?
Simon-Pierre Savard-Tremblay
Tribune libre de Vigile
mardi 20 avril 2010      822 visites      9 messages


Michel Chartrand disparaissait le 14 avril dernier, en ce septième anniversaire de la première élection du Parti Libéral du Québec. Après une longue vie de bruyants discours, le bouillant syndicaliste avait désormais droit au silence que confère le repos éternel, allant retrouver sa Simonne bien aimée là où le Ciel est bleu.

Ayant eu la chance d’être présent à ses émouvantes funérailles pour lui rendre un dernier hommage, j’en suis venu à la conclusion qu’il était désormais temps de tirer un bilan lucide de l’influence qu’a pu avoir cet illustre disparu.

D’abord moine, il eut ensuite l’immense privilège d’être l’élève du plus grand homme de notre histoire nationale, le chanoine Lionel Groulx. L’abbé Groulx fut d’ailleurs le seul prêtre qui accepta de le marier avec sa bien aimée Simonne Monnet, à une époque où le statut de juge du père de cette dernière (qui voulait empêcher cette union) lui conférait un ascendant incroyable sur les curés de la région. Le grand chanoine baptisa ensuite les enfants du couple Monnet-Chartrand.

Ami d’André Laurendeau, Michel Chartrand milita aux cotés de la jeune formation nationaliste et anti-impérialiste qu’était le Bloc Populaire Canadien, pour laquelle il fut d’ailleurs candidat. Puis, dans les années 60 il se rapprocha de Pierre Bourgault et du Rassemblement pour l’Indépendance Nationale, sans jamais parvenir à s’entendre parfaitement avec eux.

Homme de grande culture venant d’un milieu aisé, il épousa néanmoins la cause de ses compatriotes miséreux en s’impliquant dans le syndicalisme catholique. Jésus Christ était son modèle en tant que révolutionnaire, défendant des valeurs similaires.

Socialiste, il rejeta toujours le marxisme pour son dogmatisme. Comprenait-il sans doute que dans les dits « États-ouvriers », les travailleurs bénéficiaient de conditions de vie infiniment plus déplorables que celles conférées par les entreprises privées du monde occidental, que la justice sociale n’était pas au rendez-vous, que le droit de grève et d’association n’existaient pas en Europe de l’Est et que lui-même aurait terminé sa vie dans un camp de travaux forcés ou dans une prison, ou encore dans le sous-sol de la Loubianka. Michel Chartrand était de cette gauche qui souhaitait une solidarité volontaire entre travailleurs dans le but d’obtenir un rapport de force vis-à-vis de la partie patronale. Son amour de la liberté l’empêchait tout simplement de soutenir une quelconque forme de totalitarisme.

Michel Chartrand était issu de la gauche nationale, faisant de l’indépendance du Québec et de la défense de la langue française des combats fondamentaux. Si ce courant existe toujours, il en était le dernier tribun charismatique. Bien que membre de Québec Solidaire pour ses positions économiques, il n’était définitivement pas issu de cette « gaugauche » antinationale, multiculturaliste et communautariste qui a intériorisé l’idéologie trudeauiste et les complexes post-1995. D’où vient donc cette gauche multiculturelle et en quoi diffère-t-elle de la gauche syndicale nationaliste ?

Après avoir constaté l’échec du communisme et déçus que le prolétariat n’ait pas eu le potentiel révolutionnaire qu’ils espéraient, des penseurs marxistes, tels Antonio Gramsci ou George Lukacs (à ne pas confondre avec le « cerveau » derrière Star Wars), en vinrent à la conclusion que la condition nécessaire à la destruction du système capitaliste était la fin de la nation et de tout ce qu’implique la notion d’identité nationale : culture nationale, langue, traditions, etc. Terminé l’amour des classes populaires : elles ne méritaient plus cette attention et était coupable d’avoir rejeté leurs « libérateurs ». L’heure est au mépris de ces dernières : attachées au fait national, elles avaient fait mentir leur maître, Karl Marx, qui prétendait que les prolétaires n’avaient pas de patrie.

Terminé aussi la gauche syndicale. Ce néomarxisme dilué (ou postmarxisme) allait devoir être une idéologie de l’élite. L’offensive intellectuelle allait être lancée avec les contre-cultures et le multiculturalisme comme instruments de combat sous le couvert du « progressisme ». L’invasion du discours officiel doit passer par le biais des universités et des médias. Peu à peu, le système politico-médiatique adopta la « novlangue » du politiquement correct et de la nouvelle pensée unique pseudo-progressiste : ouverture à l’autre, tolérance, respect des différences. Tant de mots dénués de leur sens et utilisés à toutes les sauces. Et les épithètes accolées aux criminels de la pensée étaient nombreux : conservateurs, racistes, xénophobes, etc. Le problème, c’est que l’élite de cette société orwellienne n’est jamais parvenue à convaincre la population. Un fossé s’est clairement creusé entre le peuple et son élite, comme les résultats électoraux de 2007 le démontrent.

S’agissant à la base d’une idéologie prétendant parler au nom du peuple contre la bourgeoisie, n’est-ce pas ironique qu’elle soit devenue l’idéologie de la bourgeoisie contre le peuple ?

Au Québec, les positions des « bien pensants » ne dépassèrent jamais le Plateau Mont-Royal, le seul comté (Dieu merci !) représenté par Québec Solidaire (son unique député était d’ailleurs très pressé, aux funérailles de Michel Chartrand, de se placer devant les kodaks pour dire que le défunt était membre de sa secte ; on se repose jamais de faire de la politique…).

Comme le disait si bien l’animateur du spectacle hebdomadaire de la gaugauche montréalocentriste, Tout le monde en parle, Guy A. Lepage :

« On s’identifie de plus en plus à l’endroit d’où l’on vient. Pendant des années, je me suis dit : je suis un Québécois par rapport au Canada, un indépendantiste par rapport aux fédéralistes. Je me rends compte que, de plus en plus, je suis un Montréalais. C’est mon identité. Et la plupart des gens qui pensent comme moi viennent de Montréal. […] J’ai plus de complicité et d’intérêts en commun avec des gens qui vivent à San Francisco, Barcelone, Stockholm ou New York qu’avec des gens des régions du Québec ».

Monsieur Lepage, le sentiment est réciproque : les gens des régions du Québec n’ont pas tellement d’intérêts en commun et de complicité avec vous non plus…

La gauche pseudo-progressiste et la gauche nationale sont comme le jour et la nuit…

Si Michel Chartrand rejetait le marxisme, il refusait également d’adhérer à ses variantes.

Alors que le plus illustre porte-parole du « peuple d’en bas » vient de nous quitter pour un monde meilleur, la gauche doit suivre son exemple et réintégrer le mouvement national. Elle doit se défaire de ses éléments idéologiques corrupteurs et sortir de son coma politique. Dans cette guerre culturelle, elle doit être du bon côté de la barricade.

Elle doit bien cela au géant qui vient de nous quitter.

Michel Chartrand, une grande perte pour le Québec.

Simon-Pierre Savard-Tremblay




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Vos commentaires:
  • Un exemple pour la gauche québécoise
    20 avril 2010

    Il est important de savoir que bien qu’il était indépendantiste, il n’a jamais adhéré au PQ contrairement au RIN. Il a toujours considéré le PQ comme étant un parti capitaliste et cela dès sa fondation. Souvent on laisse sous-entendre que le PQ était à Gauche dans ses débuts, mais lorsqu’on fait la lecture de la vie de Michel Chartrand, on peut facilement se rendre compte que c’est Faux, le coté social démocrate a toujours qu’une façade au PQ. Il ne faut pas oublier que Michel Chartrand n’a pas rejoint le parti libéral comme un certain René Lévesque.


  • Bravo
    20 avril 2010, par Jean-Roch Villemaire

    Texte tout à fait génial. Bravo Simon-Pierre !


  • Un exemple pour la gauche québécoise
    20 avril 2010, par Rémi

    Wow. Première fois que je viens sur ce site et définitivement la dernière. Ce texte est une aberration et un ramassis de fausseté et de préjugés. C’est une honte de prétendre rendre hommage à Chartrand avec de pareils propos. Vous faites partie de ceux qu’il a dénoncé toute sa vie.

    Chartrand était socialiste, il l’a dit à plusieurs reprises, allez faire vos devoirs avant de répandre des mensonges sur sa mémoire.

    Comment osez vous dire que le socialisme est devenu l’idéologie de la bourgeoisie ? Sur quelle planète vivez-vous ?

    Je vous invite plutôt à lire ce texte qui s’avère, lui, pertinent et véridique.


  • Un exemple pour la gauche québécoise
    20 avril 2010, par Durruti

    Une seule chose. Adorer Lionel-Groulx est propre aux nationaleux. Voici ce qu’en pense Gérard Bouchard (sûrement un traître d’après vous) :

    "« Il apparaît évident, à la lumière des extraits reproduits, que Groulx a incarné vigoureusement une variété du fascisme, au sens plein du terme, qui l’associe de près aux grands chefs et aux régimes qu’il admirait », c’est-à-dire Dolfuss, Mussolini, Franco, De Valera, Pétain et Salazar."


  • Un exemple pour la gauche québécoise
    21 avril 2010, par Sébastien Robert

    Votre "hommage" à Michel Chartrand est beaucoup plus un hommage à l’homme que vous voulez voir en Michel Chartrand que l’homme qu’il a été réellement. D’abord, Michel Chartrand, membre de Québec solidaire, a toujours été ouvert à l’autre disant que "tous les humains sont de ma race".

    Ensuite, Chartrand n’a jamais aimé les nationaleux. Comme on le comprend rapidement en lisant cette citation de lui : :« Les nationalistes pardonneront les pires turpitudes au PQ. Ils sont prêts à oublier qu’il existe une différence énorme entre le nationalisme et une véritable libération nationale. Raison pour laquelle j’ai toujours été contre ces "nationaleux" qui voulaient sauver la langue et laisser crever ceux qui la parlent. »

    Finalement, je trouve pathétique de voir un paquet de groupes éloignés idéologiquement de Chartrand s’arracher son cadavre pour qu’il appuie leur cause. C’est pathétique parce que, s’il avait été vivant, il les aurait remis à leur place à grands coups de pied dans le cul (agrémentés de quelques sacres).


  • Un exemple pour la gauche québécoise
    21 avril 2010, par Simon-Pierre Savard-Tremblay

    @ Remi
    Je vous invite à apprendre à lire : je dis justement que Chartrand était socialiste mais pas marxiste, et j’explique en quoi le marxisme (pas le socialisme) s’est transformé en idéologie de la bourgeoisie. Peut-être est-ce trop dur à comprendre...

    @ Durruti
    Notre identité nationale doit énormément à Lionel Groulx, qui a contribué plus que tout autre à construire une mémoire et une histoire commune dans le but de nous doter d’une conscience collective.
    Si on lit les "Deux chanoines" de Gérard Bouchard, qui est un très mauvais livre, le sociologue est beaucoup plus nuancé sur le prêtre. Bouchard, celui qui affirmait récemment que la laïcité intégrale entraînerait une vague de désobéissance civile, est moins un traître qu’un idéologue élitiste coupé de la réalité.

    @Sébastien Robert
    Mon hommage à Michel Chartrand est tout à fait sincère je vous l’assure, j’admirais l’homme de son vivant. Je suis bien conscient que Chartrand ne pouvait être favorable à un nationalisme séparé du socialisme. Si je diverge avec lui là dessus, j’explique justement dans mon texte que la gauche devrait, tout en conservant les positions économiques et sociales qui lui sont propres, réintégrer le mouvement national et ramener les combats linguistique et indépendantiste à l’avant plan de son programme. C’est d’ailleurs ce qui différencie le SPQ Libre de Québec Solidaire, comme j’en ai parlé à Marc Laviolette lors des funérailles du défunt.
    Par ailleurs, il n’est nulle part suggéré dans mon texte d’être "fermé à l’autre".


  • Un exemple pour la gauche québécoise
    21 avril 2010

    @ Simon-Pierre Savard-Tremblay

    Je vous invite à lire du Alain Soral où il prône le concept de la gauche du travail et de la droite des valeurs. Le nationalisme penche à droite et la notion du bien commun penche à gauche. Québec Solidaire n’est pas assez à droite sur le plan des valeurs et le SPQ-Libre n’est pas assez à gauche sur les questions économiques.

    Le nationalisme de gauche n’existe presque plus et c’était inévitable, car il y a une réelle opposition entre l’identité national et le respect de la diversité culturelle sur lequel trébuche Québec Solidaire. Depuis, les années 70, mais surtout depuis les années 90, il y a une monté du pluralisme qui s’oppose au socle commun de l’identité national et cela dans tous les pays. La gauche souffre de sévère xenophilie qui s’oppose à l’intérêt national de l’identité.


  • Un exemple pour la gauche québécoise
    22 avril 2010

    A l’époque actuelle du mondialisme, la gauche ne peut-être de gauche que si elle défend la souveraineté et l’identité nationale. La gauche xénophile et toujours distante du nationalismes (QS ?) est un anachronisme. Alain Soral (Égalité et Réconciliation) apportent des arguments lumineux de même que François Asselineau par un biais un peu différent. Droite des valeurs, Gauche du travail exprime bien l’essentiel du programme que devrait défendre la vraie gauche de concert avec la droite nationale intelligente.

    GV


  • Un exemple pour la gauche québécoise
    20 avril 2012

    Ce dont le Québec a réellement besoin est d’un changement radical qui conduira à la mise aux ordures de tous les médias (sauf les médias subventionnés par leurs lecteurs à l’utilisation) et partis politiques actuels. Le moment est venu de fonder un premier parti socialiste qui mettra en place un monopole d’État en Santé et en Éducation, en plus d’une intervention de l’État dans les secteurs rentables de l’économie. Un parti indépendantiste qui sera réfractaire à toute forme d’association avec le Canada ennemi, avec une politique internationale où il quittera l’OTAN, le Commonwealth britannique et cessera d’être un satellite des É.U.. Il se rapprochera des pays bolivariens et sera membre de l’Internationale socialiste.

    Michel Rolland









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