De mémoire d’électeur, nous n’avons jamais assisté à une campagne électorale aussi terne. C’est le pari qu’a fait le Parti libéral de Jean Charest en tentant de noyer ses adversaires dans la grisaille automnale. La recette semble porter fruit. Mario Dumont continue de s’enliser dans son habituel discours soporifique ; Pauline Marois, quant à elle, table sur la gérance provinciale. Donc pari tenu pour Jean Charest qui mène rondement cette campagne faute d’adversaires plus éblouissants pouvant compromettre ses engagements. Pendant ce temps, le bon peuple se désillusionne de ses politiciens qui, telles des fleurs de Bengale, se font sans odeurs et sans épines. Le ton « beige » est donné et le reste est à l’avenant.
Dans un tel vacuum idéologique, la presse peine à faire la nouvelle. Il faut creuser et creuser encore pour déterrer ce qui fera la manchette. Pourtant les enjeux sont là. Ils n’ont tout simplement pas été adéquatement identifiés par nos élites. La population demande de meilleurs soins de santé, une meilleure gestion, une meilleure protection de la langue et l’affirmation de l’identité québécoise. Aucun dossier ne symbolise mieux ces enjeux que le McGill University Health Centre (MUHC).
Un éléphant blanc aux accents d’apartheid
Le MUHC est un projet d’environ 2,5 milliards de dollars réparti sur deux campus dont l’un s’étend sur plus de 17 hectares dans l’ancienne cour de triage Glen. Un site idéal, multifonctionnel, intermodal, à proximité de l’autoroute, d’une gare de train de banlieue, d’une station de métro et près de la richissime et très british Westmount. Pourtant les services offerts par le MUHC ne concernent que 7.7 % de la population du Québec, soit un investissement de près de 4360 $ par anglo-québécois. Un ajout déjà considérable en regard du 33 % de lits déjà disponibles à la minorité anglophone de la région métropolitaine.
Du côté francophone, il y a le projet du nouveau CHUM où l’emplacement, au 1000 St-Denis, reste encore fort contestable avec son carré de sable de 3,5 hectares. Avec ce nouveau CHUM, le milieu médical francophone aura la tâche herculéenne de desservir la majorité de 92.3 % de la population francophone et ce, pour le même coût de 2,5 milliards. Un investissement de 364 $ par québécois francophone ou allophone.
Le CHUM sera donc onze fois moins financé que le MUHC ! Nul besoin d’être économiste pour se rendre compte que la population non anglophone de Montréal sera ici nettement désavantagée. Au nouveau CHUM, le scénario est écrit d’avance : sous-financé, on y criera encore une fois aux urgences engorgées, aux listes d’attente outrageusement longues, aux lits dans les couloirs, aux infirmières épuisées, aux médecins impuissants et aux salles d’opération manquantes … Alors qu’au MUHC, nos compatriotes anglophones recevront des services de santé efficaces, rapides, luxueux, plus qu’adéquats « in english please ».
Afin d’accéder à de tels soins, les francophones et les allophones devront, une fois de plus, faire contre mauvaise fortune bon cœur devant la minorité. Il faudra montrer patte blanche et au final s’assimiler. Sans compter qu’avec ces deux CHUs, basés dans la métropole — dont l’un aux allures pharaoniques — plus aucun projet de soin de santé d’envergure ne se réalisera en région pour les prochains quinze ou vingt ans.
Paradoxe ironique pour des partis politiques se gargarisant à l’identité québécoise, à la défense de la langue et aux soins de santé plus décents.
Retrouver l’enjeu
La population doit donc reconnecter ses politiciens sur ses véritables besoins et cesser d’attendre l’inverse. Il est temps, car le 9 décembre nos politiciens deviendront sourds aux bruits de la rue. Nos médias, assoiffés de grands débats de société, ne demandent qu’à tenir le flambeau de la campagne. À nous de le leur tendre bien haut ! En ces temps creux, une poignée de militants peuvent mobiliser les médias une fin de semaine durant. Imaginons ce que pourrait produire, sur cette campagne, un mouvement populaire beaucoup plus organisé.
Plus que jamais, il est temps que le peuple québécois ait l’audace de s’imposer.
Frédéric Picard et Danièle Fortin
unseulchufr@hotmail.com
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

