Bien avant l’annonce d’un vote de la Chambre des représentants en septembre prochain sur le projet de réforme de la santé de Barack Obama, on assistait à un véritable braquage de l’opinion publique américaine par ses plus illustres représentants de l’ignorance vertueuse et du populisme trash.
La réforme proposée consiste en une assurance obligatoire pour tous, la promotion de la médecine préventive et de proximité, et un engagement à ne pas aggraver le déficit par des économies réalisées dans les programmes Medicaid et Medicare.
Cependant, comme on pouvait s’y attendre, les questions de fond entourant ces propositions se voient dépassées par les cris d’orfraie d’un hétéroclite mouvement d’opposition assez tonitruant pour faire craindre au système de santé américain de manquer cette énième chance de se transformer.
Ainsi, on apprend d’une gouverneure déchue de l’Alaska que la réforme de la santé instaurerait des tribunaux de la mort où des bureaucrates s’arrogeraient le choix de décider qui peut obtenir des soins ou non. Ces propos rejoignent ceux de l’animateur de radio Rush Limbaugh, pour qui Obama, par son imposition de « diktats », est le dernier émule d’Hitler. C’est clair, face à l’épouvantail national-socialiste, les 18 000 décès annuels attribuables à l’absence d’une couverture d’assurance-maladie adéquate ne font tout simplement pas le poids.
Plus largement, il est entendu que le Président américain fait appel à la solidarité de ses concitoyens pour une extension de la couverture de santé à près de 46 millions des leurs, dans un pays moins épris de Rousseau que de Locke, celui qui définissait l’état de nature comme le lieu où « les hommes se trouvent en tant qu’hommes et non pas en tant que membre d’une société ».
Rappelons que le projet de réforme de la santé des Démocrates en 1993 s’était vu dépecer systématiquement par leurs adversaires du Congrès au nom des intérêts des compagnies d’assurances privées, alors que la propagation d’interprétations loufoques et intéressées avaient eu raison du charisme et des talents oratoires d’un certain Bill Clinton…
Laurent Slupik, Montréal
