Les aveux d'André Boisclair

Il reconnaît avoir consommé à "quelques reprises"

Denis Lessard
La Presse mardi 20 septembre 2005

Candidat à la direction du Parti québécois, André Boisclair a reconnu hier avoir "consommé" "à quelques reprises" de la cocaïne pendant qu'il était ministre, tout en accusant ses adversaires de contribuer aux "chuchotements" destinés à miner sa campagne.

"Je vois des adversaires qui essaient d'en mettre davantage, qui tentent de faire croire aux gens que je me suis retrouvé dans des situations d'irresponsabilité. Je n'ai jamais eu de problème de consommation. Je ne me suis jamais retrouvé dans une situation où j'ai exercé mes responsabilités sous l'influence de quoi que ce soit", a martelé M. Boisclair.

"Tous ceux qui ont travaillé avec moi vous diront que je me suis toujours comporté avec la plus grande probité, de façon responsable", a insisté M. Boisclair hier au cours d'un point de presse, précisant ses déclarations de vendredi dernier.

Poussé dans les câbles, il a dû préciser la nature, la fréquence et le moment de ces dérapages. Il y a trois jours, il se contentait de parler d'erreur de jeunesse, soulignant que tout le monde avait eu 20 ans. Hier, il reconnaissait que ces erreurs étaient survenues pendant qu'il était membre du gouvernement du Québec il a été nommé ministre par Lucien Bouchard en 1996 et l'est demeuré jusqu'à la défaite du gouvernement Landry en 2003).

- Tout le monde pose la question. Alors que vous étiez ministre, est-ce que vous avez consommé de la cocaïne ? a carrément demandé un reporter hier.

"J'ai commis des erreurs, des choses que je regrette. Oui, il m'est arrivé de consommer. On ne peut être plus clair que ça... je vois la spirale dans laquelle on veut m'embarquer. Ensuite ce sera : "combien de fois" ? Ensuite ce sera : "avec qui"? Peut-on passer à autre chose ? Que voulez-vous de plus de moi qu'un aveu? Je dis aux Québécois que je me fie à leur bon jugement, que je suis ailleurs dans ma vie", a-t-il lancé.

Quand La Presse lui a demandé jusqu'à quand cette habitude avait perduré, il a été plus évasif : "Je vous dis que c'est arrivé à quelques reprises et que cela est derrière moi", a-t-il répliqué.

Visiblement, les 300 étudiants venus l'entendre au cégep Lévis-Lauzon n'étaient pas influencés par les révélations des derniers jours; le discours de M. Boisclair sur la souveraineté et la mondialisation a été bien accueilli. Au passage, en réponse aux questions, il a souligné qu'il ne changerait pas les règles de financement de l'enseignement privé et qu'il pouvait comprendre que les tribunaux veuillent retirer sa licence à la station radiophonique CHOI.

Devant les révélations publiées à la mi-juin sur les dérapages de M. Boisclair, un de ses proches conseillers avait, en août, confirmé ces dérapages à La Presse, estimant que l'affaire était classée maintenant qu'elle était du domaine public. "C'est tout ce qu'il y a... vous n'aurez plus à en parler maintenant...", espérait-on.

André Boisclair hier a paru excédé quand un reporter s'est risqué à lui demander s'il consommait encore : "Non! a-t-il tranché. Et j'ai entendu les pires bêtises dites à mon endroit, entretenues par mes adversaires. Que j'étais parti à Boston en cure de désintoxication, des choses complètement folles", a-t-il lancé. Depuis le mea-culpa de vendredi il s'est écrit des choses "complètement exagérées" sur ces dérapages, a-t-il soutenu.

Il s'en est pris clairement à Pauline Marois en parlant d'adversaires "soucieux de leur situation dans les sondages".

Il montrait du doigt Maxime Barakat, soutenant erronément que ce dernier était chef du cabinet politique de Pauline Marois - en fait, M. Barakat est un simple attaché politique.

Dimanche, confirmant son appui à son ancienne patronne Pauline Marois, M. Barakat, "pharmacologue", avait soutenu que la cocaïne était une drogue et que son utilisation pouvait altérer le jugement. "C'est tout ce qu'il a dit, on a tous vu la tentative de diversion d'André Boisclair", a répliqué hier Daniel Bussières, directeur des communications de Mme Marois.

M. Boisclair a aussi accusé l'entourage de Jean Charest, en particulier le chef de cabinet Stéphane Bertrand, d'ajouter au "chuchotement" visant à le mettre dans l'embarras.

Dans une réplique inhabituelle, M. Bertrand, a soutenu par communiqué que son entourage et lui n'avaient rien à voir dans l'apparition de cette controverse. "Les débats et les allégations dans le cadre de la course à la direction du PQ ne nous concernent pas", a tranché M. Bertrand.

En fait, selon des informations obtenues par La Presse au cours de l'été, des proches de Jean Charest ont rebrassé, en vain, le dossier d'un ancien chef de cabinet de M. Boisclair, Luc Doray. M. Doray avait plaidé coupable, en 2001, à des accusations de fraude totalisant 30 000 $, des gestes entraînés par sa dépendance à la cocaïne. Il était chef de cabinet du ministre Boisclair alors à l'Emploi lorsque le contrôleur des finances avait découvert le pot aux roses.

Tenant compte de la thérapie suivie par M. Doray et de sa conduite, le juge avait donné une peine réduite - huit mois de travaux communautaires - et le vétéran péquiste de Montréal avait conservé son emploi à la Ville de Montréal.

Ce n'est que tout récemment que le ministère de la Justice a réactivé le dossier et réclamé le remboursement convenu il y a quatre ans, a-t-on appris.

"Je n'ai et n'aurai aucun commentaire", s'est contenté de dire hier M. Doray.





Les aveux d'André Boisclair

Le supplice de la goutte

Vincent Marissal
La Presse mardi 20 septembre 2005

C'est facile de jouer les gérants d'estrade en politique, de réécrire l'histoire, de distribuer les scores, mais il faut bien avouer qu'André Boisclair a tout faux dans sa tentative de désamorcer la crise qui l'afflige depuis vendredi.

Trop flou, trop tard, trop long, André Boisclair n'arrive pas à vider la question de sa consommation passée de cocaïne. Pour la deuxième fois en trois jours, il a patiné hier à en perdre haleine, mais il n'a pas réussi à prendre ses distances de façon définitive de son passé turbulent.

La meilleure façon de passer un message, c'est d'être concis et clair. André Boisclair est tout le contraire de ça. Ce n'est pas un point de presse que l'on a vu hier en direct du cégep de Lévis, c'est une séance de supplice de la goutte. Et malheureusement pour M. Boisclair, ce n'est peut-être pas la dernière.

Pourtant, ses conseillers disaient hier midi qu'il allait liquider la question une fois pour toutes, sans détour. C'est aussi ce qu'ils disaient vendredi matin. À l'évidence, la stratégie média n'est pas au point. Trouvez-lui une ligne (de presse), ça urge.

À moins, bien sûr, qu'il y ait autre chose de plus grave que d'"avoir consommé à quelques occasions", un doute entretenu par les adversaires d'André Boisclair. Au cours d'un long entretien, récemment, André Boisclair affirmait que ce qui est important, en politique, ce n'est pas ce que l'on a fait, mais ce que l'on fera. Sur le coup, cette phrase sonnait comme toutes les autres phrases sorties de l'usine à clichés de M. Boisclair. En y pensant bien, peut-être portait-elle un sens plus profond.

Au point où il en est, le principal problème d'André Boisclair n'est plus tellement qu'il ait consommé ou non de la cocaïne, c'est plutôt d'éprouver tant de difficulté à se sortir de ce bourbier. On sait le jeune politicien bourré de talent et d'ambition, mais s'il trébuche aussi lourdement au premier obstacle, s'il ne sait gérer sa première crise, comment pourra-t-il diriger le Parti québécois, le royaume de la pelure de banane? Et, éventuellement, le Québec, qui exige aussi beaucoup de doigté. Depuis quelques jours, André Boisclair n'assure pas, il gère mal la pression, il se réfugie derrière des clips préfabriqués, bref, il ne démontre pas beaucoup de leadership, pour reprendre un classique du jargon politique.

À sa décharge, André Boisclair passe ces jours-ci le pire test possible : répondre devant le Québec tout entier de comportements répréhensibles, voire criminels. Pas facile de se pointer devant les caméras de télévision et de dire : oui, c'est vrai, j'ai sniffé de la coke à telle époque. Raison de plus pour que l'on soit porté à passer l'éponge s'il reconnaît franchement les faits.

La question pour André Boiclair est maintenant de savoir si son capital de sympathie s'est évaporé dans la population et, surtout, auprès des membres du PQ au cours des derniers jours. Pas certain. On verra peut-être même l'effet contraire. Les premiers courriels reçus sur le sujet vont en ce sens, les premières lettres aux journaux aussi : foutez-lui la paix, il a admis avoir commis des erreurs, passons à autre chose.

Le rouleau compresseur médiatique s'est mis en branle, mais il ne faut pas oublier qu'André Boisclair n'est accusé de rien et qu'il n'est pas en procès. Il est fort possible que ses aveux, même faits du bout des lèvres, satisfassent une majorité de Québécois. La population est généralement moins portée sur la controverse que ne le sont les médias et juge moins sévèrement les repentis.

Les médias ne sont pas des juges, leur rôle est d'amener des faits nouveaux et de poser des questions. Les réponses de M. Boisclair ne satisfont peut-être pas les médias, mais on ne pourra pas continuer pendant deux mois à poser les mêmes questions sans nouveaux éléments.

Nous ne sommes pas des curés non plus, ce n'est pas à nous de donner l'absolution. Il y avait quelque chose de surréaliste dans le fait d'entendre une collègue dire hier à André Boisclair : avouez et on classera l'affaire. Un scrum n'est pas un confessionnal, tout de même.

André Boisclair s'en remet maintenant aux membres du PQ et à la population. C'est là, en effet, que se trouve sa planche de salut. Ou son arrêt de mort.

Chose certaine, il sait maintenant que ce ne sont pas ses adversaires à la direction du Parti québécois qui lui lanceront une bouée. Une brique est plus probable, comme celle envoyée dimanche par Maxime Barakat, ancien chef de cabinet de Pauline Marois. "J'ai une formation en pharmacologie, je sais donc que la cocaïne, c'est une drogue", a-t-il lancé, soulevant des doutes sur la capacité de M. Boisclair de diriger son ministère à l'époque.

C'est à se demander si les opposants de M. Boisclair l'attendront, mercredi soir à Sherbrooke à l'occasion du premier débat, avec une seringue et une éprouvette pour lui faire une prise de sang.

Pour joindre notre chroniqueur vincent.marissal@lapresse.ca




Écarts de jeunesse

Bernard Descôteaux
Le Devoir mardi 20 septembre 2005

ÉDITORIAL - La course au leadership du Parti québécois est à peine entamée que, déjà, le principal prétendant au titre de chef, André Boisclair, est mis sur la défensive par les révélations sur ses frasques de jeunesse. Ses aveux, tout recevables soient-ils, le rendent désormais vulnérable devant ses adversaires. Ce sera aux militants péquistes, puis éventuellement aux Québécois, de décider s'ils lui font malgré tout confiance.

Dans le point de presse qu'il donnait hier après-midi sur ses «erreurs de jeunesse», André Boisclair imputait à ses adversaires dans cette course, tout comme à l'entourage du premier ministre Charest, le murmure persistant sur les écarts de conduite qu'il aurait eus jusqu'à une époque récente. Il était inévitable que les chuchotements des uns et des autres soient amplifiés et que le candidat Boisclair soit obligé de s'expliquer. Ici, le respect du droit à la vie privée ne peut servir de paravent à certains de ses comportements.

Vulnérable, André Boisclair l'était dès son entrée dans cette course. Dans les cercles politiques, tous savaient qu'il avait vécu pleinement sa jeunesse, même après avoir été assermenté ministre. Il ne pouvait éviter de se faire rappeler les erreurs commises ni de s'en expliquer. Sa confession prit toutefois la forme d'un strip-tease. Vendredi dernier, il évoquait des excès qu'il ne qualifia qu'hier. Devant l'insistance des journalistes, il reconnut avoir consommé de la cocaïne sans vouloir préciser la fréquence et les circonstances de cette consommation, ce qui viendra peut-être un autre jour.

Faut-il croire M. Boisclair lorsqu'il affirme que ce sont là des erreurs de jeunesse d'une autre époque? Il est raisonnable de penser que la page est tournée sur cette période de sa vie, mais la question qui demeure est celle de la maturité de l'homme politique qu'il est. Comme ministre, il ne pouvait ignorer que consommer de la cocaïne, même sur une base occasionnelle et privée, comportait des risques pour le gouvernement dont il faisait partie et pour sa propre carrière. La cocaïne est une drogue dure qu'il est nullement question de décriminaliser. Cela, il était tout de même assez vieux pour le savoir.

Le poste de chef auquel André Boisclair prétend accéder exige qu'il soit soumis à un examen serré. Les idées qu'il défend ne sauraient faire foi à elles seules de sa capacité à pouvoir diriger le Québec et à le faire cheminer, éventuellement, jusqu'à l'indépendance. La personnalité des candidats dans cette course ne peut être un facteur secondaire. Connaître leurs qualités et leurs défauts, ainsi que leur capacité à juger une situation et à réagir dans des moments de crise, fait partie de l'évaluation qu'il faut faire de chacun d'entre eux. De la même manière, on voudra s'assurer que des erreurs du passé ne puissent dans l'avenir les rendre vulnérables à du chantage ou à toute situation de ce genre. Se mettre à nu fait partie de l'exercice, aussi difficile cela soit-il.

Qu'il le veuille ou pas, le comportement passé d'André Boisclair crée un doute qui persistera et qui le rendra vulnérable. Ses adversaires d'aujourd'hui et de demain en profiteront. Son seul recours est l'opinion publique qu'il doit maintenant convaincre de l'accepter tel qu'il fut et tel qu'il sera. Il ne s'agit pas ici d'être tolérant envers quelqu'un qui a commis des erreurs sous prétexte que tout le monde en a commis dans sa vie, mais d'avoir confiance dans la maturité et le jugement d'un aspirant au poste de premier ministre. La seule façon qu'il a d'y parvenir est d'être transparent. Totalement transparent! On verra le 15 novembre s'il a su convaincre sa famille politique. Restera par la suite à persuader les Québécois.




Le calcul de risque

Michel David
Le Devoir mardi 20 septembre 2005

Pauline Marois en avait surpris plus d'un, en janvier 2002, quand elle avait réclamé et obtenu la tête du directeur général du PQ, Raymond Bréard, qui était un ami personnel de Bernard Landry.

Jusque-là, Mme Marois était plutôt perçue comme une bonne madame, certes dynamique, mais qui ne semblait pas avoir cet «instinct du tueur» qui caractérise les vraies bêtes politiques. Lors de la démission-surprise de Lucien Bouchard, elle s'était fait avoir par M. Landry comme une débutante.

Des années de frustration et d'humiliation l'ont cependant durcie. Quand elle s'était finalement ralliée, M. Landry avait promis de faire pour elle ce que M. Bouchard avait fait pour lui, c'est-à-dire en faire son héritière naturelle, mais il a tout fait pour lui mettre des bâtons dans les roues. Puis elle a assisté à l'exécution publique de son mari. Tout cela marque.

André Boisclair sait parfaitement qu'elle ne lui fera pas de quartier. Sa réaction aux allégations de consommation de cocaïne de son jeune rival était soigneusement calibrée. Quand elle dit laisser aux militants du PQ le soin de juger de la conduite de M. Boisclair, elle les invite du même coup à en tenir compte au moment d'élire un nouveau chef, tout en se gardant bien elle-même de le condamner.

Pour être bien certaine que le message soit compris, elle a laissé un de ses fidèles, Maxime Barakat, aujourd'hui président de l'association péquiste de Crémazie appuyer sur le crayon : «C'est une drogue et, comme pharmacologue de métier, [je sais que] la cocaïne a un impact sur le comportement d'un individu.»

De là à laisser entendre que M. Boisclair aurait pu prendre certaines décisions sous l'influence de la drogue, alors qu'il siégeait au cabinet, il n'y avait qu'un pas. Certes il était jeune à l'époque, mais il était également ministre, et la possession de cocaïne est un acte criminel.

***

Il est possible que les membres du PQ acceptent d'y voir une simple erreur de jeunesse sur laquelle il convient de passer l'éponge. D'ailleurs, leurs chefs précédents n'étaient pas précisément des anges. Que celui qui n'a jamais péché...

Ils pourraient même avoir le réflexe de se solidariser avec M. Boisclair, s'ils ont l'impression qu'il est victime d'une campagne de dénigrement. Pour des raisons tout à fait compréhensibles, la paranoïa fait partie de la culture péquiste.

Ce qu'ils doivent évaluer le plus objectivement possible, c'est dans quelle mesure il représente maintenant un risque politique pour le PQ et le mouvement souverainiste en général. Il vaut mieux faire cet examen dès maintenant. S'il devient chef du PQ, il est certain que des gens au Québec et à Ottawa vont se mettre à fouiller ses placards en quête de squelettes à exhiber au moment opportun.

Les Québécois hésiteront d'autant plus à s'embarquer dans une autre aventure référendaire s'ils ont le moindre doute sur la solidité et la lucidité de celui qui devra tenir la barre dans l'incertitude de l'après-oui.

Lise Payette n'a certainement pas la prétention d'être neutre dans la course au leadership. Durant toute sa vie, elle a dénoncé le sexisme du monde politique, qui tient les femmes éloignées du pouvoir. Qui plus est, Pauline Marois a été sa chef de cabinet, quand elle faisait partie du gouvernement Lévesque.

Bien des gens au Québec pourraient néanmoins se poser la même question qu'elle : «Si on pense qu'il est dommageable pour les jeunes d'apprendre que leur héros sportif se drogue, et si on prétend que ces vedettes doivent servir de modèles pour ceux qui les admirent, n'est-ce pas la même chose pour les politiciens ?»

Il y a tout de même une différence importante : la population n'a pas grand-chose à dire dans l'engagement d'un joueur de hockey ou de baseball, mais elle a le loisir de choisir ses dirigeants politiques.

Quand on lui avait demandé si son homosexualité risquait de nuire à ses chances, M. Boisclair avait répondu qu'il faisait confiance au Québec d'ouverture et de tolérance dans lequel il avait grandi. Il avait sans doute raison, mais il y a tout de même certaines choses que tous ne sont pas encore prêts à accepter.

***

Dans ce brouhaha, une déclaration que Pauline Marois a faite vendredi soir, à l'émission Il va y avoir du sport, sur les ondes de Télé-Québec, est passée largement inaperçue. Au grand étonnement de ses trois principaux rivaux présents sur le plateau, elle a suggéré que le PQ devrait chercher à former une coalition avec l'ADQ et l'Union des forces progressistes (UFP) avant les prochaines élections générales.

Il semble bien que le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, qui a rejoint son camp, ait réussi à lui vendre cette lubie, que Bernard Landry avait catégoriquement rejetée. Bien entendu, il serait hautement souhaitable pour le camp du oui d'accueillir l'UFP et surtout l'ADQ, dont l'apport s'était révélé essentiel en 1995, mais une alliance pré-électorale paraît inimaginable.

En pleine réunion du caucus péquiste, M. Landry avait un jour demandé à M. Charbonneau s'il était lui-même prêt à céder son siège pour cimenter une telle alliance, qui supposerait que le PQ s'abstienne de présenter des candidats dans certaines circonscriptions pour permettre l'élection de candidats des partis alliés.

La mésaventure de M. Boisclair amènera peut-être des militants péquistes à conclure qu'il représente un risque trop élevé, mais ils pourraient aussi commencer à s'interroger sur les talents de stratège de Mme Marois.

Le coup de théâtre du congrès de juin a fait oublier qu'elle n'avait pas été particulièrement habile au cours de l'année précédente. Quand elle avait réclamé une course au leadership, à la veille d'un conseil national, tout le monde s'était demandé quelle mouche l'avait piquée. Il est vrai qu'elle a une longue expérience ministérielle, mais un chef doit surtout posséder un solide jugement politique.




Is Quebec ready for Boisclair?

Don MacPherson
The Gazette (Montreal) September 20, 2005 Tuesday

Young, hip Montrealers appear ready for a gay, former; coke-snorting leader, but Andre Boisclair might not play so well in the boonies

The polls say Quebecers are ready for a gay premier. That would be nice if it's true.

But are Quebecers, especially the ones in the more conservative regions outside Montreal, ready for a major party leader who is not only openly gay but flaunts it by jokingly flirting with another man on the province's most popular television talk show?

Are they ready for one who yesterday admitted to having used cocaine and who doesn't deny stories of past wild partying that play into negative stereotypes about a gay "lifestyle?"

And are the members of the Parti Quebecois, who tend to be suspicious of newcomers, ready for a leader who represents an inclusiveness, generational as well as cultural, with which they might not be comfortable?

Andre Boisclair, the early front-runner in the PQ leadership campaign, is about to find out the answers to these questions. Because, as he showed in a few days during the weekend, he is all of these things.

And here is something for him to keep in mind as he runs for the PQ leadership, and afterward if he wins:

Montreal is not Quebec.

It's not the whole province, any more than Toronto is all of English Canada or New York is the United States. A metropolis is different from its hinterland and, therefore, distinct, and often the difference is ethnic diversity.

People in Quebec's regions often think of Montreal as English Canadians think of Toronto or Americans think of New York, with resentment at its condescending egocentricity.

And what plays well in Montreal might not necessarily play as well in Mont Joli.

Boisclair's campaign rally at the not-quite-full Spectrum nightclub on Sunday evening was a Montreal event in more than just location.

The candidate is presenting himself as a rassembleur (someone who brings people together); his one-word campaign slogan is Ensemble (Together). In particular, he wants to bring young people and ethnic minorities into the PQ.

Members of both groups were featured in the entertainment and speeches at the rally. The MC was Haitian-born singer Luck Mervil, who is such an unconventional sovereignist that he says the movement should even reach out to anglophones.

Afterward, Boisclair's supporters stayed to watch the candidate's taped appearance on Radio-Canada's Tout le monde en parle. To journalists, Boisclair aides talked up his witty banter on the program about his sexual orientation, which he had previously downplayed.

When the show's comic sidekick, Dany Turcotte, asked Boisclair whether he would take his boyfriend to official events, Boisclair replied he had no boyfriend, then asked whether Turcotte was propositioning him. This became a running gag, with Boisclair eventually pretending Turcotte had slipped him his phone number.

Stand-up comics have an expression to describe material that is too sophisticated for the audience: Too hip for the room.

The young audience at the Montreal taping loved Boisclair's exchange with Turcotte. But Boisclair was playing to another, larger audience in the living rooms of Quebec, and it remains to be seen how well his humour travelled from Montreal's Maison de Radio-Canada.

The success of Boisclair's campaign, and of his leadership if he wins the election in November, might depend upon his ability to renew the membership of the PQ by recruiting young people in particular.

As of a week ago, the PQ officially had only 83,084 paid-up members, and another 17,418 whose memberships had expired within the past year. Leadership candidates have until Oct. 14 to sign up new members to vote in the leadership election.

Boisclair has a clear advantage in recruiting. Recent polls suggested he was the leadership choice of more than half of PQ sympathizers. That gave him a pool of potential voting supporters more than twice as large as that of his closest rival, Pauline Marois.

He's targeting students on a current tour of campuses. At the Spectrum, his aides talked about his visit last week to the Universite de Sherbrooke, where he spoke to an audience of about 500 students and signed up more than 100 of them. They, at least, were ready for Boisclair.

dmacpher@thegazette.canwest.com




Il n'y a pas eu de sport, Mme Bazzo !

Pierre Dubuc
http://pierredubuc.org/ 18 septembre 2005

Télé-Québec nous promettait une « autre télévision » et Marie-France Bazzo qu'il était pour « y avoir du sport » à son émission, mais nous avons assisté, vendredi dernier, à un pâle « remake » du Point de Radio-Canada, diffusé une semaine plus tôt, avec les quatre candidats de l'establishment dans la course à la chefferie du Parti Québécois.

Les cinq autres candidats - qui auraient pu faire en sorte qu'il « y ait du sport » - ont été ignorés, leurs noms n'étant même pas mentionnés ! Et on entend déjà Marie-France Bazzzzzzo et son cercle rapproché de commentateurs politiques nous bâiller qu'on n'entend « rien de nouveau » dans cette course, qu'on en est « déjà lassé » avant qu'elle n'ait commencé !

Trois candidats contre le programme du parti

Si j'avais été de l'émission, je n'aurais certainement pas laissé passer sans vivement réagir les propos de Mme Marois, M. Bernard et M. Boisclair sur le financement des écoles privées. Soulignons pour celles et ceux qui n'auraient pas vu l'émission qu'à une question de l'animatrice, Mme Marois a déclaré qu'il y avait présentement « équilibre » entre les secteurs public et privé et que le seul changement qu'elle apporterait serait la remise en question de la sélection des élèves par les écoles privées.

MM. Bernard et Boisclair se sont dits d'accord avec Mme Marois en déclarant que tel était le programme du parti. Ce qui est totalement faux !

Dans le chapitre « Faire de l'éducation une priorité de l'avenir » du programme adopté au mois de juin dernier, il est stipulé que « nos priorités d'action seront » entre autres « de réduire de façon importante les subventions aux écoles privées pour signifier clairement que l'école publique est le lieu premier et essentiel pour réaliser l'intégration de toutes les Québécoises et de tous les Québécois. »

La proposition est d'autant plus importante que déjà 20 % des élèves des écoles secondaires du Québec fréquentent les écoles privées et que ce pourcentage atteint 30 % à Montréal. Les inscriptions sont en progression constante par suite de l'impact de la publication du palmarès de l'Actualité. D'ailleurs, le Journal de Montréal du 28 juillet titrait en première page : « Écoles privées. Les inscriptions explosent ! » Comment Mme Marois peut-elle parler d'« équilibre »?

Un système à trois vitesses qui reproduit les classes sociales

L'effet le plus pernicieux de cette situation est que les écoles publiques se sont mises à vouloir concurrencer le réseau privé sur son propre terrain en pratiquant, elles aussi, la sélection des élèves avec la création d'écoles « internationales » et d'écoles à projet particulier.

Nous avons donc un système à trois vitesses, soit les écoles privées, les écoles publiques à vocation particulière et les écoles ordinaires. Nous avons un système totalement déstructuré où les élèves ayant des difficultés d'apprentissage ou des troubles de comportement se retrouvent en surnombre dans des classes ordinaires.

Des études ont démontré qu'un taux de 30 % de ces élèves dans un groupe a un effet soustractif, c'est-à-dire que les élèves à problèmes qui auraient pu être entraînés vers la réussite, en subissant l'influence positive des autres élèves dans une classe où ils auraient été fortement minoritaires, provoquent le phénomène inverse lorsqu'ils sont trop nombreux. Ce sont alors eux qui entraînent les bons élèves vers le bas, vers l'échec.

Cela mène au décrochage scolaire des élèves. et des enseignantes et enseignants qui se retrouvent en plus grand nombre victimes de burn-out dans ces classes où se concentrent les problèmes de violence et de délinquance.

Plus d'un tiers des jeunes n'obtiennent pas de diplôme du secondaire avant l'âge de 20 ans et près de 20 % d'une génération d'élèves n'obtiendront jamais de diplôme par la suite.

Plus alarmant encore, le taux d'obtention d'un diplôme du secondaire est en chute, plus particulièrement depuis1998-1999. Après avoir atteint un sommet en 1995-1996 avec 73,7 %, il a dégringolé depuis pour atteindre 65,8 % en 2002-2003, ce qui nous ramène au taux observé dix ans auparavant. Nous sommes en train de sacrifier toute une génération de fils et de filles des milieux populaires.

Notre congrès du mois de juin a exprimé sa volonté de changer radicalement cette situation en adoptant une autre résolution qui proclame la nécessité « de revoir les critères de financement des écoles en privilégiant un financement accru aux écoles non sélectives et des moyens supérieurs aux écoles publiques qui oeuvrent en milieu défavorisé ou qui ont une clientèle lourdement désavantagée ».

Comment Mme Marois, MM. Bernard et Boisclair peuvent-ils affirmer qu'ils fassent de l'éducation et de l'égalité des chances leur priorité en soutenant le système actuel à trois vitesses dont le principal effet est de reproduire les classes sociales ?

Avec Mario Dumont ou avec la société civile ?

Et que dire de leur « solution » qui est de ne pas permettre aux écoles privées de pratiquer la sélection des élèves ? Voyons donc ! C'est le principe même à la base de leur existence ! Et la capacité de payer des frais de scolarité, ce n'est pas une sélection ?!

À les écouter, il faudrait donc « démocratiser » les écoles privées en ouvrant leurs portes à tous les élèves ! La Révolution tranquille avait accouché d'une solution beaucoup plus simple pour la démocratisation de l'éducation : l'école publique !

Le 10 mars dernier, une coalition historique regroupant les commissions scolaires, les directions d'école, les cadres scolaires, les associations de parents et les syndicats de l'enseignement a demandé, en conférence de presse, de mettre carrément fin au financement public des écoles privées. Bernard Landry a publiquement appuyé la démarche en déclarant qu'il était temps d'ouvrir le débat.

De quel côté se situent aujourd'hui les candidats à sa succession ? Du côté de Mario Dumont et de l'ADQ ou du côté des parents, des directions, des cadres scolaires et des syndicats d'enseignement?




Une déclaration de souveraineté ou d’indépendance est un geste solennel

Louis Bernard
19 septembre 2005

Une déclaration de souveraineté ou d’indépendance est un geste solennel que pose un pays pour proclamer que, dorénavant, son gouvernement exerce une autorité complète et souveraine sur son territoire, à l’exclusion de toute autre autorité, et qu’il n’acceptera aucune intervention étrangère dans ses affaires internes. Dans le cas du Québec, une déclaration de souveraineté signifie que, à partir de ce moment, le Québec ne fait plus partie du Canada et les lois fédérales cessent de s’y appliquer.

Quels (sic) seraient les conséquences de faire une telle déclaration de souveraineté immédiatement après la victoire référendaire, sans négociations préalables avec le Canada ?

L’inconvénient majeur de cette façon de procéder serait que la transition entre le statut de province et le statut de pays, au lieu d’être planifiée et bien préparée, serait inévitablement chaotique.

D’abord, il est certain que le gouvernement fédéral, se disant libéré de son obligation constitutionnelle de négocier avec le Québec, refusera de reconnaître une telle déclaration unilatérale d’indépendance et soutiendra que ses lois continuent de s’appliquer au Québec. Dans ces circonstances, les fonctionnaires fédéraux continueront naturellement à se rendre à leur travail, à fournir leurs services et à encaisser leur chèque de paie. Les contribuables continueront de payer leurs taxes fédérales, ne sachant pas, de toute façon, comment ils pourraient les payer à Québec (qui ne serait pas, lui non plus, en mesure de les percevoir). En d’autres mots, la déclaration de souveraineté du Québec sera tout simplement ignorée, et à peu près personne n’en tiendra compte.

Par ailleurs, il sera impossible pour le Québec de prendre immédiatement la relève du gouvernement fédéral et d’assurer la continuité des programmes et des services fédéraux, de façon que les pensions de vieillesse, l’assurance-emploi et les autres prestations fédérales continuent d’être payées sans interruption, puisqu’il n’aura ni les informations, ni les fonctionnaires, ni l’argent requis pour le faire. En d’autres mots, le Québec lui-même sera incapable de donner suite à sa propre déclaration de souveraineté.

De plus, le Québec sera dans l’impossibilité de faire reconnaître sa déclaration de souveraineté par aucun pays étranger. À cet égard, il circule toute sorte de fabulations à l’effet que la France ou d’autres pays amis s’empresseraient de reconnaître l’indépendance du Québec dès le lendemain de la victoire référendaire. Cela est absolument sans fondement et ne correspond en rien à la réalité diplomatique internationale. Au contraire, une déclaration unilatérale de souveraineté, faite immédiatement après la victoire référendaire, mettrait dans l’embarras tous les pays qui sont nos amis, en les forçant à choisir entre le Québec et le Canada, un choix qu’ils voudront éviter à tout prix.

Enfin, une déclaration immédiate de souveraineté mettrait les députés du Bloc Québécois dans une situation intenable. Ou bien ils accepteraient la déclaration de souveraineté, et remettraient immédiatement leur démission puisque le Québec ne ferait plus partie du Canada et que les lois fédérales ne s’appliqueraient plus au Québec. Ou bien ils continueraient de siéger à Ottawa, soutenant ainsi le gouvernement fédéral dans sa décision de ne pas reconnaître la déclaration de souveraineté du Québec. Si le Québec est indépendant, il ne peut pas avoir de députés dans un autre pays, que ce soit à Ottawa ou ailleurs.

Or s’il y a un moment où le Québec aura besoin de la présence du Bloc Québécois à Ottawa, c’est bien après la victoire référendaire. Avec ses quelque soixante députés, le Bloc pourra insister pour que le Canada respecte la volonté démocratique du Québec et accepte de négocier les modalités de l’accession à l’indépendance, comme l’a ordonné la Cour suprême. Il pourra parler au reste du Canada pour lui expliquer la démarche proposée par le Québec et lui en faire valoir le bien-fondé. Il pourra également tenir informées les ambassades étrangères afin qu’elles comprennent notre désir de faire l’indépendance pacifiquement et qu’elles se préparent à reconnaître notre souveraineté.

Si nous voulons gagner le prochain référendum, nous devons être en mesure de dire clairement à nos concitoyens ce qui arrivera au lendemain d’une victoire référendaire. C’est une promesse qu’il sera impossible de tenir si l’indépendance est proclamée au lendemain du référendum. Cela, au contraire, ne pourra se faire que si la transition a été bien préparée à la suite de discussions avec le Canada.

Un pays est souverain ou ne l’est pas. Penser que le Québec pourrait se déclarer souverain tout en permettant que les lois fédérales puissent continuer à s’y appliquer et que les députés du Bloc Québécois puissent continuer à siéger à Ottawa, ce serait faire rire de nous par le reste du monde. Et ce serait tromper nos concitoyens.

C’est pourquoi je m’engage à faire du Québec un pays souverain, maître de ses décisions et responsable de son avenir et de son développement, en m’assurant que la transition de province à pays se fasse sans heurts. Car c’est de cette façon que nous pourrons convaincre nos concitoyens de voter pour l’indépendance. (...)




Tout à l'Alberta, rien pour les autres?

Pierre Fortin
L'Actualité 1 octobre 2005

Les Albertains sont déjà 50% plus riches que la moyenne des Canadiens. Mais leur production pétrolière cause 40% des gaz à effet de serre du Canada. Sans l'intervention d'Ottawa, l'avenir du pays est menacé.

L'Alberta est aujourd'hui parmi les provinces ou États les plus riches d'Amérique du Nord. En 2004, son revenu par habitant a atteint 60 000 dollars; celui des neuf autres provinces canadiennes, 40 000 dollars. L'Alberta est donc 50% plus riche que le reste du Canada.

D'où provient cette richesse? Les Albertains font valoir qu'ils sont industrieux et productifs. Cela est indéniable. À preuve, même dans les périodes économiques les plus difficiles, comme au début des années 1990, leur richesse surpassait la moyenne canadienne de plus de 10%. Mais lorsque le revenu bondit ainsi soudainement, la productivité n'a plus rien à voir! Il faut plutôt observer l'évolution récente des prix des deux grandes ressources à la base de l'économie albertaine: le pétrole et le gaz naturel. Le prix mondial du baril de pétrole brut est passé de 10 dollars américains en 1998 à 65 dollars en août 2005; celui du millier de pieds cubes de gaz naturel, de 2 dollars américains à 8 dollars.

La richesse de l'Alberta permet à ses résidants de bénéficier d'un fardeau fiscal particulièrement léger, qui fait l'envie des autres Canadiens. En 2002, ils n'ont versé que 27% de leur revenu en impôts et taxes aux différents gouvernements. Ils n'ont pas de taxe de vente provinciale à payer (la TVQ est de 7,5% au Québec) et le taux maximal de leur impôt provincial sur le revenu des particuliers est de 10% (24% au Québec). Les sommes récoltées par le gouvernement albertain (y compris les redevances tirées du pétrole et du gaz naturel) leur ont malgré tout permis de rembourser leur dette publique en totalité et de se bâtir divers fonds de placement, comme le Heritage Fund et le Sustainability Fund. Tout ça en se payant des services publics en plus grande abondance que les autres provinces: 13 000 dollars par habitant en 2002, contre 12 000 pour les Québécois, qui ont versé 39% de leur revenu en impôts et taxes et bénéficié de paiements de péréquation d'Ottawa.

Les réserves de gaz naturel et de pétrole classique - celui qui sort des puits - s'épuisent peu à peu en Alberta. C'est plutôt dans les sables bitumineux de l'Athabasca, de Cold Lake et de Peace River que se trouve l'avenir économique. Les ingénieurs estiment que les technologies actuelles permettront de récupérer 175 milliards de barils de pétrole à partir de ces sables riches et gluants. Ce sont les plus importantes réserves de la planète après celles de l'Arabie saoudite, qu'on chiffre à 260 milliards de barils.

La plupart des analystes conviennent qu'à 60 dollars américains ou plus, le prix du baril de pétrole est artificiellement gonflé par la conjoncture économique et politique mondiale. Il pourrait redescendre. Mais la demande croissante en Asie et le coût élevé de mise en valeur de nouveaux champs pétrolifères dans le monde font qu'il est hautement probable que le baril continue à se vendre 40 dollars ou plus dans un avenir prévisible. À ce prix, les deux tiers des gisements de sables bitumineux d'Alberta offrent déjà de solides perspectives de rentabilité. Les sociétés pétrolières n'en finissent plus d'annoncer de nouveaux projets. Il y en a présentement pour plus de 40 milliards de dollars dans les cartons pour les cinq prochaines années. Ces projets permettront de tripler la production de pétrole à partir des sables d'ici 10 ans. Ce pétrole étant encore plus abondant que le classique, il n'est pas exagéré de prévoir que la richesse albertaine dépassera celle des autres provinces de 60% à 70% d'ici 2015.

Le Québec et les autres provinces bénéficieront directement des retombées économiques du boom. L'Alberta, petite province de 3,2 millions d'habitants, n'a pas la taille nécessaire pour assurer seule le développement et l'exploitation de ses sables bitumineux. Elle devra faire appel au capital, à la main-d'ouvre et aux entreprises de l'extérieur. Les régimes de retraite, par exemple, investiront dans les sables. Comme ce fut le cas de 1977 à 1983, plusieurs milliers de travailleurs québécois vont s'installer en Alberta, certains de façon permanente. Les entreprises québécoises d'ingénierie, de construction, de fabrication et de services obtiendront des contrats alléchants. Le «boom des sables» va créer des emplois partout au Canada.

Au cours des prochaines décennies, la sécurité énergétique du Canada sera assurée si le Moyen-Orient, la Russie ou d'autres pays cessent leurs livraisons pour des raisons politiques, militaires ou autres. Et pas seulement la sienne: celle des États-Unis également.

Les Américains importent 2 millions de barils de pétrole par jour du Canada et 10 millions d'autres pays. Ils dépendent de plus en plus de ce pétrole importé et cela les rend nerveux. L'expansion de la production en Amérique du Nord à partir des sables de l'Alberta arrive donc à point nommé. Elle permettra aux États-Unis d'importer de plus en plus de pétrole du Canada et d'autant moins de pays tiers, jugés moins fiables. On peut espérer qu'en contrepartie de leur accès au pétrole albertain les Américains adopteront une attitude plus amicale envers le Canada dans d'autres domaines, comme le bois d'ouvre, le commerce des bovins, les véhicules automobiles, l'aéronautique, etc.

Les Chinois se sont aussi déjà pointés en Alberta. Leurs besoins en pétrole progressent à vive allure. La société PetroChina vient de signer un accord de 2,5 milliards de dollars pour construire un pipeline entre Edmonton et la côte du Pacifique et importer 200 000 barils de pétrole par jour. On peut s'attendre à ce que les États- Unis et la Chine se livrent une certaine concurrence pour obtenir le pétrole canadien dans les années à venir. Pour l'Alberta, mieux vaut avoir plusieurs clients qu'un seul.

On imagine bien qu'Ottawa va suivre les choses de près. Supposons que le prix mondial du pétrole grimpe à 100 dollars américains le baril et que l'essence se vende 1,50 dollar le litre à la pompe. Pendant qu'on roulerait sur l'or dans les régions productrices de pétrole, une récession majeure et un chômage croissant pourraient frapper le Québec, l'Ontario et la Colombie-Britannique. Le contraste soulèverait la colère de l'opinion publique au Canada. Après tout, dirait-on, à quoi sert de faire partie du même pays sinon pour s'entraider quand ça va mal? Lorsque l'Alberta s'est trouvée en crise dans les années 1930, le reste du Canada est accouru pour l'aider. À son tour de contribuer au bien commun. Pour l'instant, Paul Martin nie vouloir aller chercher une partie des revenus pétroliers de l'Alberta pour les redistribuer aux autres provinces. De toute évidence, il y a une élection fédérale en vue et Paul Martin veut gagner des votes en Alberta. Mais il n'y a jamais rien de définitif en politique. Lorsque la crise pétrolière fera vraiment mal au reste du pays, la pression en faveur d'une intervention fédérale pour atténuer le déséquilibre économique sera forte. Et peut-être irrésistible.

On marche?

La hausse du prix de l'essence à la pompe risque de modifier les habitudes de bien des automobilistes au cours des prochains mois. Et vous? Laquelle des affirmations suivantes décrit le mieux vos intentions?

Je réduirai mes déplacements en voiture 40%
Je ne changerai rien à mes habitudes 29%
Je changerai de voiture pour un modèle moins énergivore 16%
Je renoncerai à m'acheter une voiture 3%
Je vendrai ma voiture 1%
Je n'ai pas de voiture 10%
NSP/Refus 1%

Réalisé par CROP du 18 au 29 août 2005; 1 001 personnes de 18 ans et plus ont répondu; marge d'erreur maximale: 3% en plus ou en moins, dans 19 cas sur 20.

Un moyen qu'Ottawa pourrait utiliser serait de taxer les exportations de pétrole et de reverser les sommes ainsi recueillies à l'ensemble des Canadiens, par exemple en subventionnant le prix du pétrole dans tout le pays. C'est ce que le gouvernement Trudeau a fait avec son Programme énergétique national, au début des années 1980, lorsque le prix mondial du pétrole a battu tous les records d'alors. Les Albertains se sont révoltés contre ce qu'ils jugeaient être un vol de revenus pétroliers. (Imaginez la réaction des Québécois si Ottawa imposait une taxe de 50% sur les milliards qu'Hydro-Québec tire de ses exportations d'électricité!) La dégringolade du prix mondial du pétrole en 1986 a rendu le programme de Trudeau inutile, et le gouvernement Mulroney y a mis fin. Mais l'histoire pourrait se répéter.

Il faut enfin être conscient que la production de pétrole et de gaz naturel est très dommageable pour l'environnement. Bien qu'elle soit quatre fois moins populeuse que l'Ontario, l'Alberta a projeté 221 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère en 2002; l'Ontario, 203 millions; le Québec, 91 millions. Avec l'exploitation des sables bitumineux, sa position va encore se détériorer. Il ne s'agit pas d'une mince affaire: l'intégrité de la planète est ici en cause. Ottawa et Edmonton sont en opposition dans ce dossier. D'une part, le protocole de Kyoto oblige le Canada à réduire ses émissions de GES d'ici 2010. Or, principalement à cause de l'Alberta, sa fiche est l'une des pires en cette matière parmi les pays industrialisés. D'autre part, comme dans le cas de la taxe de Trudeau sur les exportations de pétrole, Edmonton aura tendance à percevoir toute réglementation ou toute taxe environnementale fédérale imposée à son industrie pétrolière comme une atteinte à ses droits constitutionnels. Il y aura des flammèches.

Malgré l'essor économique exceptionnel qu'engendreront les sables, les Albertains se sentiront encore «aliénés» et les autres Canadiens, «floués». L'industrie de la chicane, elle aussi, n'a pas fini de prospérer au Canada.

Année Prix du baril
(en $ de 2004) Explications

1960 18,43 Création de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

1973 16,59 Après avoir été stable dans les années 1960, le prix du brut se prépare à décoller: le premier choc pétrolier s'en vient!

1974 26,39 Premier choc pétrolier: embargo des pays arabes producteurs de pétrole contre les États-Unis, qui appuient Israël dans la guerre contre l'Égypte et la Syrie. Le prix du brut grimpe de plus de 50% en un an.

1979 32,98 Début du deuxième choc pétrolier: révolution islamique en Iran, important pays producteur et exportateur de pétrole. 1980 49,63 Le deuxième choc pétrolier se poursuit: la pression sur le prix du brut se maintient.

1981 66,20 Rien ne va plus: l'Irak attaque l'Iran. Récession et taux d'intérêt records en Occident. Le prix du pétrole atteint des sommets semblables à ceux de l'été 2005.

1990 29,03 Le prix du brut est redescendu dans la seconde partie des années 1980, mais la guerre du Golfe le pousse momentanément à la hausse.

1998 12,66 Incroyable! Le brut atteint son plus bas prix depuis 1972.

2003 28,42 En moins de cinq ans, le prix du brut fait plus que doubler, stimulé par la demande en Asie.

2004 37,66 Les États-Unis s'enlisent en Irak. Le prix du brut remonte lentement, mais sûrement.

2005 Autour de 70 Nouveau sommet historique du prix du brut. (Source des chiffres: Département de l'Énergie des États-Unis)




Dear Pierre: Please let me drive

PATRYCJA ROMANOWSKA
THE EDMONTON SUN Mon, September 19, 2005

To the Honourable Pierre Pettigrew, Minister of Foreign Affairs;

Dear Hon. Minister:

I am writing this letter in the hope that you will employ me as your chauffeur. Rumour has it that the person currently holding this position has taken on the demanding role of your personal security adviser. Perhaps it is presumptuous, but I suspect that a personal security adviser - busy as he may be with all sorts of tax-funded travel and war on terror-type activities like convincing American customs officials that your French accent does not immediately imply that you are a threat to their national security - does not have time to do any actual driving.

Things were a lot simpler when the personal security adviser used to be called "friend of a person with an expense account." Back then, he would have been considered a consultant, and no one would have actually expected him to fulfil a specific role or provide expertise in any particular subject matter. Consultants accompanying people with expense accounts generally provided some input into trivial matters and items of protocol, like telling them when it is OK to go to the bathroom.

Now, to reflect the realities of the post-9-11 world, in order to be considered legitimate, friends of people with expense accounts must have a realpolitik buzzword like "security" or "defence" prominently featured in their job title. (Unfortunately, this leads to embarrassing incidents for folks like the president of the United States when he gets caught at a UN summit asking his secretary of state whether he can go potty. I bet he misses the days when people did not photograph what he was jotting in a note to Condi Rice, since it was assumed he was probably asking her if he can go to the bathroom and not, say, if he should be invading Iran.)

But I digress from my purpose, which is, after all, to secure a position as your chauffeur before someone else does. Although if you need someone to tell you when you can go pee, I would happily fill that position as well.

So why should you hire me to be your chauffeur? Do I have a chauffeur's licence? No. Have I ever chauffeured anyone? Not really. Can I drive? Not that well. In fact, I tend to speed and back brand-new cars into poles.

However, I am really good at calling cabs and hitchhiking. I can also arrange bike rides and know a lot about proper walking shoes. In short, I can get us around. More importantly, I can entertain you so that you forget we are taking the bus. My half-decade of experience as permanent student means we can converse at length about frat parties and how parking at the university sucks. My two weeks spent in Cuba means I can kind of salsa dance (which would come in handy when we're in Spain). I like eating and drinking wine (which will come in handy when we're in Italy). I tan well (this will come in handy when we are in Brazil). The list is endless.

Now you may think I am getting ahead of myself. I am listing off assets that would pertain to the personal security adviser position, not the driver one. As we have seen by the president/potty incident, it is important to make clear the distinction of what duties particular positions entail.

Well, let me be perfectly honest. The only reason I want to be your driver is because of the upward-mobility possibilities into the more desirable - I mean, personally challenging - post of personal security adviser. For this role, I feel that I am particularly well-suited because I have dealt with American customs officials before and thus know a lot about quickly repacking bags with their contents after they were dumped onto the floor.

If you would like to know more of what I can do for you as your driver or your personal security adviser, I am always around, eating, drinking, engaging in leisurely activities - in short, training for the job.




Canada must speak in one united voice

Editorial
The Gazette Monday, September 19, 2005

After months of intensive talks behind closed doors with federal officials, the Charest government has finally given up on the idea that the Quebec government should be free to act on its own on the international stage in matters of provincial jurisdiction.

News of the sudden policy shift, announced last week in Quebec City by International Relations Minister Monique Gagnon-Tremblay, is welcome indeed. It is almost surprising news, as well, given the weak defence of the constitutional principle of federal jurisdiction over foreign affairs that Pierre Pettigrew, Canada's foreign minister, had put up in recent weeks.

Canada is best-served by having just one foreign minister, not 11 of them. This proposition is self-

evident. And yet successive Quebec nationalists - most recently Premier Jean Charest's activist minister of Canadian intergovernmental affairs, Benoit Pelletier - have tried to circumvent it.

It was Paul Gerin-Lajoie, a member of Jean Lesage's Liberal cabinets of the 1960s, who first claimed that Quebec deserved its own international voice on matters under Quebec's constitutional purview. He even rubbed Ottawa's nose in Quebec's new assertiveness by signing an education pact with those eternal troublemakers, the French.

With time, Gerin-Lajoie's assertion became an article of faith for Quebec. Pelletier tried very hard to turn that faith into reality, but was finally persuaded to see the merits of a compromise deal that will give Quebec greater representation within foreign delegations. While the Quebec government will make its voice heard within these delegations, they will unfailingly speak with one voice internationally: Canada's. Last week's agreement, while tentative, will be ironed out more formally between the Quebec and federal governments at a meeting scheduled for Oct. 7.

Despite past differences on this issue, there is no reason why closer co-operation between the two levels of government in a variety of foreign-policy areas - international trade, for instance - shouldn't be encouraged. Ottawa clearly has a duty, in such matters, to keep the provinces in the loop, conceivably even to give them, collectively, a veto.

But this should happen within Canada's sovereignty. Ottawa did accept Quebec having its own seat at La Francophonie. But in other cases, such as immigration, successive Ottawa-Quebec City deals have given Quebec some say over who gets in - but no foreign state signed those deals, and under them Canada alone is responsible for national standards and objectives. The conciliation of Canadian regional interests must be done, in general, within Canada, before our diplomats go abroad with their ceremonial pens. This slows down talks, but is part of the price of federalism.

Remember, too, that some other states with their own vocal minorities would not welcome Canadian provinces exercising a direct voice in foreign affairs. Relations with Spain, for one, would not be improved by giving Basque nationalists a fractious Canadian example to emulate.

The government of Canada has the right, the duty, the power, the will, and the ability, to speak for all of Canada.




Driving Mr. Pierre

Editorial
Toronto Star Sep. 19, 2005

L'affaire Labonté is driving some federal opposition politicians to distraction and driving a wedge between some Liberals in Ottawa.

Bruno Labonté is the personal chauffeur of Foreign Affairs Minister Pierre Pettigrew. In his previous position as minister of international trade, Pettigrew took Labonté with him on two foreign trips, first to Europe in 2001 and then to South America in 2002 at a total cost to taxpayers of $10,000.

Labonté's services as chauffeur were not required on either occasion. Pettigrew claims Labonté provided security as well as communications and logistical assistance during the trips.

However, federal ministers travelling abroad have security provided by the RCMP or through local embassies.

Prime Minister Paul Martin has defended Pettigrew, saying he saw nothing wrong with bringing a chauffeur along on the trips because it is up to individual cabinet ministers who travels with them.

The opposition will attempt to drag Pettigrew before the foreign affairs committee later this fall to explain the reasons for taking Labonté on the trips.

We hope the minister will agree to appear before the committee. If he doesn't, then he will have much to explain to Canadians.

At the very least, Pettigrew should acknowledge that taxpayer dollars are finite and should not be ill-spent.

Even better, he should apologize to all taxpayers and promise to be more careful with his travel budget in the future. He owes us that much for this questionable waste of our money.




Un cliché déplacé

Micheline Labelle
Directrice, Centre de recherche sur l'immigration, l'ethnicité et la citoyenneté, Université du Québec à Montréal
Le Devoir mardi 20 septembre 2005

Libre opinion: J'ai trouvé inacceptable, impudente et indigne, la photographie publiée dans Le Devoir du jeudi 15 septembre, accompagnant un texte de Clairandrée Cauchy intitulé «Les musulmans du Québec se sentent discriminés par l'Assemblée nationale» (ce texte n'étant pas en cause).

Dans un livre clé portant sur le thème de la nouvelle islamophobie, Vincent Geisser note que partout en Occident, les médias construisent un idéal type du musulman médiatique, pris systématiquement dans les mêmes postures : «fidèles en prière vus de dos; fesses en l'air; rassemblements compacts menaçants et hurlants; des femmes voilées; un individu barbu illuminé, bouche ouverte et yeux écarquillés» (Geisser, 2003, p. 25).

L'image accompagnant le texte de madame Cauchy s'inscrit dans ce registre. Or les médias n'ont-ils pas un rôle majeur à jouer dans la construction de l'imaginaire et du discours portant sur l'immigration arabe ou musulmane ?

Le contexte de l'après-11 septembre a propulsé les questions de la discrimination contre les groupes arabes, musulmans (et les immigrants et réfugiés en général), à l'avant-scène de l'actualité, à cause de l'obsession sécuritaire, des préjugés ancestraux contre le monde arabe et de la multiplication des actes haineux (insultes et attaques physiques) commis contre des personnes appartenant à ces minorités ou leurs institutions (ex. des lieux de culte, des écoles, etc.).

Alimenter la méfiance

Cela s'est également traduit dans plusieurs sondages d'opinion, lesquels révèlent une plus grande méfiance du public interrogé à l'égard des immigrants et des étrangers, surtout musulmans. De nombreuses études et rapports déposés auprès d'observatoires, d'institutions, d'ONG régionaux et internationaux qu'on ne peut ignorer, en font foi (Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes, International Helsinki Federation for Human Rights, Coalition internationale pour les libertés civiles, Ligues des droits et libertés, etc.).

Le rapport du Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme aux Nations unies, M. Doudou Diène, sur la situation au Canada (Diène, 2004) signale que, parmi les principales cibles et victimes du racisme au Canada, figurent les musulmans et les Arabes.

Des auteurs soulignent le retour en force des clichés orientalistes sur le péril islamiste, la soumission de la femme musulmane, la décadence des États gouvernés par l'Islam. Des universitaires soutiennent ouvertement que les cultures musulmanes et arabes sont par nature haineuses, violentes et terroristes.

La thèse du «choc des civilisations» participe à la construction d'une dichotomie réductrice entre le monde arabe et l'Occident et légitime ces atteintes aux droits des minorités arabes et musulmanes. Certains secteurs de l'opinion publique évoquent l'«islamisation» des sociétés occidentales. Toutes ces études et tous ces rapports insistent sur la responsabilité cruciale des médias.

N'est-ce pas là une des raisons majeures pour pratiquer la vigilance lorsqu'il est question de choisir l'image destinée à accompagner un texte sur les revendications des musulmans du Québec et sur les débats démocratiques qu'ils réclament quant à la prise en compte de leur place légitime dans l'espace public québécois ?

Enfin, ces gens qui sont des ingénieurs, des musiciens, des consommateurs, des partisans du PQ, du Parti libéral, de l'UFP, des bénévoles, des citoyens, ne peut-on les montrer en faisant autre chose qu'en train de prier ?