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Un cas de laboratoire
Joseph Facal
Le Journal de Montréal
mercredi 30 mai 2007


Derrière le suspense politique, la vraie question demeure : fallait-il, oui ou non, baisser les impôts ?

Monique Jérôme-Forget trouve que la résistance des Québécois devant les baisses d’impôts fait de nous un vrai « cas de laboratoire ». Curieux en effet, mais pas du tout inexplicable.

On l’a assez dit : plus de quatre Québécois sur dix ne paient pas d’impôts. Mais ces impôts qu’ils ne paient pas financent des services publics dont ils profitent gratuitement. Mettez-vous à leur place.

Dans le passé, des hausses de tarifs sont aussi venues annuler l’effet des baisses d’impôts. Méfiants et cyniques, bien des contribuables sont désormais persuadés qu’il y a forcément une anguille sous la roche.

Tous les jours, d’honnêtes citoyens font également l’expérience de nos routes minables, de nos viaducs délabrés, de notre médecine de corridor et de nos toits d’école qui coulent. Ils se disent que priver l’État d’argent empirera cette situation.

Ces bons sentiments les honorent, mais ils ne réalisent pas que nos problèmes se chiffrent en milliards, pas en millions.

Il y a aussi, au Québec, des gens pour qui il y aura toujours une priorité sociale qui n’est pas suffisamment financée. Chaque sou retourné au contribuable est donc un sou qui n’est pas consacré aux bonnes œuvres étatiques. Pour eux, une logique de création de richesse relève automatiquement du complot patronal.

Le contexte canadien

Oui, les impôts au Québec sont trop lourds. Ils découragent le travail, les investissements, l’immigration, et encouragent la fraude et l’exode des cerveaux. Ce n’est pas de l’idéologie néo-libérale, mais de la science économique. De la vraie.

Tellement vraie que le Parti québécois avait lui aussi baissé jadis les impôts. Mais le Québec avait des surplus à l’époque. Bernard Landry appelait cela les « vallées verdoyantes » de la prospérité.

On note souvent qu’en Europe, la fiscalité est gourmande. Mais ce sont les taxes de vente qui sont plus lourdes qu’ici, et non l’impôt sur le revenu. L’idée est que taxer lourdement la consommation la freine et que taxer moins le travail encourage la productivité et l’épargne.

Sauf que le Québec n’est pas en Europe. Or, huit provinces canadiennes ont récemment baissé leurs impôts. Plus l’écart fiscal entre elles et nous se creusera, pire ce sera.

De plus, contrairement à un préjugé très québécois, d’autres provinces canadiennes ont des programmes sociaux aussi généreux que les nôtres avec un fardeau fiscal moindre. Mais c’est évidemment parce qu’elles ne sont pas obligées de consacrer un dollar sur huit pour payer les intérêts sur leur dette.

Priorité à la dette

Le nœud du problème est là pour moi. Dans l’absolu, oui, il faut viser des baisses d’impôts.

Mais dans l’immédiat, financer ces baisses d’impôts en alourdissant la dette, en vendant des actifs et en laissant entier un trou d’un milliard pour 2009, c’est encore pelleter en avant et refiler la facture à ceux qui viendront après nous.

Je trouverais plus responsable de nous constituer un bas de laine avant de se payer du bon temps.

D’autant que ces baisses d’impôts sont financées avec l’argent qui vient d’Ottawa. Vous allez me dire que nous payons des impôts au gouvernement fédéral. Vrai, mais mettez-vous un instant à la place des Ontariens, des Albertains et du gouvernement fédéral.

Depuis des années, ils financent la péréquation dont profite le Québec et entendent le Québec se plaindre que le déséquilibre fiscal l’empêche de financer correctement ses hôpitaux et ses écoles. De l’argent frais arrive et, six jours avant le vote, Jean Charest annonce qu’il s’en servira pour baisser les impôts et se faire pardonner sa promesse non tenue de 2003.

Posez-vous une seule question : quel accueil feront-ils au prochain premier ministre du Québec qui ira leur dire qu’il manque d’argent ?

8 septembre 2008
Bloc québécois

St-Lambert

8 septembre 2008
Bloc québécois

Wesmount-Ville-Marie

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