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ligne médiatique de défense de la CDP
"Tu penses qu’on s’en aperçoit pas"
Pierre Cloutier
Tribune libre de Vigile
vendredi 27 février 2009      268 visites      4 messages


"La vérité existe, on n’invente que le mensonge"
Georges Braque

[1] On connaît maintenant la ligne médiatique de défense de la Caisse de dépôt et placement du Québec dans son achat de 12,8 milliards$ de PCAA (papiers commerciaux adossés à des actifs) : le produit était sûr puisqu’il avait été coté AAA par une agence de notation. Pour employeur une image forte, c’est du boeuf de première qualité et non pas du vulgaire baloney parce qu’il avait été estampillé comme tel.

[2] Voyons ce qu’il en est.

[3] Au départ, la CDPQ connaissait ou aurait dû connaître la véritable nature du produit puisqu’elle a agi du côté vendeur à travers le promoteur Coventree Capital inc, le principal promoteur de PCAA au Canada, dont elle a possédé jusqu’à 30% du capital action au moment où celle-ci s’est inscrite en bourse en 2006 et sa représentante au Québec, Alter Moneta, dont la CDPQ - et la BNC - participaient au capital-action via leurs filiales. Quand on vend un produit, on doit satisfaire au départ à une obligation de transparence et sa participation dans le capital de Coventree et d’Alter Moneta, aurait dû normalement accorder à la CDPQ des accès privilégiés et en profondeur à l’information sur ce produit. On ne peut pas être vendeur et acheteur d’un produit, surtout pour 12,8 milliards$ avec l’argent des citoyens, sans en connaître en profondeur les tenants et aboutissants, à moins de violer son obligation de transparence, comme vendeur et son obligation de diligence raisonnable comme acheteur.

[4] La CDPQ savait ou aurait dû savoir que Dominon Bond Rating Service était la seule agence de notation active dans le PCAA, ce qui lui conférait une position de "monopole" dans cette industrie. Ceci est tellement vrai qu’aujourd’hui la CDPQ a décidé ne pas faire d’investissement admissible dans ce secteur sans la participation d’au moins 2 agences de notation.

[5] La CDPQ savait ou aurait dû savoir que 2 agences de notation américaines, à savoir Moody’s et Standard and Poor’s, s’étaient retirées de ce marché parce qu’elles jugeaient que la clause de "désorganisation générale du marché" conditionnelle à l’apport de liquidités de la part des banques était imprécise et déficiente. Elles avaient raison puisque les banques ont refusé de fournir des liquidités aux conduits mis sur pied par les promoteurs non bancaires - comme Coventree - ce qui a entraîné les pertes que l’on connait. Comme je l’ai mentionné dans un autre article, les banques - pour sauver leur réputation - sont intervenues pour sauver leurs propres conduits alors qu’elles auraient dû normalement les laisser aller, car les fiducies sont crées précisément pour permettre aux banques de sortir ces actifs de leurs bilans échappant ainsi à leur obligation relative à l’exigence de fonds propres et qu’en principe ces fiducies doivent être autonomes. En venant à la rescousse de leurs propres conduits, les banques ont empêché la "désorganisation générale du marché", auquel cas, elles auraient été forcées de fournir les liquidités pour rembourser les investisseurs. Résultat : les investisseurs se sont retrouvées avec les pertes, y compris la CDPQ, le plus gros acheteur de PCAA au Canada et celui en conséquence qui a eu les plus grosses pertes.

[6] La CDPQ savait ou aurait dû savoir que DBRS - comme agence de notation - n’était soumise à aucune réglementation étatique au Canada, contrairement à leurs consoeurs américaines soumises à la surveillance de la Securtiy Exchange Commission (la SEC). Il fallait donc être doublement prudent, d’autant plus que dans le cas du PCAA, il y avait dispense de prospectus et que les circulataires d’information étaient embrouillées et incomplètes.

[7] La CDPQ savait ou auraît dû savoir que DBRS était payée par les promoteurs et non pas les investisseurs et qu’elle avait tout intérêt$ pour favoriser l’expansion de cette industrie de donner une bonne cote à ses produits.

[8] La CDPQ savait ou aurait dû savoir que DBRS pouvait à la fois agir comme agence de notation et comme consultante pour les promoteurs de PCAA, se plaçant ainsi en conflit d’intérêts potentiel.

[9] Enfin, c’est ce qui est beaucoup plus grave, la CDPQ savait ou aurait dû savoir que le PCAA n’était pas coté AAA, comme l’affirme le président de la CDPQ, mais R-1, une cote différente employée par DBRS pour coter les emprunts à court terme.

[10] DBRS utilise en effet, un système de cotation différent pour les emprunts à court terme (R-1 à R-5 et D) que pour les emprunts à long terme (ex : les obligations) qui sont cotés AAA à D. Voir : http://en.wikipedia.org/wiki/Dominion_Bond_Rating_Service.

[11] Or, quand on examine attentivement les critères de cotation entre la cote R-1 et la cote AAA, il y a 2 différences qui sautent aux yeux, mais elles sont de taille. Pour la cote AAA, un des critères est celui pour l’organisme analysé d’avoir des revenus stables, ce qui ne s’applique pas pour la cote R-1. Mais le critère le plus important pour la cote AAA est celui de faire partie d’une industrie stable, critère qui n’existe pas dans la cote R-1.

[12] Or, l’étude menée par le professeur John Chant de l’université Simon Fraser (La crise du PCAA au Canada : incidence sur la réglementation des marchés financiers) (Voir : http://www.expertpanel.ca/documents/research-studies/The%20ABCP%20Crisis%20in%20Canada%20-%20Chant.French.pdf) démontre que l’industrie du PCAA était une industrie profondément instable, (pages 21 et suivantes), parce "que les conduits levaient des capitaux en émettant des billets à court terme à valeur fixe qu’ils adossaient à des actifs à plus long terme, ce qui donnait lieu à une aysmétrie des échéances entre leur actif et leur passif.

[13] Le professeur Chant mentionne - à la page 28 de son étude - que même si la crise des subprimes n’avait pas eu lieu, le marché du PCAA était vulnérable à d’autres chocs, comme une hausse généralisée des taux d’intérêts, qui aurait déclenché une crise comparable à celle qui sévit actuellement. Donc on était en présence d’une industrie "intrinsèquement fragile et fortement vulnérable" pour qu’une cote AAA - si ce critère s’était appliqué - soit justifiée.

[14] En conclusion, on peut affirmer sans se tromper que lorsque le président de la CDPQ nous affirme en pleine conférence de presse que la caisse a acheté pour 12,8 milliards$ de PCAA parce qu’il était coté AAA par une agence de notation, il brouille la vérité et nous prend pour des valises. Ce qui a tué en partie le marché du PCAA au Canada, à savoir le brouillage de l’information et l’opacité, reprend de plus belle après la commission du fait. C’est triste, mais c’est comme cela.

[15] Comme dans la chanson de Vigneault, j’aurais juste le goût de lui dire : "Tu penses qu’on s’en aperçoit pas".

Pierre Cloutier ll.m
avocat




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Vos commentaires:
  • "Tu penses qu’on s’en aperçoit pas"
    27 février 2009

    Traitement médical pour la Caisse DPQ

    Pour avoir la vérité.Pour comprendre.Pour refaire la confiance et les gains. Pour responsabiliser l’État.

    Traitement médical ;

    Créer un comité de grands sages experts indépendants à l’abri du spectacle d’un cirque médiatique.

    Champs d’interventions ;

    — -le mandat
    — -la rémunération
    — -les nominations
    — -la gestion du risque
    — -l’achat de produits financiers compréhensibles sans se fier à la cote du produit
    — -la marge de liquidité disponible en permanence
    — -l’interdiction d’emprunter en donnant les fonds perçus en garantie
    — -faire des rapports à l’Assemblé Nationale.

    Jean Paul Tellier


  • "Tu penses qu’on s’en aperçoit pas"
    27 février 2009
    Cet article illustre toute l’importance de faire la lumière sur cette affaire. Il est évident qu’une commission parlementaire de deux jours, à la va vite, ne convient pas. Il faut une « forme » de recherche de la vérité qui tout en étant indépendante des acteurs politiques et économiques permettra d’agir avec célérité. C’est une bataille à mener qui de surcroit ne peut se passer de la population : il faut gagner son (...)

    Lire ce commentaire

    Cet article illustre toute l’importance de faire la lumière sur cette affaire. Il est évident qu’une commission parlementaire de deux jours, à la va vite, ne convient pas. Il faut une « forme » de recherche de la vérité qui tout en étant indépendante des acteurs politiques et économiques permettra d’agir avec célérité. C’est une bataille à mener qui de surcroit ne peut se passer de la population : il faut gagner son appui et le conserver.

    Si le PQ est sérieux en la matière il mobilisera, parallèlement à la lutte parlementaire, ses associations de circonscription et mettra à leur disposition des outils d’information pour que l’opinion publique puisse être saisie en des termes simples des conséquences de la perte de ces 40 milliards. Car il faut d’urgence tenter d’extraire les conséquences concrètes de cette nouvelle situation. Qu’elles sont-elles ? Faudra-t-il augmenter les cotisations du RRQ de 50%, faudra-t-il que les prochains retraités sacrifient un pourcentage de leurs prestations de retraite ? Faudra-t-il dire adieu à l’indexation pour dix ans ?

    Les scénarios les plus optimistes voudraient faire baisser la vapeur en faisant valoir que ces fonds sont récupérables. Certes, ils peuvent l’être mais seulement si certaines conditions sont au rendez-vous. Or, comment prêter foi à ces propos optimistes compte tenu de l’impossibilité pour quiconque de faire des prévisions économiques dignes de confiance dans l’incertitude généralisée qui règne présentement ? Ces propos optimistes ne valent donc guère mieux que ceux des plus pessimistes, ce sont des « opinions ».

    En tout état de cause, les pertes considérables sont indéniables. Il faut faire la lumière, mobiliser l’opinion publique indépendamment de GESCA et de l’ensemble de la presse qui est tout sauf patriotique. Cette presse n’est pas prête à aller jusqu’au bout pour soutenir l’opinion, soutenir d’aller en justice et de punir ceux qui auraient pu (conditionnel) dilapider le patrimoine collectif du Québec à leur profit personnel ou au profit de forces économiques avides de capital au mépris de toute forme d’éthique.

    Le combat pour la vérité ne pourra se faire et se gagner que si l’opinion publique est mobilisée. L’objectif suppose d’ériger et de soutenir une presse libre, une presse indépendante, non soumise au régime. Faute de cette clairvoyance et des gestes conséquents qui s’ensuivent, j’aurai toujours du mal à croire à la volonté du PQ de vouloir autre chose que de brasser la cage pour égoïstement remplacer ceux d’en face, sans toucher à l’ordre des choses. Faute de la mise en place d’une stratégie qui marche sur les deux jambes... ce sera comme d’habitude.

    Finalement et contrairement à certains ici, je serais plutôt d’avis que l’affaire des Plaines et l’affaire de la CDPQ sont loin de s’exclure mutuellement, il m’apparaît plutôt que l’appel au financement d’une presse libre (d’une manière ou d’une autre) est consubstantiel de la lutte pour faire la vérité à la CDPQ. Jusqu’ici, le PQ a toujours bien pris garde de ne pas attaquer de front Desmarais et son Empire. Peut-on raisonnablement tenir une telle position, sachant ce que l’on sait, sans soulever quelque doute dès la case de départ ?

    Gilles Verrier


  • "Tu penses qu’on s’en aperçoit pas"
    27 février 2009, par Jean Paul Tellier

    Mme David et M. Khadir,de Québec Solidaire,jugent indispensable que le premier ministre et sa ministre des Finances comparaissent à la fois en commission parlementaire et devant une éventuelle commission indépendante. Ils refusent tous les deux.

    Ce refus laisse-t-il croire que le premier ministre Jean Charest et la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget,ont quelque chose à cacher ?

    Certains dirigeants de la Caisse étaient-ils en conflit d’intérêts lorsqu’ils ont investi quelque 13 milliards de dollars dans les papiers commerciaux ?


  • "Tu penses qu’on s’en aperçoit pas"
    28 février 2009, par Suzanne Lachance

    Il y a d’autres questions qui exigent des réponses, à part ces aspects techniques :

    - Les motifs de ces décisions ?
    - Pourquoi n’être pas intervenu (alors qu’on savait que ça se détériorait) et avoir attendu que "ça pète", comme le dit Parizeau ?
    - Qui sont les vautours qui tournent autour de la situation catastrophique et proposent des solutions (scission de la Caisse, privatisation, etc...) qui vont sûrement leur apporter des avantages personnels ?


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