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Stratégie problématique : entre désarroi et dispersion
Tristesse et désolation dans notre gouverne à mentalité provinciale (2)
Gilles Ouimet
Tribune libre de Vigile
jeudi 31 janvier 2008      418 visites      2 messages


On mériterait mieux que ce gouvernement qui sabre allègrement dans des acquis vitaux de cette Révolution tranquille qui nous a littéralement mis au monde. Bien sûr elle a eu ses ratés, cette période d’intenses bouleversements de la société québécoise, mais la renier c’est un peu comme brûler notre certificat de naissance dans la modernité. Il est inquiétant de voir au nom de quelles valeurs on veut nous faire revenir en arrière, des valeurs qui ont fait leur preuves dans des exploitations de toutes sortes et la création d’inégalités entre les citoyens. Il est en même temps navrant de voir ce gouvernement tenter en douceur de nous incruster et de nous « minoriser » dans le tableau canadien. Il est ahurissant , avec tout le potentiel que nous avons, de les voir se contenter des lignes mineures. Nous sommes équipés pour aller bien plus loin.

Le problème n’en est plus un de confiance, à preuve toutes les actions et les réalisations de Québécois à travers le monde. C’est maintenant devenu un problème de reconnaissance, de conscience. Conscience que notre voix pourrait être plus influente, conscience que notre cri pourrait être mieux entendu, conscience enfin que nous pouvons jouer un rôle plus grand dans le monde, un rôle qui nous ressemble, qui nous rassemble.

Tant que le PLQ ne nous offrira pas autre chose que cette fossilisation dans un pays maintenant incapable de se renouveler, tant que sa seule fierté sera de se contenter d’un petit pain alors qu’il pourrait posséder la boulangerie et tant qu’il se satisfera de concepts vides comme son pseudo-statut de nation et son petit banc à L’UNESCO, il n’y rien à attendre de ce parti insipide qui nous conduit vers une banalisation sans retour. D’ailleurs, si cette reconnaissance factice de la nation québécoise a réussi à jeter un peu de poudre aux yeux ici, elle n’a pas leurré le reste du monde. Jean Charest est maintenant reçu à l’étranger un peu comme le maire d’une grosse ville.

L’ADQ, ça ne fait vraiment pas sérieux. Elle a des culottes bien trop courtes. Ça manque vraiment de profondeur, de substance. Il s’agit d’une idéologie en friche. Mario Dumont est un champion de l’ambiguïté, un élève de Robert Bourassa, grand provincial devant l’Éternel. Nous n’irons jamais quelque part avec lui, cet adepte du faux-fuyant et de l’esquive. Ce qui n’arrange rien, c’est que ça empeste le néo-conservatisme à plein nez. Il faut qu’il reviennent ceux qui de bonne foi se sont laissés entraîner dans ce mirage.

C’est certain que l’on pourrait aller plus loin avec Québec Solidaire ou même avec la Parti Vert. Il y a des forces vives et beaucoup de conscience sociale dans ces regroupements. Ils véhiculent des idées importantes et incontournables mais ils oublient qu’il y a un combat préalable à mener s’ils veulent avoir la chance de voir leurs idées progresser. Sans ce passage obligé, il leur faudra se contenter de la marginalité perpétuelle. Dans ce mode de scrutin britannique, ces partis, en voulant qu’on les élise font le jeu de ceux qui nous enlisent.

Le PQ maintenant. Ce parti a deux problèmes principaux. D’abord, son approche pédagogique est déficiente, souvent trop abstraite. Il rate souvent de belles occasions de promouvoir la souveraineté. Il ne suffit de le dire une fois dans un point de presse pour que le message passe. En pédagogie, la recette est simple. Il faut que le message soit simple, clair et répété, répété et répété. Surtout, il ne faut pas en manquer une.

L’autre problème est un boulet que ce parti traîne depuis trop longtemps. Il s’agit de l’étapisme et de la stratégie référendaire qui ont amené le Parti Québécois à se comporter comme un authentique gouvernement provincial avec toutes les limites que ça suppose. Dans la routine de la gérance subalterne, les acteurs ont tous tendance à se ressembler. Cette tentative de bon gouvernement avant l’échéance référendaire a quelque chose de pernicieux et de pervers. Elle a donné ses fruits et ils sont pourris. Le problème, c’est qu’on met, dans la même grille d’évaluation de l’électeur, l’usure de la gérance quotidienne et le projet de construire un nouveau pays. C’est très porteur d’ambiguïté.

En plus, le gouvernement fédéral s’est efficacement appliqué à compliquer cette démarche. Il faut trouver autre chose. Il n’est pas question d’aller s’écraser sur ce mur, il faut le contourner.

Néanmoins, le PQ demeure encore le seul véhicule sérieux que nous avons pour franchir la grande étape initiale. C’est ça la priorité. Continuer à multiplier les chapelles indépendantistes, c’est se condamner à rester provincial jusqu’à la fin des temps. Nous n’avons plus le temps de recommencer à construire un nouveau parti indépendantiste, le temps presse. Il faut se faire une raison. Il faut que tous ceux qui sont fatigués du cadre provincial investissent le seul véhicule sérieux que nous avons pour faire le premier pas. Ensuite, nous pourrons aménager la maison à notre goût. À cet effet, il convient de louer le réalisme politique du SPQ Libre qui a choisi de militer à l’intérieur du PQ où ils continuent à promouvoir leurs idées. Présentement, il se passe des choses au PQ. Ça bouge. Des choses sont peut-être en train de changer. Il faut espérer que l’électoralisme ne prendra pas le dessus sur la stratégie à plus long terme qui est de réaliser l’action fondatrice de notre nation.

Tout ça ne se fera pas sans le peuple. Mais le peuple est occupé à survivre parfois entre « le confort et l’indifférence » mais parfois aussi entre l’inconfort et la désespérance. Difficile de développer une conscience quand les grands journaux très concentrés martèlent sans arrêt les bienfaits de rester provincial. Difficile de ne pas sombrer dans l’amnésie quand toute une école de nos historiens s’appliquent à occulter des étapes importantes de notre cheminement comme nation. Il demeure tout de même étonnant de constater que l’idée de souveraineté demeure encore si présente malgré tout ça. L’option indépendantiste n’a pas de véhicule médiatique imposant. C’est une carence qui nous fait très mal parce que ça pourrait être la solution à notre problème de pédagogie donc à notre prise de conscience.

Le Québec a une voix à faire entendre, un génie à faire connaître et ce n’est qu’en entrant dans le grand concert des nations que l’on pourra le faire plus efficacement. Ce n’est pas en restant une simple province dont le cri se perd sous un tonneau.

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —




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Vos commentaires:
  • Tristesse et désolation dans notre gouverne à mentalité provinciale (2)
    31 janvier 2008, par Gaston Boivin
    Votre texte, monsieur Ouimet, est un brillant résumé, à la fois exacte, pragmatique et judicieux de la situation, de notre situation. N’y manque que le défaut d’avoir abordé l’urgence et le péril où elle nous place et l’obligation qu’elle nous impose d’agir rapidement et de se repositionner devant le danger, avant qu’il ne soit trop tard, le tout eu égard à notre trop faible taux de natalité qui perdure depuis trop d’années, au taux de viellissement très élevé de notre population, et à notre immigration beaucoup trop grande et trop concentrée spatialement pour notre capacité valable d’intégration, déjà amoindrie par notre vulnérabilité dans cet ilôt franco-anglais qu’est devenue Montréal aux portes mêmes de l’anglicité nord-américaine. Je me promets d’ailleurs d’aborder prochainement ce sujet sur ce site. Puissiez-vous être entendu !
  • Tristesse et désolation dans notre gouverne à mentalité provinciale (2)
    31 janvier 2008, par Fernand Lachaine

    Bonjour monsieur Ouimet,

    Votre intervention interpelle et rejoint, j’en suis sûr, de nombreux lecteurs de Vigile. À la lecture de votre article, j’ai eu le sentiment que les points soulevés étaient véritablement ce à quoi les québécois devaient longuement réfléchir. Cependant comment pouvons-nous « faire prendre conscience que notre cri pourrait être mieux entendu, conscience enfin que nous pouvons jouer un rôle plus grand dans le monde, un rôle qui nous ressemble, qui nous rassemble » ?. En lisant votre article, je me posais les questions suivantes (toujours les mêmes quand je lis des articles qui interpellent de si belle façon, comme le votre) : "Le gars qui est sur la route avec sa voiture moyenne, qui gagne un salaire moyen, qui a une maison moyenne, qui a une famille moyenne, bref sa situation est moyenne. Ce gars-la, comment peut-il être interpellé ( être jeté par terre comme sur le chemin de Damas !) afin qu’un réveil puisse se produire pour qu’il réalise qu’un gars qui vit une situation similaire, mais dans son pays souverain, vit, en plus, de la fierté de faire partie de la société des nations, de la loyauté envers son pays face au reste du monde et de la solidarité envers son peuple." Comment monsieur Ouimet interpeller, un par un, ceux et celles qui se contentent de la situation moyenne sans issu de provinciaux ( vaincus d’avance). Le message et le messager ont besoin d’être forts car tous les médias, parlés et écrits ( sauf peut-être Le Devoir) du Québec martèlent chaque jour qu’il fait bon de vivre en provinciaux moyens. Votre article et d’autres qui apparaissent dans Vigile devraient être diffusés chaque jour dans chaque foyer québécois. Mais ce n’est malheureusement pas le cas et c’est, à mon avis, un bris à la démocratie vraie. Ma question est toujours la même : Comment réveillé le gars qui est sur la route……

    Merci monsieur Ouimet de votre message

    Fernand Lachaine



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