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Triomphalisme puéril
Parizeau sifflera-t-il la fin de la récréation au PQ ?
Philippe Navarro
La Presse
jeudi 13 juillet 2006


Le triomphalisme puéril des péquistes, dimanche dernier, est d’autant troublant qu’un homme de valeur comme Bernard Landry a cru bon en rajouter.

De la clique actuelle, après le mignon tout plein « vert la souveraineté », décidément plus rien n’étonne. C’est à souhaiter que Jacques Parizeau siffle la fin de la récréation, comme en 1987.

« On a les moyens », scandaient-ils en choeur, comme s’ils cherchaient d’abord à s’en convaincre. Mais quelle sorte de compétiteur cherche constamment l’aval de l’adversaire, sinon un perdant ? « Allez, il a encore dit qu’on est capable de gagner, alors ça doit être vrai ». Déjà que le tout-Québec attend anxieusement un mot, un seul, du ténébreux Lucien, mais c’est Gérard qui répond : « Oui, nous sommes une nation ». Et en plus, nous sommes une nation capable ! Quelle semaine !

À ce degré de névrose collective, la question des « moyens » mérite au demeurant d’être posée. Quelle sorte de pays ça donnerait, au juste ? Le niveau de la relève politique, déjà, est tout sauf rassurant. La dérive radical-socialiste de la décennie 2000, écho des errements nauséeux des années 70, fait appréhender un naufrage cubain. Et avec le remake probable des plans alambiqués d’association (1980) ou de partenariat (1995) le Québec, de toute façon, moyens ou pas, victoire référendaire ou non, restera dans le Canada. Après tout, il faut bien que quelqu’un le défende, puisqu’il s’y refuse. C’est à se demander si le gentil Québec participerait même aux Olympiques, du coup qu’il battrait quelqu’un.

L’indépendance n’est pas une question de moyens. Sinon l’immense majorité des États reconnus souverains ne le seraient pas. L’indépendance est strictement une question de volonté politique exprimée et reconnue. Même la sempiternelle « nation » est accessoire : il n’existe pas de recoupement étatique national sur cette planète. Il n’y a que des rapports de force établis et reconnus tels. S’il en va des fédérations comme des mariages, il en va des indépendances comme des divorces : on y perd mais on se gagne, et basta. Mais il faut : 1) le vouloir, 2) le dire, 3) passer devant le juge et 4) effectivement sacrer son camp. De un à quatre il y a une marge, et si 70 % des Québécois fantasment, seulement 49,4 % sont passés à l’acte. Fidèles à leur rôle historique de victime, ils appréhendent l’incontournable étape légale : C-20 est bien une loi d’inspiration « soviétique » mais il reste que toutes les ex-républiques soviétiques sont aujourd’hui des États indépendants ! Au final, seulement 30 % veulent quitter la maison. La conclusion qui s’impose est franchement déprimante, mais la lucidité est revenue à la mode.

Qu’on cesse cette psychose de « suicide » collectif en cas de défaite. Si la parenthèse impériale avait été si délétère au fait français, le Québec serait déjà une Louisiane. Or il ne l’est pas. Si le quotidien fédéral était si insoutenable, on ne retrouverait pas systématiquement le mot « Canada » pour sucrer les énoncés référendaires. Souverains ou fédérés, les Québécois continueront à sacrer après les charrues qui enterrent leurs chars, à se passer des pucks dans la slotte, à ploguer des guitares pour jammer. « Ils » font pareil au Canada mais « nous » c’est genre différent. Qu’on se trouve un parti et un leader pour en finir. Même un NON vaudra mieux que la coûteuse valse-hésitation des quarante dernières années. À moins que le fédéral, une fois pour toutes, las des parlements à l’italienne, soit assez couillu pour poser la question d’un océan à l’autre : « Voulez-vous que le Québec devienne un pays souverain et indépendant ? » Ben non : il sait trop bien ce que ça donnerait. Paradoxal, non ?

L’auteur a été conseiller au ministère des Relations internationales et à l’Opposition officielle de 1998 à 2004.




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