Toute la perspective sur Israël

jeudi 4 juin 2009

Voilà deux ans que je suis en poste comme consul général de l’État d’Israël à Montréal. Pendant ce temps, j’ai voyagé dans la région et développé une grande admiration pour le Québec et pour la gentillesse remarquable et l’ouverture d’esprit qui caractérisent le peuple québécois. Cependant, cette ouverture d’esprit et la volonté des Québécois de partager des idées me semblent faire défaut quand il s’agit de la situation d’Israël dans le cadre du conflit moyen-oriental.

Actuellement, pour plusieurs journalistes, universitaires et autres critiques, il est presque devenu à la mode d’attribuer à Israël — consciemment ou inconsciemment — la responsabilité de la plupart des problèmes survenant au Moyen-Orient. C’est malheureusement ce raisonnement, souvent dénué de contexte historique ou d’exactitude, qui définit les perceptions et l’opinion publiques dans ce débat complexe aux multiples facettes.

Ainsi, de plus en plus de personnes négligent ou diluent la perception israélienne, préférant une rhétorique qui met l’accent essentiellement sur le narratif des Palestiniens.

Idéalement, la meilleure façon d’obtenir une pleine perspective des défis géopolitiques et sécuritaires auxquels les Israéliens doivent faire face quotidiennement serait de s’imaginer dans notre position. Tout le long de ses 61 années d’existence, Israël s’est trouvé dans un état de guerre perpétuelle. Depuis son indépendance en 1948, les Israéliens ont été assujettis à de nombreuses guerres de survie ainsi qu’à des attentats terroristes. En dépit de tout cela, depuis la création de l’État, les gouvernements israéliens successifs ont tendu la main aux voisins arabes, en signe de bonne volonté et de paix tout en étant disposés à faire des compromis substantiels.

Pendant plusieurs décennies, notre désir de paix n’a pas été partagé et notre main a souvent été rejetée. Voici quelques exemples : en 1947, quand les Nations unies ont voté pour la partition de la Palestine, les dirigeants juifs ont accepté sans équivoque la notion de deux États, tandis que les dirigeants arabes ont catégoriquement refusé cette idée, entamant immédiatement une guerre visant à détruire notre nation naissante.

Au lendemain de la guerre qui nous a été imposée par nos voisins arabes en 1967, Israël a offert de renoncer aux territoires dont il avait pris le contrôle lors d’une campagne défensive en échange de la paix et de la reconnaissance de l’État d’Israël. La Ligue arabe a rejeté notre proposition, adoptant à la place la résolution infâme des « trois non » qui stipulait qu’il n’y aurait jamais de paix, ni de reconnaissance, ni de négociation avec Israël.

Au sommet de Camp David II en 2000, le premier ministre Ehoud Barak a donné une occasion historique aux Palestiniens de créer leur propre État dans la bande de Gaza et la Cisjordanie. Le dirigeant palestinien Yasser Arafat a catégoriquement rejeté cette proposition généreuse, déclenchant une vague de terreur meurtrière qui a tué plus de 1000 Israéliens, dont plus de 120 enfants.

En 2005, Israël a démantelé ses infrastructures civiles et militaires dans la bande de Gaza, ce qui a eu pour seule conséquence le lancement de milliers de missiles sur les civils israéliens par le Hamas, une organisation terroriste qui nie à Israël le droit d’exister.

Force est de préciser que les Palestiniens n’ont pas le monopole de la souffrance. Et pourtant, il n’est pas surprenant de constater qu’autant de gens perçoivent Israël de façon critique quand ils ne voient pas le revers de la médaille, puisque seule la douleur des Palestiniens est exposée et surmédiatisée. Comment est-il possible d’avoir une opinion juste et équilibrée de la situation actuelle qui prévaut quand les positions sont préjugées à l’égard d’Israël ?

Au cours des deux dernières années, j’ai lu de multiples analyses des effets des mesures défensives israéliennes sur la population palestinienne, mais très peu d’analyses de l’impact que les attentats-suicides, les missiles, et autres formes de terrorisme ont sur les Israéliens eux-mêmes.

J’ai entendu de nombreuses condamnations de la barrière de sécurité, rendue pourtant inévitable pour arrêter les terroristes et défendre nos citoyens, mais aucune autre suggestion quant à la manière dont Israël devrait se défendre contre ceux qui ont pour seul but de tuer et de mutiler le plus grand nombre d’innocents possible. [...]

Que feraient les autres nations du monde dans notre situation ? Comment se sentiraient-elles si elles étaient forcées de vivre pendant des décennies sous la menace constante de guerres et d’attentats terroristes ? Comment réagiraient-elles si autant de leurs gestes de paix étaient ignorés ou engendreraient la même violence dont nous avons toujours été la cible ? [...]

À la lumière de toutes ces considérations, permettez-moi de suggérer aux lecteurs de prendre le temps de comprendre et aussi d’analyser le conflit à travers les yeux des Israéliens avant de juger ou de condamner à la hâte mon pays, le seul du Moyen-Orient qui partage les mêmes valeurs et idéaux que ceux qui sont chers au coeur des Québécois.

***

Yoram Elron, Consul général d’Israël au Québec


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Le cercle vicieux : colonisation, résistance, répression

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