Motion contre le port du kirpan à l’Assemblée nationale

Totale hypocrisie politique

Le clivage qui compte est d’abord celui entre la gauche et la droite.

vendredi 11 février 2011

Le Parti québécois a traditionnellement été un parti social-démocrate de centre gauche. Un parti censé défendre les plus faibles contre les plus forts. Alors quand le PQ se prend pour l’ADQ et joue la carte du populisme pour favoriser ses intérêts politiques sur le dos des minorités et de leurs libertés religieuses, on soupçonne qu’il y a « anguille sous roche ».

Quand la députée péquiste Louise Beaudoin invoque la neutralité de l’État pour interdire le kirpan à l’Assemblée nationale sous le regard bienveillant du Jésus crucifié qui surplombe le Salon bleu, devant un cas si flagrant de « deux poids, deux mesures » comment ne pas conclure à la vile stratégie partisane plutôt qu’au grand débat de principes ? Quand on nous dit que le kirpan est interdit à l’ONU, alors que son port est permis dans nos écoles, devons-nous croire que notre société accorde soudainement plus d’importance à la sécurité de ses politiciens qu’à celle de ses enfants ? Les incohérences et l’absence de logique sont si flagrantes dans toute cette affaire qu’il est difficile de présumer de la bonne foi de ses protagonistes.

Cela déplaît peut-être à Mme Beaudoin et à ceux qui partagent son opinion, mais le Québec n’est pas la France. La laïcité stricte des institutions, un principe importé de France, n’a absolument rien à voir avec l’expérience historique du Québec en terre d’Amérique. Comment faire appel à ce principe dans une enceinte où on ne le respecte même pas ? Les députés français accepteraient-ils de débattre dans l’hémicycle sous le regard du « petit Jésus » ?

Souverainisme et droit des minorités

Le Québec est une société tolérante et pluraliste où on ne retrouve pas de mouvement xénophobe comme en Europe ou aux États-Unis. Aucune autre société en Amérique ou en Europe n’a réussi à avoir un débat aussi ouvert et démocratique que celui qui a eu lieu au Québec il y a deux ans avec la commission Bouchard-Taylor. Ce type d’enjeux, complexes sur le plan éthique et politique, auraient déchiré la plupart des autres sociétés, qui préfèrent plutôt balayer le problème sous le tapis, comme le Canada le fait en feignant que tout va bien dans le monde merveilleux du multiculturalisme. Au Québec, le débat sur les accommodements raisonnables a bien sûr été difficile et des choses laides ont été dites. Mais ceci n’a pas divisé notre société contre elle-même, ce qui est en soi une preuve de son ouverture et de sa maturité démocratique.

Le Québec est une société plus sensible que les autres aux droits des minorités. En fait, le Québec est probablement un chef de file mondial dans le domaine des accommodements raisonnables. Pourquoi ? Parce qu’au Québec, environ la moitié de nos concitoyens rêvent d’un jour créer un pays indépendant. Depuis René Lévesque, une partie de l’élite éclairée du mouvement souverainiste a compris qu’en matière de droits des minorités, le Québec devait « laver plus blanc que blanc ». Dans cette optique, et pour justifier l’indépendance nationale et l’éclatement du Canada, le Québec doit s’astreindre à des exigences supérieures dans la façon dont il traite ses minorités.

Le rôle de la politique internationale

La souveraineté des États est un principe fondamental des relations internationales. Les États qui forment la communauté internationale n’acceptent pas facilement que la souveraineté d’un des leurs soit attaquée de l’extérieur par un autre État ou brisée de l’intérieur par des mouvements indépendantistes. Dans ce dernier cas, la communauté internationale tend à appliquer un principe de proportionnalité : plus le groupe qui revendique son indépendance nationale a été victime de violence et d’abus de la part de l’État dont il veut se séparer, plus la communauté internationale est susceptible de lui apporter rapidement son soutien et sa reconnaissance. Mais la règle inverse est aussi valide : plus l’État dont un groupe cherche à faire sécession est pacifique, démocratique et développé sur le plan économique et social, plus les exigences pour la reconnaissance internationale sont élevées.

C’est sur la base de ce principe de politique internationale que les souverainistes éclairés et cosmopolites ont généralement eu tendance à imposer à leur mouvement et à leur projet d’indépendance des objectifs plus ambitieux que la moyenne en ce qui a trait aux droits des minorités. C’est pour cette raison que Lévesque a souvent combattu, contre sa propre famille politique, les démons du nationalisme ethnique. Ceux-ci sont certes plus mobilisateurs d’un point de vue stratégique, mais ils sont aussi plus abjects d’un point de vue moral.

C’est aussi pourquoi certains fédéralistes, dont je suis, ont toujours vu le mouvement souverainiste comme une force positive dans le développement du Québec. La présence au sein de notre société d’un projet de souveraineté devant se justifier dans le cadre d’une démocratie avancée comme le Canada a eu plusieurs effets bénéfiques pour le Québec, mais aussi pour le Canada. Le Canada ne serait pas devenu l’État-providence qu’il est sans le besoin constant de renforcer sa légitimité par rapport aux pressions venues du Québec.

Le multiculturalisme québécois

Tout ceci implique un fait historique peu discuté mais incontournable : au Québec c’est le mouvement souverainiste qui est en partie la « cause » d’une forme de politique multiculturelle axée sur la reconnaissance des identités minoritaires et les accommodements nécessaires à leur inclusion dans l’espace public. Autrement dit, le multiculturalisme au Québec n’est pas que l’importation d’un « virus » en provenance d’un corps étranger qui serait celui du Canada « anglais ». La société québécoise, et certainement sa métropole, étaient sociologiquement multiculturelles bien avant les politiques de Trudeau. Ce n’est pas une invention imposée par les fédéralistes pour damer le pion aux souverainistes.

D’ailleurs, le clivage entre fédéralistes et souverainistes est très peu utile pour éclairer de façon intelligente le débat sur l’intégration des minorités au Québec. Il masque plus qu’il ne révèle. Le clivage qui compte est d’abord celui entre la gauche et la droite. La députée Beaudoin peut bien justifier son geste en évoquant les récentes sorties d’Angela Merkel et de David Cameron. On lui rappellera qu’il s’agit de deux chefs de droite qui cherchent à cajoler les mouvements anti-immigrants au sein de leur formation politique. Drôle d’association lorsqu’on estime être de gauche !

En fin de compte, l’Assemblée nationale a préféré voter pour un principe abstrait, celui d’une laïcité stricte qu’elle ne respecte même pas, et au nom duquel elle ferme ses portes à des citoyens qui ne demandent qu’à être inclus dans les débats démocratiques de leur société. Au Québec, c’est la majorité francophone qui dispose du pouvoir dans les institutions politiques. C’est donc à elle qu’incombe la responsabilité de faire de la place à ceux et celles qui n’ont pas cet avantage.

***

Denis Saint-Martin - Professeur de science politique à l’Université de Montréal


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Multiculturalisme - subversion intégrale ! - 2

-  le multiculturalisme est le nom d’une séparation,
d’un problème, et non d’une solution
- Paul Thibaud

- Au moment où les modes d’intégration des immigrants sont débattus et commentés un peu partout sur la scène internationale, un symposium sans précédent consacré à l’interculturalisme aura lieu à Montréal du 25 au 27 mai 2011.


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