Je sors d’un chaos idéologique. Après 1546 chroniques gratuites sur le Matinternet, le nouveau propriétaire Branchez-vous ! m’a invitée à continuer à écrire une chronique d’humeur quotidienne. On m’a offert un mince salaire, mais je n’ai jamais vraiment eu besoin d’être payée pour donner mon opinion. Première semaine, les internautes me répondaient peu mais ils le faisaient gentiment et intelligemment.
Puis, soudain, un ennemi sous plusieurs pseudonymes se mit à l’attaque. Pas de divergences, pas de mésententes, pas de contradictions, mais des chapelets d’insultes inénarrables, attaquant mon pauvre petit C.V., doutant de mon talent d’écrivaine, me traitant d’épaisse, de matante, de trouduc (dois-je ici écrire trouduque ?). Le maelström, l’épouvante, les coups d’épée malgré les menaces du maître toilier. Mony V. ou Fragments sévissait.
Après deux autres semaines, je suis partie. Bon débarras, a rétorqué mon toé. J’ai appris que des hackeurs ont envahi les blogues de différents chroniqueurs.Qui ne respectent pas la nétiquette. Qui disent d’horribles insanités, qui accusent des personnes réelles, qui initient la bisbille parmi ceux qui opinent et leurs lecteurs. L’anomymat et les pseudonymes ne devraient jamais être admis sur les sites comme ici ou Branchez-vous ! Moi, j’avais 15$ par chronique, mais ceux qui ont le double font comme s’ils ne se passait rien. Moi, j’ai démissionné. Froidement. Je n’aime pas ce que le NET est devenu. Je n’aime pas que les internouilles dérapent et qu’on n’y puisse rien. Je n’aime pas la liberté des autres qui peuvent faire s’effondrer les égos parmi les plus forts. Je déteste Internet. Pourtant, j’y suis accro comme de l’air que je respire. J’en ai besoin pour défendre mon intention de créer un pays. J’en ai besoin pour joindre mes lecteurs.
L’anonymat des blogues constitue à la fois une étonnante libération de la pensée, mais en même temps, elle représente le bâillonnement le plus dramatique quand l’ennemi n’a pas à s’identifier. Il devient alors un fantôme maléfique qui tue le génie.

