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L’indépendance politique nous ouvrira les portes de la modernité - Denis Monière
             
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Théâtre d’été
Joseph Facal
Le Journal de Montréal
mercredi 25 juillet 2007


Il y a un aspect fondamental de la vie politique que des tas de gens ne comprennent pas. Et je vais vous l’illustrer en vous parlant du prix de l’essence.

Prenez deux personnes raisonnablement intelligentes. Vous et moi. Vous me posez une question dont je ne connais pas la réponse. Une attitude raisonnable de ma part serait de vous dire : « Écoutez, je ne sais pas, mais je vais me renseigner. »

Un politicien, lui, peut très difficilement dire qu’il ne sait pas. Le lendemain, les journaux titreront en lettres de deux pouces : « Le ministre avoue son ignorance ». Et les autres partis s’empresseront de le dénoncer et de dire qu’eux savent.

Même chose devant un problème impossible à résoudre. Pour un politicien, l’admettre ne sera pas vu habituellement comme une franchise de bon aloi, mais comme un aveu d’impuissance et d’incompétence. Pis encore, comme une preuve de son indifférence.

Jouer la comédie

Il est donc toujours obligé de faire semblant qu’il sait ou qu’il peut faire quelque chose ou, au moins, qu’il est sensible aux tracas des gens. Montrer en tout cas qu’il ne reste pas les bras croisés. Bouger même si c’est pour n’aller nulle part.

Il créera donc un comité pour étudier la question, commandera un rapport pour l’automne ou fera voter une loi qui n’aura strictement aucun effet. N’importe quoi plutôt que ne rien faire.

En politique, il y a donc deux sortes de problèmes : ceux qu’on peut régler et ceux qu’on doit « gérer », afin que le prix politique à payer soit le moins lourd possible.

C’est comme la différence entre un caillou dans le soulier et un mal de dos chronique. Le premier s’enlève. Le second se gère. Fondamentalement, il faut apprendre à vivre avec.

Pour nos gouvernements, les hausses du prix de l’essence font partie de la deuxième catégorie. Comme nous nous sentons impuissants devant les multinationales du pétrole, nous nous tournons vers le gouvernement en lui demandant de faire quelque chose.

Mais si le gouvernement disait ouvertement qu’il n’y peut rien, on le blâmerait d’être sourd à la frustration des automobilistes. Les autres partis trouveraient le moyen de dénoncer son « inaction » ou son « insensibilité ».

Ne me parlez pas de baisser les taxes sur l’essence. Elles sont beaucoup moins lourdes ici qu’en Europe et servent à financer nos hôpitaux et nos écoles.

Tout ça pour ça

Pour des raisons de pure politique, le gouvernement doit donc faire semblant qu’il s’active. Le ministre Béchard prend alors son air fâché et montre ses petits muscles.

Il a commencé par exiger que les compagnies pétrolières lui justifient par écrit les hausses. On se doute qu’elles ont dû être terrorisées. Il fixa même un délai de 24 heures pour recevoir la précieuse lettre. Le lendemain, la boîte aux lettres était désespérément vide.

Je ne le blâme pas. Le gouvernement doit faire semblant qu’il se préoccupe de la situation. Le ministre joue donc son rôle dans la pièce, et le joue même plutôt bien.

Il envisage maintenant de les obliger par loi à se justifier par écrit. Une loi pour forcer l’adjoint au directeur des communications de chaque compagnie à préparer une lettre de trois paragraphes qui pourra resservir l’an prochain en changeant la date.

Nous disons vouloir la vérité de la part de nos gouvernements. Mon oeil !

Nous voulons la vérité quand elle est plaisante. Quand elle nous déplaît, nous cherchons quelqu’un à blâmer. Et si nos gouvernements font semblant comme du monde, on se sent déjà un peu mieux.

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Conférencier : Philippe Haeck - Lectrice : Chloé Sainte-Marie
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