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Speak White II
Mais il a un ennemi qui s’appelle l’anglais,
Il le battra sur son territoire,
Et ne connaîtra la paix,
Qu’avec la victoire.
David Poulin-Litvak
Tribune libre de Vigile
lundi 31 mars 2008      235 visites


Speak White II

Speak White,
Qu’elle déclamait, la belle blonde,
S’il faut la nommer poétesse en rimes,
La Lalonde,

Admettons-le, Speak White,
C’était la Conquête,
Speak White, c’était un métissage,
Du racisme et du linguisme,

Mais tout ça, c’était avant,
Avant la belle blonde,
Il nous fallait une muse,
On a eu droit à une ruse,

Car la muse était poète,
Elle-même ; et sirène,
Qui lançait un appel,
Dans la mer d’anglais,

Du racisme et du linguisme,
Sont nées, sous sa plume,
La résistance et l’espérance,
Ça, c’est Speak White !

Après Lalonde,
L’insulte est devenue un appel aux armes,
L’arrogance s’est vue dans le miroir,
Elle avait, indéniablement, une tête carrée.

Parle français ! II

Ah, comme j’aimerais que l’on dise, bien franchement,
À ces Anglais qui polluent Montréal de leur langue,
Parle français ! Grosse toune arrogante ! Sinon, va-t’en !
Parle français ! Toi, l’immigrant ! (Note : 1)

Parle français ! Car nos pères se sont battus,
Ils étaient révolutionnaires dans leur accent,
C’est vrai, leur révolution était tranquille,
On peut s’en plaindre, mais quand même !

Ils ont bâti un pays,
Nous, gens de ma génération,
Le sacrerons ; ce n’est pas qu’une prophétie,
Mais, surtout, un engagement,

Parlons français II

Enseigne le français ! Toi, le gouvernement !
Pour que l’immigrant puisse apprendre à dire :
« Parle français ! Toi, mon frère nouvel arrivant !
Parle français ! Car leurs pères se sont battus !

Ils étaient révolutionnaires dans leur accent,
C’est vrai, leur révolution était tranquille,
On peut s’en plaindre, mais quand même !
Ils ont bâti un pays,

L’on dit que nos enfants en feront partie !
Ils chanteront la gloire de Luther King !
Et les exploits de Gandhi !
Ils loueront l’humanité, et nous serons leurs invités ! »

Speak What II

Si tu viens dans mon pays,
Viens comme Lafayette aux États-Unis,
Les gens comme lui,
L’histoire s’en rappelle, les honore,

Ven, amigo mío, como Miranda vino,
Con miles de sueños de libertad,
En las playas del destino,
Fracasando d’un fracas qui sonnait le glas del yugo avergonzado,

Know, English speaking brother,
That Freedom is not an English word,
It is a word born in America,
But a Word of the World,

Ahlân wa sahlân,
Fîl-amrîkâ kaybakî,
Ard ul-djihâd it-tahrîr,
Ard ul-faqr il-qadr, (Traductions : 2)

Je vous le dis donc, dans la langue de mes pères :
Mon pays est ouvert, mais pas sot,
Il connaît la valeur des choses,
Se réclame d’une différence, et aime les différences,

Mais il a un ennemi qui s’appelle l’anglais,
Il le battra sur son territoire,
Et ne connaîtra la paix,
Qu’avec la victoire.

David Poulin-Litvak

Palimpsestiste, auto-palimpsestiste, palimpsestiste de son palimpsestiste et palimpsestiste de palimpsestiste

Note 1 : Commentaire sur l’esprit de ce quatrain.

J’admettrai que cette partie du poème est la plus choc.

Le troisième vers, en fait, se réfère à une expérience concrète. Je ne suis pas de Montréal, et n’ai passé là que quelques mois de ma vie, de manière intermittente. Je viens de Québec. Alors, lors d’un de ces séjours à Montréal, je me rappelle d’avoir questionné une dame, qui marchait dans la rue, en français, pour des directions. Sa réplique en anglais, tout d’abord, m’a surpris, mais ce qui m’a vraiment dégoûté, c’est son regard, elle me regardait comme si le fait de lui adresser la parole en français était une insulte ! Ce que je veux dire donc par ce vers, c’est que si les Anglais acceptent le Québec français, la moindre des choses, c’est d’apprendre le français, et, aussi, la moindre des choses, c’est de ne pas se comporter de manière si arrogante, comme l’a fait cette dame. Je distingue, en fait, pour ce qu’il en est des Anglais, entre ceux qui sont ce que j’appelle des "Anglais arrogants", et les autres, qui ne crachent pas du regard sur les Québécois. Pour moi, il serait normal que les Anglais anti-québécois quittent le Québec, et que les autres choisissent de s’adapter ou, s’ils veulent vivre en anglais, d’émigrer. Cependant, je me refuse de croire que dire "Va-t’en !", dans ce cas-ci, c’est manquer de respect, car ce serait manquer de respect à soi-même, avant tout, que d’accepter ces relents de speak whitisme.

Ensuite, pour ce qu’il en est du quatrième vers, il faut lire : "Apprends le français, et non l’anglais." J’admettrai volontiers que la formule est choc, tout d’abord parce que je dis : "Parle français !" et non pas, "Apprends le français !". Ensuite, parce que le choix implicite qui se pose à l’immigrant, lui, entre l’anglais et le français, n’est pas explicite, mais implicite. J’aurais pu dire : "Ne parle pas anglais !" ou "N’apprends pas (premièrement) l’anglais !", car, bien franchement, le fait que quelqu’un parle une langue autre que le français ou l’anglais, pour moi, ne me choque pas vraiment, enfin, s’il n’y a pas de ghettoïsation linguistique démesurée. Je suis d’avis que les langues autres sont une richesse culturelle, mais le cas de l’anglais est différent, car il entre en compétition frontale avec la langue de la majorité. Modérer l’influence de l’anglais au Québec, donc, sera toujours, avant et après l’indépendance, un enjeu de protection nationale. Il faut donc distinguer entre l’anglais envahissant et l’anglais modéré, d’ouverture. L’ouverture figure souvent dans la bouche de certains clowns politiques comme un euphémisme de l’envahissement : « Ouvrez-vous à l’envahissement ! » (Traduction : Open up, get fucked !), pourraient-ils dire, s’ils savaient parler sans tordre la bouche ! Ah, ces laquais fédérocolonisateurs ! L’on peut comprendre la fureur enflammée, c’est le cas de le dire, d’un Victor-Lévi Beaulieu !

Finalement, on peut même se questionner à savoir, ces jours-ci, si l’injonction ne devrait pas plutôt être adressée au gouvernement : "Enseigne le français ! Toi, le gouvernement !", car on ne peut quand même pas faire reposer la charge de l’apprentissage d’une autre langue, totalement, sur les épaules des immigrants. Ils ont un effort à faire, un devoir d’apprentissage du français, mais le gouvernement, lui, a un devoir d’accompagnement et d’enseignement du français.

Il faut aussi noter, pour terminer, qu’il y a, bien sûr, un problème de perception politique : l’immigrant qui arrive au Québec ne peut pas connaître toute l’histoire de la lutte nationale québécoise. S’il ne la connaît pas - et on lui dit aux bureaux d’immigration que le Canada est un pays bilingue, et non pas binational aux deux nations unilingues - il ne peut pas facilement se solidariser avec la lutte nationale au Québec. Ce problème, culturel, celui de la faible connaissance ou compréhension de la lutte nationale québécoise, doit aussi être abordé dans le cas de l’intégration des immigrants. Ce n’est pas vraiment contre eux, en fait, que l’on s’érige, mais bien contre l’instrumentalisation, par les fédérocolonialistes anglais et leurs laquais francophones anti-québécois, de l’immigration comme outil d’affaiblissement démographique des Québécois au Québec. La guerre de langue, au Québec, est aussi un phénomène relativement unique. Enfin, elle est compliquée, et doit être expliquée.

Pour cette raison, l’État, qui n’est pas anti-québécois ou Québécois de couenne molle, a aussi l’obligation d’enseigner la culture et l’histoire québécoises aux nouveaux arrivants. Mais merde, quand on n’est pas même capable de l’enseigner à nos propres enfants, aux arrivés, on ne doit pas se surprendre que l’on ne puisse pas l’enseigner à nos invités, aux arrivants ! Quoiqu’il en soit, intégrer ce changement à la politique d’immigration québécoise est tout aussi nécessaire, pour leur donner le goût de la lutte, et la compréhension du pays en germe, à tout le moins, de la schizophrénie politique québécoise ! Je crois qu’une présentation sous l’angle de la néo-colonisation permettrait de faire un lien avec des situations qui leurs sont des plus familières dans leurs pays d’origine. Il y a bien sûr, des différences, la première étant économique, mais la dimension culturelle de la néo-colonisation québécoise, ils la vivent aussi, là-bas, avec, en plus, une néo-colonisation économique bien plus féroce. J’ose dire qu’il faudrait introduire la situation québécoise ainsi, une situation de néo-colonisation culturelle et politique directe, distincte de la néo-colonisation économique, culturelle et politique indirecte, que eux, connaissent de visu et très bien.

Voilà, je ne m’étends pas plus longtemps, simplement pour nuancer le passage choc de ce poème. Notons que le troisième poème "Parlons français II" a été inséré après rédaction de ce commentaire. Merci à M. Frappier d’avoir modéré la publication du texte a priori en soulevant son inconfort justifié avec ce quatrain, sans qui "Parlons français II" n’aurait pas non plus vu le jour. Admettons que cela clôt aussi à merveille cet exercice acharné de palimpsestage ! La revanche est douce aux yeux du palimpsestiste, maintenant, accompli, M. Barberis-Gervais !

2 : Traduction des vers non français.

Viens, mon ami, comme Miranda est venu,
Avec des rêves de liberté par milliers,
Sur les plages du destin,
Échouant d’un fracas qui sonnait le glas du joug honteux,

(Référence à l’invasion ratée de Miranda qui a néanmoins réveillé les passions patriotiques de ses compères vénézuéliens avant l’ère de Bolívar)

Sache, frère de langue anglaise,
Que Freedom (Liberté) n’est pas un mot anglais,
C’est un mot né en Amérique,
Mais un Mot du Monde,

Bienvenue,
En Amérique québécoise,
Terre de lutte pour la libération,
Terre du dénuement du destin (c’est-à-dire, où le pays reste à construire),

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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