Je n’avais pas vu les commentaires à propos de mon dernier envoi, la semaine dernière, c’est pourquoi j’ai tardé à apporter ces précisions.
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Pour me présenter, je suis un jeune indépendantiste de 42 ans, je crois qu’il est urgent qu’on procède, et je crois que le Parti Québécois est perdu dans la brume, attendant qu’il se dissipe. Je ne suis pas militant, autrement qu’avec mes quelques contributions écrites et mes discussions avec collègues et amis. Je suis sympatique au nouveau parti PI, j’ai des affinités avec Québec Solidaire, mais je persiste à vouloir que le seul parti d’envergure actuellement agisse immédiatement, avec franchise, qu’il sorte de sa torpeur. Parce que l’indépendance est nécessaire tout de suite, pas dans 20 ans.
M. Bousquet, vous ironisez sur ma suggestion en disant « on n’a presque plus besoin de la souveraineté pour être digne ». J’espère bien qu’en effet on puisse, malgré nos chaines, se comporter dignement et se faire respecter.
M. Boivin, vous défendez parfaitement ma pensée et je vous en remercie. Vous avez raison, « le silence et l’inaction sont … un accélérant à l’inertie ». Mais le confort grandissant des québécois qui entrainerait une désaffection de l’idéal indépendantiste est un argument qui n’est pas faux. De mon point de vue, ce qui est important, ce n’est pas de faire des gains, c’est protéger notre intégrité, et manifester notre existence et nos points de vue : nous ne sommes pas membre, officiellement, du Canada, nous n’avons pas à subir les conséquences de ses actes et de ses décisions. Nous pouvons et nous voulons vivre autrement.
Je n’aime pas la stratégie dite de la terre brûlée, mais je n’aime pas non plus l’idée de gruger petit à petit des pouvoirs qu’on transfère du fédéral au provincial. Je n’aime pas cette attitude voulant qu’en attendant que les circonstances se prêtent à plaider pour la souveraineté, en attendant, améliorons notre sort. Non, c’est une erreur, c’est une erreur parce que nos médias, qui constituent une bonne part du conditionnement normal que subit tout individu dans une société, nos médias donc, sont castrants, annihilants, ils empêchent la cohérence historique et prévenante, la pensée critique pertinente, ils travaillent à retarder l’émancipation normale de la nation. Les fédéralistes ont tout intérêt à ce que les québécois ne réfléchissent pas trop, ne fassent pas les liens, qu’ils en restent à la superficie des choses. Avec le temps, l’omniprésence médiatique fédéraliste aura tôt fait de nous rendre confortables, neutralisés, dissous dans la « nation canadienne ».
Il est nécessaire d’agir, de construire. Mais nous nous laissons aller, on va où tout le monde va, nous refusons de prendre position de nous-même, souverainement, c’est-à-dire en se fichant de ce qu’en pensent les voisins. Il faut encore se faire brasser pour éveiller quelque peu notre dignité. Christian Dufour, à l’émission « Il va y avoir du sport » à Télé-Québec vendredi dernier, disait, avec d’autres mots, qu’il reste un relent de colonisé en nous. Globalement, nous sommes peureux. Nous n’assumons pas totalement notre existence, il nous faut implicitement l’approbation de l’autre. Nous souffrons collectivement d’un complexe d’infériorité.
Ceci dit, ma suggestion de recourir systématiquement à la clause dérogatoire ne serait pas toujours possible, à cause de la Constitution qui prévoit des domaines où aucune dérogation n’est permise. Il faut dire aussi que revendiquer cette possibilité de dérogation, c’est jouer le jeu, c’est entrer dans l’encadrement fédéral que pourtant nous ne reconnaissons pas.
Mais quand même, il faut cesser de se plier à un ordre illégitime, ce qui est une attitude aliénante. On sait que le Politique n’assume pas toutes ses responsabilités, qu’il laisse le Judiciaire trancher. A cause toujours de notre exclusion du Contrat du Canada, nous devrions ignorer les décisions de la Cour Suprême qui nous imposent ce que nous ne voulons pas. En tout temps et en toutes circonstances, il faut faire comprendre à ceux qui refusent de nous entendre que nous sommes là, et que nous ne sommes pas eux. Par exemple, nos premiers ministres du Québec devraient prendre l’habitude de se prononcer officiellement sur les événements du monde, comme le font les autres chefs d’État. Ils devraient le faire au moins à chaque fois que nos positions sont opposées à celles que prend le Canada.
Ce que je propose est de cesser d’éviter les affrontements, pas les provoquer mais faire face à l’adversaire lorsque nécessaire. Mais il faut du courage pour cela, et de la détermination, et rares sont les politiciens qui oseraient se mettre à dos Power Corporation par exemple. Mais pourquoi donc ? Ce que nous voulons, c’est la révolution ; il est impossible d’y arriver « sans faire de peine à personne ».
Le fait d’agir souverainement entrainera, avec le temps, une mentalité volontaire, moins spectatrice et plus concernée, moins fataliste. Il me semble que le meilleur moyen d’en arriver à ce qu’une majorité de québécois votent pour leur indépendance, c’est qu’ils en viennent par eux-même à le souhaiter. Qu’ils en viennent à mieux apprécier ce qui se passe, ce qui nous arrive et ce qui est possible. Qu’ils en viennent à vouloir la liberté. Puisque nos médias travaillent sans relâche à l’encontre de cela, il ne nous reste que nos élus nationalistes.
Par exemple, je crois qu’il est manifeste qu’en général, les québécois n’apprécient pas beaucoup la manière d’agir, généralement, des anglo-saxons dans le monde (qu’ils soient étatsuniens ou non). Par exemple, l’interprétation des conflits n’est pas la même. Nous n’avons pas, comme la majorité des nations de la planète, cette volonté hégémonique si malsaine. Nous voulons réellement, nous, que cesse le terrorisme ; nous n’encourageons certainement pas que l’on attise le feu comme on le fait depuis 2001 ! Mais nous n’existons même pas, notre avis ne compte pas. Tant qu’une majorité de québécois ne se verra pas dans ce monde, nous resterons soumis, inféodés à un ordre de gouvernement étranger.
Pierre Bouchard
Escoumins
17 septembre 2007