Je sais que vous n’allez pas m’aimer mais je dis ce que je pense, un point c’est tout. Pour moi, le problème du Parti québécois n’en est pas un de chef. André Boiclair est talentueux et dans un pays comme la Suède par exemple, il y a longtemps que ce gars là serait premier ministre. Quand on veut sa liberté et un pays on se fiche pas mal de qui dirige quoi. Après tout, une fois le pays fait, rien ne nous empêche de changer nos dirigeants.
Mais nous vivons au Québec. Dans une société profondément complexée et colonisée. C’est une société qui a peur et qui refuse d’avancer. Un peuple d’ânes dirigés par des saints et des héros pour paraphraser le chanoine Groulx. Une société qui veut tout sans payer. Qui veut des soins de santé parfais mais aussi des baisses d’impôts.
Incidemment, il n’est pas étonnant que le Québec soit si ingouvernable. Et pendant que l’on s’engueule sur tout et sur rien et sur les façons de faire du Québec un pays, les fédéralistes rigolent dans leurs barbes.
Le Québec est aussi une société conservatrice. Pendant quatre décennies, on nous a cassé les oreilles avec des concepts de tolérance de fraternité et de projet collectifs. Aujourd’hui on nous dit que notre voisin est un abuseur alors, au diable le partage et vive le chacun pour soit. Et la sympathie pour les homosexuels, les indiens, les pauvres et les étrangers se retrouve au même endroit que l’œuf dans la poule.
C’est avec cette société cassée en morceaux par les médias, le mouvement fédéraliste et la grande entreprise que les souverainistes voudraient aujourd’hui faire un pays. Je nous souhaite bonne chance !!
On part de loin…
Microcosme de cette société, le Parti québécois se retrouve lui aussi, cassé. Et la fracture est amplifiée par ceux qui ne se sont jamais intéressés à la raison d’être de ce parti. Les mêmes qui discutent sans cesse des moyens comme pour nous détourner du but. Voilà surtout la véritable raison pour laquelle André Boisclair n’a plus sa place au Pq. Parce qu’il veut encore nous faire perdre notre temps à discuter sur les moyens plutôt que de tenter d’intéresser cette société à ce qu’elle devrait être et surtout, ce que le Parti québécois désire pour elle. André Boisclair est un fraudeur qui nous a volé notre cause et qui veut poursuivre le détournement qu’il a entrepris.
Bien sûr, il n’a pas fait une mauvaise campagne mais il n’est tout simplement pas l’homme de la situation. Il est distant et froid. Il défend inlassablement le passé du PQ, les fusions forcées, le déficit zéro et les mises à la retraite massives. Et la souveraineté là dedans ? Rien ! Voilà pourquoi le chef du PQ n’inspire pas confiance.
Quand j’entends des parvenus comme Nicolas Girard venir dire en plein scrum que la raison de la défaite du Parti québécois tient à sa promesse de tenir un référendum le plus vite possible dans le prochain mandat, je me bidonne. Décidemment, il ne s’enfarge pas dans les raccourcis bons marchés celui là ! Je me demande s’il a rencontré un seul électeur de toute sa campagne.
En ce qui me concerne, partout où j’ai parlé du parti, les gens ne nous pardonnent pas nos erreurs du passé et considèrent que le PQ est dirigé par une clique semblable à celle qui a causé ces dommages. Mais bien sûr, selon les députés péquistes, si le Pq a perdue l’élection, c’est parce « la population a de fausses perceptions à son égard ». C’est un cliché… Et d’ailleurs, il semble bien ces mêmes députés n’aient pas fait grand-chose pour changer ces perceptions, trop occupé qu’ils sont de conserver leur siège. Quel paradoxe !
Et il faudrait continuer ainsi ? Il faudrait poursuivre avec un chef et des députés prêts à travestir ce parti pour plaire ? Car il ne faut pas se faire d’illusion ! C’est l’indépendance que l’on souhaite mettre en veilleuse bien plus que le référendum auquel aucun membre de l’aile parlementaire du PQ n’a incidemment eu le courage de renoncer définitivement. Car, comme on le sait dorénavant, un référendum, c’est un outil que l’on donne aux fédéralistes pour les aider à mieux nous fourrer.
Aussi, la plus grande preuve que ce parti ne change pas, c’est certes la courbette que ses députés continuent encore et toujours de faire devant leur chef. Et tant et aussi longtemps que cela continuera, la population n’aura jamais confiance. Pour mériter cette confiance, il faut des couilles. Il faut être fidèle à nous même et à la raison d’être de ce parti. Or si Boisclar, Girard, Drainville et les autres pleutres n’y croient plus, qu’ils laissent donc leur place à ceux qui y croient et qui sont prêt à faire ce qu’il faut pour que ça marche. Il faut cesser de parler du pays et avoir le courage de le faire.
Pour ma part, tant et aussi longtemps que le Parti ira dans la direction de la mise sous le boisseau de l’indépendance et tant qu’André Boisclair en sera le chef, je ne donnerai pas un sou de financement. Et j’encourage tout les souverainistes à faire de même. Il y toujours bien des limites à nous traiter de cette façon. Après tout, si ce n’était des purs et durs, combien de députés le Parti québécois aurait-t-il fait élire aux dernières élections ? 28 pour cent, vous trouvez pas que ça commence à ressembler aux derniers des Mohicans ?
L’auteur est l’ancien président du Parti québécois de la circonscription de Montmorency
Daniel Lévesque
