Derrière l’attentat du Métropolis se cache une lutte qui dure depuis 1763 et qui a connu des fortunes diverses.
Dès les débuts de leur administration, les Anglais lâchent du leste, s’étant rendus compte, par l’entremise de leur gouverneur Guy Carleton (qui aurait pu donner des leçons de Realpolitik à Bismarck), qu’ils seraient incapables de maintenir leur emprise sur leur conquête sans la collaboration de nos ancêtres, les « Abitants ».
En 1774, ils adoptent donc l’Acte de Québec qui, s’il ne contient aucune disposition linguistique, accorde entre autres de façon implicite aux Canadiens de langue française le droit d’utiliser le français dans la pratique de leur religion et dans les cours de justice pour les affaires civiles, par le jeu de l’article 8. http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/amnor....
C’est le début d’une longue liste de concessions (oui, vous avez bien lu) qui vont éventuellement mener à l’adoption de la Loi fédérale sur les langues officielles en 1968, à la Loi 101 au Québec en 1976, et à la constitutionnalisation du bilinguisme au niveau fédéral en1982.
Ces gains n’ont pu être réalisés qu’au prix de luttes acharnées qui ont opposé francophones et anglophones du Québec, l’enjeu étant pour les premiers la survie de leur langue et de leur culture, et pour les seconds la conservation des prérogatives de leur conquête.
Mon but ici n’étant pas de donner un cours d’histoire, je renvois ceux qui auraient besoin de se rafraîchir la mémoire ou de mettre à niveau leurs connaissances aux nombreux écrits sur le sujet.
Je soulignerai toutefois qu’en cours de route, les Canadiens français du Québec se sont rendus compte que la préservation de leur langue et de leur culture passait inévitablement par la création d’un État dont ils seraient les seuls maîtres, et c’est à partir de la fin des années 1950 avec d’abord l’Alliance Laurentienne, puis ensuite avec le Rassemblement de l’Indépendance Nationale (RIN), que l’avenir de la langue et de la culture françaises se retrouve lié politiquement avec le projet d’indépendance du Québec.
C’est une évolution majeure, car elle provoquera un schisme dans nos élites, entre celles qui souscrivent d’emblée au projet d’indépendance et celles dont les intérêts économiques sont liés au projet canadien.
Les secondes en ont toujours voulu aux premières de les avoir placées devant ce choix et continuent encore aujourd’hui à tenter de miner leurs efforts pour atteindre leur but, avec une agressivité qui dépasse même parfois en intensité celle des anglophones qui s’estiment menacés par le projet indépendantiste, pour les mêmes raisons que les francophones se sentent menacés par le projet canadien.
Et c’est là que l’enjeu linguistique refait surface de la façon fracassante dont nous avons tous été les témoins atterrés mardi soir dernier.
Il ne suffit que quelques minutes de navigation sur Internet à une personne qui sait bien utiliser Google pour découvrir tout le ressentiment – et le mot est faible – que suscite chez nos compatriotes anglophones l’intention exprimée par Pauline Marois de resserrer les dispositions de la Loi 101 suite aux nombreuses décisions de la Cour suprême qui en ont restreint la portée et aux nombreux assouplissements consentis par le PLQ depuis son adoption.
À cet effet, voici quelques spécimens qui apparaissent dans un article intitulé « Fusillade au Métropolis : un tsunami de haine contre Pauline Marois »
Et je me suis abstenu d’inclure les pires par souci de ménager votre sensibilité.
Sentant la soupe chaude, le Commissaire fédéral aux langues officielles, Graham Fraser, un ancien journaliste qui connaît pourtant très bien le Québec et qui devrait pourtant savoir qu’il avance en terrain miné, ne prend même pas le temps de voir ce que le PQ, minoritaire donc limité dans ses moyens, aura à proposer en matière linguistique, pour voler au secours de la minorité anglophone du Québec qui, comme chacun sait, est l’une des plus persécutées du monde http://www.lapresse.ca/actualites/q... !
Pour être bien certain de se faire comprendre, il sort de son arsenal l’arme ultime, la Charte canadienne des droits et libertés, contenue dans la Constitution de 1982. Cette dernière précision n’est pas inutile car aucun gouvernement du Québec n’a jugé bon de ratifier la Constitution de 1982 depuis son adoption, ni celui de Robert Bourassa (PLQ), ni celui de Daniel Johnson fils (PLQ), ni celui de Jacques Parizeau (PQ), ni celui de Lucien Bouchard (PQ), ni celui de Bernard Landry (PQ), ni même celui de Jean Charest (PQ).
S’il ne faut se fier qu’à cette unanimité parfaite qu’ont affichée tous les gouvernements du Québec tous partis confondus depuis 1982, aucun texte juridique n’est moins légitime au Québec que la Constitution de 1982. Il faudra s’en souvenir le moment venu.
Ce refus de ratifier la Constitution de 1982 trouve sa justification dans l’incompatibilité de la survie du peuple québécois, de sa langue et de sa culture avec ses termes. Ratifier la Constitution de 1982 équivaut pour les Québécois à renoncer à être ce qu’ils sont pour permettre à tous les autres d’être ce qu’ils sont.
Si vous en doutez un seul instant, regardez de quelle façon la Cour suprême et le PLQ ont cherché à ratatiner notre identité culturelle à coups d’« accommodements raisonnables » et de concessions diverses, au point que nous en sommes même venus à un cheveu de perdre le droit de parler d’un arbre de Noël et de pouvoir afficher les mots Joyeux Noêl dans un édifice public.
Je vous souligne en passant que le Québec est la seule province du Canada où la Cour Suprême du Canada ait appliqué la notion d’accommodements raisonnables à des questions identitaires ou culturelles. On notera au passage que cette notion avait été initialement développée en droit du travail pour favoriser l’insertion ou la réinsertion des personnes handicapées, et que son extension aux questions identitaires et culturelles est tout ce qu’il y a de plus incongru.
Tout ceci se situe dans une longue série de décisions sur une trentaine d’années visant à déconnecter les Québécois de leurs racines pour n’en faire que des consommateurs dociles qui finiraient par se rallier éventuellement à la langue internationale de la consommation, l’anglais, qui se trouve également à être la langue de la majorité canadienne.
L’attentat du Métropolis se trouve donc à poser comme jamais pour les Québécois la question de leur existence et de leur survie en tant que peuple. Se plier aux diktats de la Cour suprême, de Paul Desmarais et de La Presse comme le montre encore une fois aujourd’hui un éditorial d’André Pratte http://www.vigile.net/M-Harper-doit... nous mène tout droit à l’extinction, ce n’est qu’une question de temps.
Pour nous amener à plier, on est désormais disposé à employer les grands moyens. Hier, l’historien militaire et trudeau-iste bien connu au Canada anglais, Jack Granatstein, évoquait même la perspective d’une guerre civile, s’il faut en croire Yves Boisvert de La Presse :
« Les commentaires raisonnables sont malheureusement vite oubliés. Hier, dans le National Post, le grand historien militaire J.L. Granatstein a évoqué le spectre de la guerre civile en cas de sécession du Québec.
Granatstein parle des discours « acrimonieux » de Pauline Marois « qui se lisaient sans doute mieux dans leur allemand original ». Qu’un historien réputé associe Pauline Marois au nazisme est franchement dégueulasse et profondément malhonnête - même si je trouve pathétiques les gadgets identitaires du PQ.
Margaret Wente, dans le Globe and Mail, a parlé de « nettoyage ethnique moins le sang ». Une autre, avec moins de vocabulaire, parle dans le Calgary Herald du programme « raciste » du PQ. Words are cheap, et quand on parle du Québec, le bar à mépris est ouvert 24/7, faut pas se gêner. »
Avec des encouragements pareils qui émanent de membres éminents de l’intelligentsia du Canada anglais, faut-il se surprendre que les anglophones du Québec se sentent justifiés dans leurs pires débordements ?
Et, comme je le soulignais il y a quelques jours http://www.vigile.net/Pauline-Maroi..., que dire du silence complaisant et racoleur du PLQ et de nos élites économiques et fédéralistes, prêts à tous les moyens pour remporter la bataille ultime ?
Et tant pis si le sang des innocents doit couler pour y parvenir. Des « dommages collatéraux », comme on dit en jargon militaire...
Les francophones du Québec n’ont plus le choix. Ils devront descendre dans la rue pour affirmer ce qu’ils sont et leur besoin de maîtriser tous les leviers de leur État.
Sortez vos carrés bleus !



