Samedi 22 novembre 2008
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Silence forcé : Gilles Duceppe écrit au président de l’Indonésie

Ottawa, le lundi 26 novembre 2007 – Dans une lettre envoyée au président de la République d’Indonésie et président de la Conférence internationale sur les changements climatiques de Bali, Dr. H. Susilo Bambang Yudhoyono, le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, a dénoncé l’absence des partis de l’opposition à la conférence et fait le point sur la situation de la lutte aux changements climatiques au Canada.

Vous trouverez ci-joint la lettre du chef du Bloc Québécois.

« Dr. H. Susilo Bambang Yudhoyono

Président de la République d’Indonésie et président de la Conférence internationale sur les changements climatiques de Bali

Monsieur le président,

Les Québécoises et les Québécois sont clairement favorables à la lutte aux changements climatiques dans le cadre du Protocole de Kyoto. Or, depuis son élection, le gouvernement conservateur canadien fait tout pour ne pas respecter ce protocole. Ignorant son statut minoritaire, il a décidé de faire taire les voix discordantes en n’invitant pas les députés de l’opposition à la Conférence internationale sur les changements climatiques qui aura lieu à Bali du 3 au 14 décembre prochain. La tradition voulant qu'on invite les députés de l'opposition aux rencontres internationales importantes est pourtant bien établie à Ottawa.

Il nous apparaît complètement irresponsable, au Bloc Québécois, que ce gouvernement minoritaire veuille museler les partis de l’opposition dans le simple but de ne pas se faire rappeler qu’il a renié ses engagements à l’égard de Kyoto. Non seulement le gouvernement conservateur s’est-il fermement opposé à l’adoption d’un plan de réduction de gaz à effet de serre conforme aux cibles à atteindre, mais il a aussi tout fait pour mettre des bâtons dans les roues des partis d’opposition qui cherchaient à doter le Canada d’un cadre réglementaire permettant le respect de cet engagement international important.

Cette attitude est conforme aux déclarations passées du premier ministre Harper, qui a qualifié le Protocole de Kyoto de « complot socialiste », alors chef de l’opposition officielle, M. Harper avait fait de l’échec de Kyoto son principal objectif.

Cette situation a contraint l’opposition, qui représente la volonté de la majorité des citoyens, à forcer l’adoption d’un projet de loi obligeant le gouvernement canadien à prendre les mesures nécessaires pour atteindre ses cibles de réduction. Cette obligation a été ignorée par les conservateurs.

Les divergences sont aussi abyssales quant aux suites à donner à la première phase du Protocole de Kyoto. Alors que les partis d’opposition se sont entendus sur un échéancier comportant des réductions minimales, par rapport au niveau de 1990, de 20 % en 2020, de 35 % en 2035 et de 60 % en 2050, le gouvernement conservateur persiste à vouloir imposer un plan basé uniquement sur l’intensité des émissions. Un plan qui n’aura qu’un impact négligeable sur la réduction des gaz à effet de serre et qui, même dans les scénarios les plus optimistes, ne permettra pas au Canada de descendre sous le niveau de ses émissions de 1990 avant… 2024!

Au Québec, la population est massivement en faveur de l’application de Kyoto, et l’Assemblée nationale est unanime. Le Québec est prêt à collaborer, notamment à partir d’une approche territoriale semblable à ce qui s’est fait en Europe et par la création d’une bourse du carbone. Mais là encore, le gouvernement conservateur canadien y fait échec.

Vous conviendrez donc que le message qui sera véhiculé par le ministre canadien de l’Environnement lors de la conférence de Bali ne sera pas représentatif de l’opinion de l’ensemble des parlementaires et de la population québécoise, que le gouvernement minoritaire cherche à museler par tous les moyens.

J’espère en somme que la lecture de cette lettre pourra vous renseigner sur la situation réelle de la lutte aux changements climatiques au Canada.

Veuillez agréer, Monsieur le président, l’expression de mes sentiments distingués.

Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois 

C.C. Monsieur Yvo De Boer

Secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques

L'honorable John Baird

Ministre de l'environnement du Canada »

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