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Je ne suis pas fédéraliste. Je suis indépendantiste. Je veux que le Québec collecte tous ses impôts et taxes, soit soumis à des lois uniquement québécoises, contrôle toutes ses relations internationales, ait une Constitution qui inclut une Charte des droits et libertés où les droits individuels ne viennent pas miner les droits collectifs, une Constitution fondée sur l’égalité hommes-femmes, sur une laîcité ouverte, sur la prédominance véritable du français, sur le respect de notre histoire, de notre culture et de notre patrimoine et sur la justice sociale et la solidarité en favorisant le développement économique.
Comme disait Réjean Ducharme, parlons du Canada, déployons de mornes efforts. Mais soyons sérieux ! Si j’étais fédéraliste nationaliste québécois, voici ce que je proposerais.
J’ai eu cette idée en lisant dans Le Devoir le dossier de Christian Rioux sur l’apprentissage de la langue nationale avec comme sous-titre : Quand les régions imposent leur volonté. Comme présentation Le Devoir écrit : Une citoyenneté québécoise avec des critères différents de la citoyenneté canadienne ? Le projet de Pauline Marois n’aurait rien de bien original en Suisse.
Dans Le Devoir du samedi 24 novembre, on a vu des exemples en Europe de régions d’un Etat avoir le droit d’imposer (excusez si c’est de la coercition mais c’est comme ça, je n’y peux rien) leur langue pour que l’immigrant accède à la citoyenneté de cet Etat. Comme l’écrit Christian Rioux, en Suisse, les régions jouent un rôle dans l’acquisition de la citoyenneté : la citoyenneté est une responsabilité partagée par l’Etat central et les cantons. Depuis 1955, le canton de Neuchâtel impose à tout nouveau citoyen "une connaissance suffisante du français". Ce n’est qu’à ce prix que l’on peut devenir Neuchâtelois et par la même occasion Suisse. Il faut 12 ans de résidence pour pouvoir devenir Suisse. (On est loin du processus accéléré en 1995 pour que des immigrants deviennent citoyens Canadiens et votent non au référendum). En Suisse, les exigences linguistiques ne provoquent pas de cris d’orfraie des défenseurs de droits : cela paraît normal. Si on examinait le projet Marois à la lumière de ces exemples, on pourrait discuter intelligemment.
La langue officielle du Québec est le français. Le Québec a donc le droit et même le devoir de prendre tous les moyens légitimes pour que le français soit prédominant et se développe sur son territoire. On l’a vu lors de la visite de la Commission Bouchard-Taylor dans Côte-de-Neiges : un monsieur aux cheveux blancs, ouvert et engagé dans la francisation des immigrants, a déploré de n’entendre que de l’anglais dans les autobus de Côte-des-neiges.
Dans les 20-25 prochaines années, un million d’immigrants viendront s’installer au Québec et pourraient, si on laisse le système actuel en place, angliciser la grande région de Montréal. Cette situation appréhendée devrait troubler un fédéraliste nationaliste québécois autant qu’elle préoccupe les souverainistes.
Que faire ? Je le répète. Le français est la langue officielle du Québec.
Pour la préservation et le développement du français, fondement de l’identité québécoise, on pourrait exiger des immigrants (qui n’ont pas encore la citoyenneté canadienne) qu’au Québec, pour obtenir la citoyenneté canadienne, la condition sine qua non soit la connaissance du français qui est une des deux langues officielles du Canada. Pourquoi exiger la connaissance du français au Québec ? Parce que si la grande région de Montréal devient un immense autobus où on parle l’anglais, une des richesses du Canada, le Québec français sera menacé dans son être même.
Faisons donc comme dans le canton de Neuchâtel, en Suisse. Pour devenir Québécois, il faut avoir une connaissance suffisante du français et ce n’est qu’à cette condition qu’on peut devenir Canadien. Et c’est un fédéraliste qui parle. On aurait ainsi une citoyenneté québécoise-canadienne. C’est une solution originale. Si, dans le Canada actuel, on ne peut pas faire cela, on peut se poser de grosses questions sur ce que Steven Harper appelle “le fédéralisme d’ouverture”. Cette citoyenneté québécoise-canadienne, pourquoi ne serait-elle pas une expression authentique de la nation québécoise dans un Canada uni ! Et c’est un fédéraliste qui parle.
On dira ce qu’on voudra de Guy Bertrand, mais quand il a dit que le Québec doit tout faire pour être français parce qu’il est semblable à une réserve mondiale d’eau potable à protéger pour le bien de l’humanité, j’ai trouvé ça génial. La solution : prendre les moyens pour que les immigrants s’intègrent à la société québécoise en s’appropriant la langue française, condition nécessaire pour obtenir la citoyenneté canadienne... comme en Suisse.
Robert Barberis, Grand-Montréal, 23 novembre 2007
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