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Services publics québécois - Signes religieux : le débat est relancé
Le gouvernement refuse de prendre position
Antoine Robitaille
Le Devoir
jeudi 14 mai 2009


Québec — C’est reparti comme en 2006. Le débat sur le port des signes religieux dans les services publics québécois a enflammé l’Assemblée nationale, hier. Un débat dans lequel le gouvernement et la ministre de la Condition féminine, Christine St-Pierre, ont carrément refusé de prendre position.

Tout a commencé par une question de la chef par intérim de l’Action démocratique du Québec, Sylvie Roy, qui s’étonnait que la ministre St-Pierre n’ait pas désavoué « publiquement et énergiquement la position de la Fédération des femmes du Québec ». Rappelons que la FFQ a rendu publique en fin de semaine sa position hostile à l’interdiction des signes religieux au sein de la fonction et des services publics québécois, notamment le voile islamique.

Mal à l’aise, la ministre a d’abord dit que c’est là « une question sur laquelle tout le monde s’interroge », pour ensuite souligner que le Conseil du statut de la femme, organisme dont elle a la charge, avait dit « tout le contraire » de la FFQ sur cette question en 2007. Mais elle a pris bien soin de préciser si le gouvernement était davantage du côté de la FFQ ou du CSF.

Mme St-Pierre a plutôt rappelé qu’après le dépôt du rapport Bouchard-Taylor, le gouvernement avait modifié la Charte québécoise des droits et libertés de la personne pour y inclure l’égalité entre les hommes et les femmes.

Avec le projet de loi 63, adopté en 2008 (et qui ne comportait que deux articles), le préambule de la Charte a été modifié pour y mentionner le principe, puis on y insérait l’article 49.2. : « Les droits et libertés énoncés dans la présente Charte sont garantis également aux femmes et aux hommes. »

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a emboîté le pas à la chef adéquiste et a reposé la question. Mme St-Pierre a répété sa réponse. La chef de l’opposition s’est impatientée : « C’est vraiment une mauvaise habitude. Ce gouvernement n’a pas d’opinion [...]. La question, elle est d’une simplicité, d’une limpidité exemplaire. Est-ce qu’on est d’accord avec la position de la Fédération des femmes du Québec sur le port du voile, ou est-ce qu’on est d’accord avec la position défendue par le Conseil du statut de la femme ? » Mme St-Pierre a alors précisé qu’à ses yeux, « c’est une question qui est beaucoup plus large que ça. Lorsqu’on parle des signes religieux, on parle des gens qui portent une petite croix dans le cou », a-t-elle laissé tomber.

Marois estomaquée

En point de presse, Mme Marois s’est dite « estomaquée » par le « manque de courage » de Mme St-Pierre. Selon elle, la ministre a eu le temps de « se faire une tête sur cette question, surtout qu’il y a eu beaucoup de débats autour [de cette question lors de] de la commission Bouchard-Taylor ». La chef péquiste a par ailleurs soutenu que, pour elle, « une croix dans le cou » n’était pas un signe « ostentatoire », mais elle a dit accepter que « cette question soit soumise et débattue ». Quant à la possibilité d’exclusion découlant d’une interdiction du voile, elle a évoqué « une mise en place progressive » de l’interdiction afin d’« aider les gens qui seraient concernés à faire ce changement-là ».

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, s’est pour sa part inscrit en faux contre cette position puisqu’elle conduirait selon lui à des « chasses aux sorcières ». Il a tenu à rappeler que sa formation appuyait la position de la FFQ, même si le voile est un « symbole de soumission ».

Le retour du refoulé

Après avoir déploré n’avoir eu pour réponse que des « banalités » de la part de la ministre, Sylvie Roy a soutenu que le gouvernement avait créé la commission Bouchard-Taylor, mais qu’il n’en avait pas tiré de leçon et que ce dernier « manque de leadership sur ces questions ».

Au cabinet de la ministre de l’Immigration, hier en fin d’après-midi, on était incapable d’évaluer quel pourcentage du rapport Bouchard-Taylor avait été appliqué. Le seul exemple qu’on était en mesure de citer est la modification de la Charte pour y inclure l’égalité hommes-femmes. « Ça ne se calcule pas en pourcentage », a dit l’attachée de presse, Élisabeth Moreau, qui a soutenu qu’un suivi des recommandations de Bouchard-Taylor avait été mis en place.

Une des recommandations de la commission était l’éviction du crucifix à l’Assemblée nationale, ce que les élus avaient rejeté à l’unanimité le jour même du dépôt du rapport. Hier, Mme Marois a soutenu qu’un signe ostentatoire était porté par un individu et que du reste, le crucifix placé au-dessus du trône du président « fait partie de notre patrimoine et de notre histoire ».

Joint à Harvard où il est professeur invité jusqu’en juin, le coprésident de la commission Bouchard-Taylor, Gérard Bouchard, a refusé de commenter cette nouvelle querelle des accommodements raisonnables. Il a admis avoir reçu « quelques courriels » hier, mais n’a pas voulu en dire plus.

Déposé en mai 2008, le rapport Bouchard-Taylor recommandait que le port de signes religieux par les agents de l’État soit interdit à certains d’entre eux (magistrats et procureurs de la Couronne, policiers, gardiens de prison, président et vice-présidents de l’Assemblée nationale). « Mais pour tous les autres agents de l’État [enseignants, fonctionnaires, professionnels de la santé et autres], nous estimons que le port de signes religieux devrait être autorisé », peut-on lire dans le rapport.



Source
http://www.ledevoir.com/2009/05/14/250290.html




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