Dans un article du Journal de Montréal de la page 58 intitulé « Elle a mis le village sur la carte » en date de vendredi, la journaliste Marie-Joëlle Parent nous présente le maire de Saint-Hyppolyte, Gilles Rousseau, comme étant un homme dont le bureau est « rempli » de papiers. Rédigé dans un style fantaisiste et léger, animé d’un penchant pour le vedettariat et ceux qui se valorisent à s’y frotter, la journaliste nous fait part de la fierté que le maire éprouve pour son village en le citant comme étant honoré qu’une star hollywoodienne ait décidé d’élire domicile chez lui.
Le maire Rousseau ajoute, à la blague qui tombe un peu à plat, qu’il se
fait taquiner par les autres maires et conseillers de Saint-Jérôme qui lui
demandent des rendez-vous avec sa célèbre résidente à temps partiel. Sans
pudeur, le maire se réjouit parce que dans son fief, la présence de la
vedette Halle Berry risque de faire augmenter le prix des maisons. Mme
Berry est une vedette d’un des derniers films à grand déploiement de
fantasmes masturbatoires anglophiles de la série des James Bande.
La journaliste conclut son article de la manière suivante : « À part le glamour (sic) qui enveloppe maintenant le village, il y a aussi un impact économique à la venue de la star (sic). » Elle cite une dernière fois le maire qui lui dit que ça va attirer plus de gens, que c’est toute une promotion et que Mme Berry peut compter sur la discrétion des Hyppolytois.
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Un autre personnage politique à l’image du maire ci-haut mentionné, qui partage avec lui la lignée spirituelle directe d’Elvis Gratton, Mario Dumont, se plaignait récemment du fait que Jean Charest a endormi tout le monde et qu’un autre gouvernement libéral majoritaire serait un cauchemar. Je suis d’accord avec lui, en apportant tout de même quelques petites nuances : c’est que M. Dumont ne pourrait guère faire mieux pour soulager les très mauvais rêves des gens ordinaires puisqu’il veut nous endormir depuis des années avec son discours de privatisation tous azimuts inspiré par son mentor, un des grands ténors néocons du Québec comme le Roi-Neigre Paul de Sagard les aime, Lucien Bouchard.
Vendredi, en Mauricie, M. Dumont nous a démontré candidement son empathie pour la majorité des usagers de notre système de santé en affirmant qu’il croit que les plus riches devraient avoir la liberté de payer pour être soignés plus vite, comme les joueurs de hockey. Ce qu’il néglige de dire au sujet du dysfonctionnement du système de santé depuis Lucien Bouchard, notre grognon du déficit zéro, c’est que sous Lulu, le système de santé a été géré avec une incompétence calculée, tant du point de vue de la formation médicale que des mises à la retraite, afin de générer une crise bien réelle dont le personnel restant et les usagers font les frais encore aujourd’hui. Tout ce stratagème a été ingénié en vue d’éventuels dividendes privés pour des groupes d’assureurs et certains groupes de médecins entrepreneurs.
Samedi, dans un texte poussiéreux sur la pureté et la santé publié dans Le Devoir, la mère supérieure Denise Bombardier débute son écrit grandiloquant en faisant un rappel d’une chanson d’Aznavour que les moins de de vingt ans ne peuvent pas connaître et elle conclut son premier paragraphe de leçon dominicale en expliquant aux jeunes que la pureté était une des mamelles de l’identité canadienne-française. Dans ce texte traitant des thèmes de santé, d’économie et d’éducation, elle semble quelque peu perplexe face à ces Québécois qui sont plus préoccupés par la santé que par l’éducation ou l’économie. Elle ajoute qu’il faut sans doute faire une analyse plus souterraine de la psychologie collective, que le Québec a développé des réflexes de vieux et que la santé est une obsession des baby-boomers du troisième âge qui semblent avoir transmis à leurs enfants cette obsession de la maladie en propos sur la santé. Elle conclut son article d’une manière assez grinchante en prétendant qu’à force d’entendre ces histoires d’horreur que doivent vivre les malades, on est en train de devenir apeuré au point de croire que le Québec tout entier devrait s’hospitaliser plutôt que de se débarrasser de ses démons en s’instruisant encore et toujours.
Donc, on pourrait conclure de son texte que c’est l’ignorance et la pauvreté des bénéficiaires qui est en cause ici, puisqu’elle semble penser, comme beaucoup d’autres de son entourage mystifié, que ça ne changera rien si on y met plus d’argent et de ressources.
Pourtant, c’est vrai pour n’importe quelle entreprise publique ou privée, si l’État n’investit pas en santé publique ou en prévention et qu’il favorise la création d’un système parallèle de santé privé, il devra forcément détourner de l’argent du secteur public pour soutenir les appétits privés. C’est précisément ce que le gouvernement de Jean Charest est en voie de faire en nous faisant des mises en garde sinistres sur le vieillissement de la population que d’autres pays gèrent pourtant très bien.
Puisque Mme Bombardier s’indigne pour une rare fois sur l’état de l’éducation des Québécois et de l’économie, je devrai lui rappeler que l’éducation est d’autant plus parasitée par le privé que la santé et que notre patrimoine national s’est toujours bradé au profit d’étrangers.
En conclusion, j’aimerais aborder la façon qui s’impose maintenant pour mettre le Québec définitivement sur la mappemonde, qui est la voie incontournable de la démocratie participative par le choix électoral d’une majorité de députés indépendants(istes) tel qu’évoqué par Caroline Moreno. J’en profite, par la même occasion, pour saluer le courage et la ténacité de VLB qui fera avancer la cause de notre pays toujours à libérer en se présentant comme un indépendant(iste) contre Mario Dumont. M. Beaulieu invite les gens chez lui, dimanche, pour discuter des thèmes très importants négligés ou escamotés pendant cette campagne : nation, éducation et culture.
Daniel Sénéchal
Montréal
cc. Denise Bombardier
Marie-Joëlle Parent
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
Denise Bombardier
Le Devoir samedi 15 novembre 2008
Lorsqu’on parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître (pour paraphraser la chanson La Bohème, immortalisée par Charles Aznavour), on se souvient que, dans le Québec d’antan, la pureté était une obsession largement partagée. Et avec elle, indissociables, la peur du péché et la fascination pour le sexe. On peut même affirmer que la pureté était une des mamelles de l’identité canadienne-française.
Voilà donc qu’un sondage publié en début de semaine vient confirmer que la santé est la préoccupation première des Québécois. La santé, c’est-à-dire la peur de la maladie. Alors que partout ailleurs dans le monde, mis à part les pays en guerre, l’inquiétude des populations s’exprime par rapport à la crise économique dans laquelle nous sommes plongés, les Québécois craindraient d’abord pour leur santé. À noter que ce n’est pas d’hier que le système se détériore, et il n’y a que les politiciens pour se renvoyer la balle sur leurs responsabilités respectives à cet égard. Bien sûr, la manne qui sort de la bouche de ces derniers par des promesses électorales de millions par-ci, de milliards dans cinq ans, envoie le message que la crise s’arrêterait aux frontières du Québec. Mais ce résultat indiquerait à vrai dire un malaise social plus profond. Déjà, il y a quelques années, un magazine féminin s’était penché sur les préoccupations des jeunes femmes, et là encore la santé se trouvait en tête de liste, ce qui était pour le moins surprenant compte tenu de l’âge moyen des lectrices, c’est-à-dire entre 25 et 45 ans, cette période de la vie où l’amour, la famille et le travail devraient jouer des rôles majeurs.
Car l’obsession de la santé est une affaire de vieux. Les Québécois sont vieillissants, certes, mais les autres Occidentaux vieillissent également ; leurs systèmes de santé sont malmenés de ce fait, mais l’avenir économique est actuellement leur priorité. Pour tenter de comprendre notre étrange résultat, il faut sans doute faire une analyse plus souterraine de la psychologie collective. Le Québec, force est de le constater, a donc développé des réflexes de vieux, et les aînés, nom que devront bien se résoudre à prendre les baby-boomers, semblent avoir transmis à leurs propres enfants cette obsession de la maladie déguisée en propos sur la santé.
Une précision s’impose ici. Loin de nous l’idée que la prévention en matière de santé soit inutile et non avenue. Une alimentation saine, de l’exercice et un rythme de vie sans trop d’excès n’ont jamais tué personne. Mais il y a une sorte d’hystérie latente chez nombre de gens dès que l’on mentionne le mot « nourriture ». On ne mange plus, on ingurgite des antioxydants, des protéines, des lipides et autres formules chimiques. Ou alors, à l’opposé, toutes les activités convergent vers la cuisine, nouveau sport très tendance où l’on passe le plus clair de son temps. Même les ingurgiteurs de fast-food bouffent des vitamines et des compléments alimentaires avant de se rendre chez McDo.
Est-ce normal que seulement 8 % des Québécois considèrent l’éducation comme une priorité ? L’éducation, faut-il le rappeler, concerne les jeunes, c’est un investissement pour les générations futures et non pour celles qui ont amplement profité des sacrifices de ceux qui les ont précédés. L’éducation des baby-boomers est l’héritage de parents qui ont trimé dur, se sont serré la ceinture et ont sacrifié parfois leur propre santé pour faire instruire leurs enfants. Ces héros anonymes du Québec laborieux, qui ne s’apitoyaient pas sur leur sort et affrontaient la mort comme une fatalité, ont donc produit une génération égocentrique, qui non seulement ne veut plus vieillir, mais a transmis à ses enfants une peur de la maladie et une obsession du corps qui ressemblent à l’ancienne impureté de l’âme contre laquelle il fallait livrer combat.
Quel avenir se dessine pour une société dont le rêve éveillé est de se transformer en un hôpital national au détriment de l’école, de la création d’emplois correspondant aux exigences de la modernité, des institutions culturelles porteuses de dépassements et d’intuitions créatrices qui ne sont rien d’autre que le mouvement même de la vie ?
Et si cette crainte de la maladie exprimait aussi un sentiment morbide, une peur contagieuse de mourir, comme si nos propres défis nous écrasaient ? Serions-nous socialement devenus si vulnérables, si fragiles que le mot « avenir » nous terroriserait ? Et si l’incurie que l’on constate depuis des décennies dans notre système de santé n’était due, elle, qu’à une incompétence à nous organiser entre nous ? Comment expliquer notre capacité à former, à ce jour, des médecins compétents, des infirmières qualifiées, et notre impuissance à gérer les institutions qui les contiennent ? Il faut en arriver à se convaincre que l’argent, ou plutôt le manque d’argent, n’est pas l’explication unique et définitive de la dégradation, non pas des soins, mais de l’accès aux soins de santé. Et si la déprimante saga de la construction du CHUM à Montréal était un indice de cette impuissance ?
Et que penser de ce débat devenu permanent et de ces histoires d’horreur que nous nous transmettons entre amis, entre collègues de bureau, sur les tribulations des « bénéficiaires » de soins, comme on les désigne dans une langue barbare applicable avant tout au commerce ? À force d’entendre ces histoires d’horreur que doivent vivre les malades, on est en train de devenir apeuré au point de croire que le Québec entier devrait s’hospitaliser plutôt que de se débarrasser de ses démons en s’instruisant encore et toujours.

