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La première leçon que j’ai tirée du référendum de 1980, c’est que, si on veut réaliser la souveraineté, il faut le dire, sans détour. - Jacques Parizeau
             
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Sans un néo « baby-boom », le projet d’un Québec souverain est-il mort-né ?
Normand Perry
Tribune libre de Vigile
lundi 4 septembre 2006      367 visites


*Pour comprendre ce débat, il est suggéré de visiter www.vigile.net du samedi 26 août 2006

Au cours de la campagne référendaire de 1995, Lucien Bouchard, alors chef du Bloc québécois et tête d’affiche du clan souverainiste, avait affirmé à ses risques et périls que le peuple québécois de souche francophone ne se reproduit pas en nombre suffisant pour assurer sa survie à long terme.

Il s’en est fallu de peu à l’époque pour faire dérailler la campagne du camp du Oui : une levée de boucliers impressionnante, surtout de groupes féministes, n’allait surtout pas se faire dicter la morale par Lucien Bouchard. Depuis le sujet de la décroissance démographique revêt quasiment un caractère tabou au Québec.

Si Lucien Bouchard a présenté maladroitement cette idée dans la forme, en substance il avait touché une vérité ; il avait fondamentalement raison.

Posons-nous la question franchement, honnêtement et sans faux-fuyant, en ayant en perspective le Québec de 2076* : le Québec, une nation francophone et souveraine pour qui au juste ? Ce n’est pas la première fois que j’évoque la question. Le dramaturge, essayiste et poète Jacques Godbout publiait récemment dans la revue L’Actualité*, une réflexion qui fait couler beaucoup d’encre ces jours-ci. Comme quoi la sensibilité de certaines et certains à propos de la question démographique est à fleur de peau. Mais tant s’en faut, le problème, lui, est réel et si personne n’a le courage de l’affronter, alors les prophéties de malheurs annoncées par Jacques Godbout risquent d’avoir un fondement incontestable.

Les Jean-François Nadeau, Claude Jasmin, Carl Bergeron, Michel Venne, dont les réactions furent publiées sur Vigile.net, font partie de ce groupe de résistants face à la réalité qui crève l’œil de tout observateur lucide et clairvoyant. Tous, sans exception, s’en prennent au fatalisme de l’analyse de Godbout sans pour autant vouloir regarder des faits qui parlent d’eux-mêmes : le taux de naissance depuis une bonne vingtaine d’années au Québec en regard du taux de mortalité est insuffisant pour assurer la survivance du fait français face à la mer anglophone qui nous entoure en Amérique du Nord. Autre réalité : une bonne partie de l’immigration au Québec n’est pas de souche francophone, et la plupart de ces ressortissants allophones ne manifestent pas le désir réel de faire du français leur langue usuelle tant à l’école, au travail qu’à la maison.

J’ignore où les détracteurs de Godbout ont appris leur mathématique, mais que l’on le veuille ou non, l’équation à long terme montre assez significativement une disparition graduelle et quasi complète du fait français dans les grands centres urbains québécois, surtout à Montréal. Une simple ballade à pieds dans les rues du centre-ville montréalais en pleine heure d’affluence est suffisante pour s’en convaincre.

Claude Jasmin affirme que :

« Godbout annonce donc la fin (solution finale) de la québécoiserie et donne même une date précise : 2076 ! Seigneur ! Nous sommes du même âge, Jacques et moi, mais voyant tous ces jeunes adhérer à l’indépendantisme avec le jeune chef André Boisclair, voyant aussi - un exemple entre plusieurs autres - la nouvelle fougue patriotique des jeunes rédacteurs du mensuel Le Québécois, son verdict de mort annoncé, comme dirait l’humoriste, « c’est nettement exagéré ». J’ai grande confiance dans les jeunes générations pour poursuivre l’essentiel combat d’un coin d’Amérique du Nord tout en français. Quelle mouche l’a piqué ? » - Le Devoir, 23 août 2006.

Cette mouche, monsieur Jasmin, est celle du réalisme. Les jeunes auront beau adhérer au projet souverainiste de la manière la plus intense et convaincue qui puisse être, il n’en reste pas moins que les lois mathématiques que j’évoquais plus haut ne mentent point.

Parlant du PQ et de son chef André Boisclair, puisque le projet souverainiste est actuellement promu et alimenté par cette formation politique, il faudra bien un jour où l’autre que la direction de ce parti se penche sur cette réalité de manière un tant soit peu sérieuse.

Même si Lucien Bouchard et Bernard Landry ont convenu à leur époque respective que la démographie québécoise est déficiente, aucune mesure véritablement incitative à un « baby-boom » phase II ne fut proposée sous l’un ou l’autre des gouvernements qu’ils ont dirigés. Pourtant, le projet souverainiste, lui, n’a jamais cessé d’exister, bien au contraire !

Alors que cette question fait à nouveau couler de l’encre depuis la parution de la réflexion de Jacques Godbout et des réactions que celle-ci provoque, il est temps à mon avis que le PQ regarde cette problématique en face. Devant un problème réel vaut mieux prendre le taureau par les cornes.

Le manifeste pour un « Québec Lucide » tient son fondement essentiel dans le déclin démographique, pour ensuite proposer des mesures économiques draconiennes, que j’ai déjà qualifiées dans le passé « d’acide », tant il est clair que ma génération post « baby-boom » va se faire laver et vider les poches dans le but de payer la dette laissée par la première génération des « baby-boomers ».

Un véritable néo « baby-boom » au Québec assurera non seulement le fait français au Québec, mais solutionnera également au plan économique, dans vingt à trente ans, grâce à des payeurs d’impôts en nombre suffisant et actifs sur le marché du travail, le problème de la dette évoqué dans le document des « lucides », sans que la génération actuelle ne soit littéralement égorgée par un pouvoir d’achat déjà bien mince par les temps qui courent.

Une élection générale s’annonce dans la prochaine année, à peu près tous les observateurs politiques s’entendent sur cela. Pour convaincre les esprits clairvoyants du sérieux du projet souverainiste, la plate-forme électorale du PQ devra comporter des mesures incitatives visant à provoquer un nouveau « baby-boom » durable au Québec. Et s’il venait à prendre le pouvoir subséquemment aux prochaines élections, les premières mesures d’un nouveau gouvernement péquiste, s’il veut démontrer son sérieux face au projet de pays du Québec, devront être l’application des mesures annoncées dans cette plate-forme électorale.

Une croissance démographique exponentielle québécoise est désormais une condition sine qua non du projet souverainiste.

Et il faut y voir avant que la tendance actuelle ne devienne irréversible.

Normand Perry


Philosophe et
chroniqueur à www.quebec-politique.com

Les Coteaux, Qc

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