Le premier ministre du Québec, celui qui représente solennellement la nation québécoise, a jugé qu’il n’était pas nécessaire de se rendre en France pour assister au lancement des festivités marquant le 400e anniversaire de la ville de Québec. Manifestement, l’homme ne mérite pas d’assumer la plus haute fonction politique de l’État francophone d’Amérique du Nord.
Heureusement que les deux partis d’opposition ont déploré unanimement, à l’Assemblée nationale, l’attitude déshonorante de Jean Charest. Mario Dumont, chef de l’Action démocratique, a accusé son rival d’accepter la canadianisation de l’événement historique. La dirigeante du Parti québécois, Pauline Marois, a déploré de son côté que le leader libéral récrive scandaleusement l’histoire, en affirmant que la fondation de la ville de Québec avait créé le Canada. Même le bras droit du premier ministre, Philippe Couillard, a abondé dans le même sens.
Devant un tollé politique si puissant causé par une négligence qui éclabousse tout un peuple à la face du monde, les partis d’opposition à Québec doivent passer de la parole aux actes : ils peuvent et doivent défaire le gouvernement minoritaire de Jean Charest. De toute façon, l’administration fédéraliste a démontré ces dernières semaines qu’il ne se souciait guère de protéger la langue et la culture de ceux qu’elle représente. Lorsque Québec accueille les nouveaux arrivants en anglais et qu’en plus, des cours leur sont payés afin qu’ils maîtrisent plus rapidement cette langue, il y a urgence d’agir.
Seul un coup d’éclat peut réparer les dommages diplomatiques que Jean Charest a causés la semaine dernière. Le Québec doit envoyer promptement un fort message à la France et à l’Europe. Il doit faire savoir qu’il n’endosse pas le discours canadian qu’ont propagé là-bas Stephen Harper, Michaëlle Jean et Jean Charest. En outre, Nicolas Sarkozy, qui heureusement ne parle pas au nom du peuple français à la lumière des derniers sondages, doit aussi être avisé que les propos qu’il tient ne traduisent pas l’opinion du peuple francophone du Québec. Une élection générale doit en conséquence être déclenchée maintenant au Québec.
Jean Charest ne mérite pas de se retrouver sur la tribune d’honneur à Québec, en juillet prochain. C’est aux partis d’opposition de susciter dans la population un sentiment d’honneur, elle qui assiste, impuissante, à un détournement historique. Le message que cette escroquerie envoie présentement à ceux qui choisissent le Québec comme maison d’adoption est catastrophique : seuls les Québécois peuvent l’annihiler. Et c’est en chassant les collaborateurs canadian du pouvoir que le signal pourra efficacement être modifié.
Il ne fait pas de doute que le discours nationaliste fade des adéquistes ne fouette pas la fierté des Québécois. Le résultat des dernières élections partielles au Québec en témoigne. L’ADQ coule à pic, démontrant hors de tout doute que sa stratégie de s’asseoir entre deux chaises ne le sert pas. « On ne peut être à moitié enceinte », affirme le dicton. Il n’y a que deux options qui s’offrent aux Québécois quant à leur avenir : le fédéralisme assimilateur, comme l’atteste le dérapage magistral en France de la semaine dernière, ou l’indépendance qui donne aux Québécois les rennes de leur destin, chassant ainsi l’occupant effronté représenté par le gouvernement canadian.
La nouvelle position affirmationniste du Parti québécois ne casse rien non plus. Les troupes de Pauline Marois ne font pas le plein d’appuis dans l’électorat. Au mieux il stagne, sinon il régresse. L’idée d’adopter une « nouvelle loi 101 » ne va pas assez loin. À quoi bon en concocter une de toute manière si c’est le Canada qui doit être célébré lors du 400e anniversaire de la ville de Québec ? À quoi bon cette législation si c’est la Gouverneure générale du Canada qui y soulignera la vitalité des francophones du Manitoba, grâce à la politique des langues officielles d’Ottawa ?
Pauline Marois et Mario Dumont doivent avoir le courage de questionner les Québécois à ce sujet, par l’entremise d’une élection. La chef péquiste doit annoncer qu’elle renoncera au projet de ragaillardir la loi 101, si l’électorat devait réélire le très fédéraliste Parti libéral. Tant qu’au député de Rivière-du-Loup, il doit cesser de faire le dos rond en reprochant à Jean Charest de canadianiser la fête du 400e. Ce discours indépendantiste sonne faux dans sa bouche et le disqualifie aux yeux des Québécois. Le chef adéquiste devra se ranger dans le camp fédéraliste ou souverainiste, durant la prochaine campagne électorale.
S’il lui reste un peu d’honneur, il devrait tendre maintenant la main à la dirigeante péquiste, et inviter les Québécois humiliés en France à retrouver leur dignité par le biais des urnes. Il n’est pas trop tard pour extirper des mains de l’occupant les fêtes du 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec.
Patrice Boileau


