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Salut mon général
André Véronneau
Lettres au Devoir
mardi 24 juillet 2007


La fièvre courait depuis la veille sur le Chemin du Roy. Le général parlait d’atmosphère de libération, d’affranchissement, de progrès, de modernité de ces Français canadiens et de ce devoir de la France de renouer des liens étroits avec le Québec. Mon père m’avait entraîné sous le balcon de l’hôtel de ville pour entendre ce libérateur de la France. Ce fut un moment euphorique et grandiose. Ce « Vive le Québec libre » dévoilait au reste du monde notre état de colonisés bien portants et le rêve chez plusieurs d’entre nous de prendre en mains notre destin. J’avais 15 ans.

Issus d’une famille de gens en affaires depuis trois générations, nous savions à la maison qu’il vaut mieux être roi dans un petit royaume que valet dans un grand, d’où mon grand étonnement d’adolescent de voir que tant de mes compatriotes s’interrogent sur la pertinence de passer de minorité (canadienne) à majorité (québécoise) !

La puissance évocatrice des paroles prononcées par le général devant la face du monde nous a galvanisés. Ces paroles exprimaient nos rêves, notre idéal, notre espoir, la fin possible qu’une domination économique, politique, intellectuelle, et surtout elles exprimaient la reconnaissance de notre savoir-faire.

Par suite de nos tergiversations, le pourrissement s’est installé dans les discussions et le débat a glissé, inexorablement, vers des considérations financières et matérialistes. La véritable liberté n’est-elle pas celle d’agir en toute connaissance de cause, plutôt qu’être le résultat d’un quelconque arrivisme financier ? L’esprit des choses n’est plus : la matière est partout.

Les jours ayant suivi son discours fracassant, De Gaulle déclara : « Tout ce qui grouille, grenouille ou scribouille, cela n’a aucune importance ! » Malheureusement, nous devons constater qu’il n’en est rien puisque les manipulateurs d’opinion publique n’ont jamais été si présents.

Lorsque j’ai le goût de me saouler le dedans de pathétique, je réécoute le discours de l’hôtel de ville et me dis qu’un jour viendra, qui n’est pas venu, où je mordrai qui m’aura mordu.




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