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L’opinion de Bernard Landry #23
Salut, Salam, Shalom !
Bernard Landry
www.lasemaine.ca
mardi 28 juillet 2009


Un nombre important de nos compatriotes ont des racines arabes ou juives. Ils sont profondément implantés ici, et dans bien des cas depuis longtemps. Ils sont cependant, encore et toujours, à divers degrés attachés au Moyen-Orient et affectés par les événements qui s’y déroulent.

Il est parfaitement normal de garder un rapport affectif avec ses racines, pourvu évidemment qu’aucun type de communautarisme n’entrave l’intégration au Québec et notre cohésion nationale.

Mes propres ancêtres Acadiens sont ici depuis de milieu du dix-huitième siècle. Après que douze mille d’entre eux eussent été brutalement déportés par le pouvoir colonial britannique. Séparation des familles, incendie des maisons, des fermes et des églises, exil forcé vers les États-Unis et ailleurs, et hélas, mort de près de la moitié d’entre eux. Ce drame, dans le langage d’aujourd’hui, s’appellerait un crime contre l’humanité. Au Québec un million de leurs descendants -quelle résilience !- sont encore émus en entendant chanter "Évangéline" et évoquer la vie heureuse qu’elle menait "au sein de la patrie" qu’était cette merveilleuse Acadie. Il n’est donc pas surprenant que lorsqu’un drame survient au Moyen-Orient que ceux des nôtres y ayant des racines en éprouvent un vif chagrin, jusqu’à provoquer ressentiment et rancoeur et même dresser malheureusement des Québécois les uns contre les autres.

J’ai de nombreux amis québécois qui sont des intellectuels d’origine juive ou arabe qui sont aussi malheureux les uns que les autres des tragédies israëlo-palestienne. L’immense majorité d’entre eux souhaite profondément la paix et accepte les conditions pour y parvenir. D’autres, par ailleurs, ont transporté ici la mauvaise foi qui, en Israël comme en Palestine, reste le fait d’une minorité mais entrave lourdement le retour à des relations harmonieuses.

Côté israëlien, cette mauvaise foi consiste à feindre d’accepter la création d’un état palestinien, tout en défendant l’établissement et l’expansion des colonies dénoncées par l’O.N.U. Cela s’appelle la théorie du gruyère : un état avec tellement de trous qu’il ne pourrait réellement en être un.

La version palestinienne de la mauvaise foi s’articule autour de la démographie : les Palestiniens se multiplient beaucoup plus rapidement que les Juifs en général. Ce qui leur fait dire : "le temps fera son oeuvre, et avec le nombre nous réglerons la question". Sans aucune analogie véritable, cela rappelle "la revanche des berceaux" de nos ancêtres, qui a d’ailleurs largement réussi pendant longtemps.

Avec la providentielle élection d’Obama, l’espoir semble renaître comme lors des accords d’Oslo en 1993 qui ont abouti à l’historique poignée de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. L’optimisme était à un tel niveau à l’époque, que le Québec avait initié un séduisant projet tri-partite de parc industriel commun à la frontière israëlo-palestinienne. Ce projet s’est bien sûr effondré avec l’intifada.

Le changement à la tête de la première puissance du monde rend de nouveau possible le rêve d’une paix durable et équitable.

La position d’Obama devrait être celle de ceux qui, dans tous les camps, veulent servir la fraternité humaine. Israël a le droit d’exister dans ses frontières et en toute sécurité. L’État palestinien indépendant doit naître sur un territoire non morcelé, suivant la position maintes fois répétée de l’O.N.U., ce qui implique l’arrêt et le démantellement des colonies.

Cette façon de voir est aussi celle de pratiquement tous les gouvernements démocratiques du monde. Il se trouve encore quelques fanatiques pour la nier, mais comment peuvent-ils encore, devant une telle convergeance, empêcher la paix d’advenir. Le Premier ministre israëlien a fait récemment un petit pas dans la bonne direction, mais d’autres voix dans son gouvernement ont plutôt donné l’impression d’un recul.

Quand cette "terre sainte" pour les chrétiens, les musulmans et les juifs souffre, c’est le monde entier qui souffre. Quand une tragédie frappe le Liban ou Gaza, les douleurs sont vives jusque dans l’île de Montréal, et cela dure depuis près de trois-quart de siècle.

C’est un devoir pour les Québécois de toutes origines de promouvoir ici même un dialogue harmonieux sur le sujet. Ils peuvent ainsi, même à distance, contribuer à la paix dans ces terres qui ne sont pas ou ne sont plus les leurs, mais qui sont toujours chères à leur coeur.

Bernard Landry




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