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« A l’oubli succède l’indifférence de l’oubli comme un écho muet qui
prolonge la durée et augmente l’espace de l’oubli »
Jacques Ferron, L’Amélanchier
Le Québec est une jeune terre hospitalière et accueillante. Ses citoyens sont réputés pour leur ouverture, leur générosité et leur pacifisme. L’histoire catholique a fait des Québécois des gens assez soumis, très dociles, parfois jusqu’à l’excès. Ces derniers sont marqués par une tendance à laisser la place à l’autre. Si les Protestants ont appris à chercher l’argent pour des fins de reconnaissance religieuse, les Catholiques ont appris que, nés pour un petit pain, il valait mieux présenter l’autre joue…
Ce texte, qui poursuit, précise et reprend à nouveaux frais la thèse du repliement identitaire québécois, pose l’hypothèse que celui qui accueille peut, si sa tradition culturelle n’est pas assez assurée, s’oublier lui-même. Souvent, lorsque nous nous soumettons aux grandes idéologies qui nous dépassent, nous nous perdons nous-mêmes dans les autres. Pour illustrer la période d’oubli de soi que s’impose à elle-même la société québécoise, nous étudierons le sort que cette société a réservé à sa tradition religieuse, à sa famille (et son folklore), à son histoire politique et à ses acquis modernes fruits de la Révolution tranquille.
L’oubli et le refoulement de la tradition chrétienne
Il est assez facile de constater que de nombreux Québécois cherchent à oublier viscéralement la tradition chrétienne qui a pourtant donné le cadre à leur culture. En effet, nous assistons actuellement à une volonté nette de refouler cette riche tradition. À tous les jours, nous lisons et nous entendons des commentaires qui mettent l’accent uniquement sur les côtés négatifs du passé de l’Église, jamais sur ses bienfaits, un peu comme si cette Église devait porter le fardeau de toutes les erreurs du passé. Face à notre Église, nous sommes sans nuance aucune : celle-ci est obscurantiste, menteuse et imparfaite, etc. Or, il y a un prix à payer à renier toute sa tradition religieuse. Nos jeunes, qui sont les jouets de pédagogies improvisées, ne savent pas identifier les parties d’une église, ne connaissent pas les rituels religieux et ignorent que le Québec, fruit d’une colonisation en Amérique par des Européens chrétiens, a plus de 400 ans d’histoire religieuse.
L’ironie, c’est que nos Québécois sont prêts à tout pour comprendre l’actualité internationale, mais sans jamais oser la rapporter à leur tradition chrétienne. Ainsi, ils désirent distinguer le hidjab de la burqa et du niqab, mais ils ne savent même pas que les sœurs, il n’y a pas 40 ans, portaient le voile en public et que le Pape, le chef de l’Église, porte encore une tiare… En fait, trop de Québécois font dans l’humour : ils veulent voir disparaître les croix qui apparaissent dans la brique de leurs institutions tricentenaires et patrimoniales, mais ils acceptent le kirpan, un couteau, dans leurs écoles laïques. Ils sont même les plus drôles du monde : ils insistent pour que leurs enfants apprennent à l’école l’histoire des religions monothéistes présentes sur les cinq continents, mais ils boudent, en raison de leur ignorance et de leur crise spirituelle, leur Église. En clair : les Québécois, qui se cherchent dans l’actualité internationale, s’oublient à tous les jours un peu plus eux-mêmes.
Oubli du sens de la famille et du folklore
Évidemment, quand on refuse sa tradition religieuse, on oublie aussi son fondement social, à savoir la famille. L’oubli de la famille n’est pas un oubli ordinaire, car il crée des problèmes sociaux. À l’heure de la fête de Noël, il faut rappeler que de nombreux Québécois, en partie en raison de la Révolution tranquille et du mode de vie occidental se résumant dans la consommation individualiste, se retrouvent sans famille. Est-ce triste ? Un peu, mettons ! Les êtres humains, d’aussi loin que l’on puisse remonter pour le savoir, apparaissent comme des êtres sociaux qui doivent partager leurs expériences pour vivre le temps. Or la vague des divorces, compréhensible des points de vue laïque et démocratique, a des effets sur la cohésion de la société. Aujourd’hui, trop de personnes se cherchent des amis pour célébrer Noël. Ayant tourné le dos à la religion, à la famille et au folklore, qui est la survivance de la culture par les arts de la tradition, de nombreux citoyens ne savent plus pourquoi ni comment fêter Noël. Pour eux, les fêtes ne peuvent être que commerciales, mornes et souffrantes. Ces Québécois, amnésiques, sentent que quelque chose a bougé sous leurs pieds : ils n’ont plus de lien avec le passé. Ils ne restent donc qu’à consommer, se disent-ils, afin de remplir le vide culturel et historique qu’ils sont devenus.
L’ironie, c’est que ces Québécois sans histoire, seuls au centre-ville, adoptent rapidement la mode des « musiques du monde ». En fait, se disant ouverts et disciples de la diversité, ils écoutent toutes les musiques du monde, c’est-à-dire tous les folklore nationaux, à l’exception d’un seul, le leur ! Ignorant ce qu’est le folklore et surtout sur quoi reposent les 400 ans de transmission des arts traditionnels québécois, ils vivent aux rythmes des autres cultures… Ils se cherchent eux-mêmes dans les autres cultures, mais sans se retrouver. Il n’est pas étonnant qu’avec pareil « bagage culturel », ils veulent quitter le Québec, donner une nom chilien à leur enfant imaginaire, et s’oublier un peu plus à tous les jours.
Oubli et négation de l’histoire politique
En parallèle, après l’oubli actif de la tradition religieuse, de la famille et du folklore, nos Québécois, épris des voyages dans le sud, ne parviennent plus à se rappeler les grandes dates historiques qui ponctuent leur histoire politique. En effet, si l’on demande, dans un sondage par exemple, sur quoi repose la révolte des Patriotes, les raisons pouvant expliquer la séparation entre le Bas et le Haut Canada ou ce qui doit expliquer la présence des réserves autochtones sur le territoire, ils ne répondront pas. Est-ce triste ? Un peu, mettons !
L’ironie ici, c’est que muets sur leur histoire politique, ils deviennent soudainement bavards sur la Guerre en Irak et sont prêt à tout pour expliquer l’effondrement des tours jumelles. Le 11 septembre 2001, pour eux, c’est la vérité de l’histoire moderne et la signification de la nouvelle justice dans le monde, tandis que les Patriotes, au mieux, ce serait un très beau nom pour… une équipe de hockey ! Si nos Québécois sont bouleversés par les images d’une prise d’otage en Russie, ils ne se rappellent même plus les événements d’Octobre… Ils sont parfois très drôles, les Québécois : ils veulent libérer la planète entière, ils refusent toutes les injustices, mais ils ne s’intéressent plus à leur propre histoire.
Encore plus amnésique, ils s’oublient eux-mêmes : plutôt que de maîtriser leur destin par l’étude de l’histoire, non pas l’histoire revue et corrigée, expurgée des conflits historiques, mais l’histoire qui racontent les souffrances, nombreux sont les Québécois qui regardent leurs voisins du sud et se disent, en silence, que cela doit être mieux aux Etats-Unis… Cela nous rappelle une phrase prophétique de Nietzsche : « Veux-tu avoir la vie facile ? Reste toujours près du troupeau, et oublie-toi en lui. »
Oubli et critique des acquis de la modernité
Si un et trois donnent quatre, on ne sera pas surpris de voir plusieurs de nos concitoyens, se considérant ouverts sur le monde, oublier les acquis de leur propre modernité politique. En effet, plusieurs de nos jeunes ne savent même plus ce qu’est une lutte syndicale et à quel point les Québécois ont dû travailler fort pour se libérer et mettre sur pied un modèle d’État providence. Cet État providence, pourtant, a favorisé la nationalisation des services, a développé les réseaux publics d’éducation et de santé, a brisé les monopoles et a multiplié les régimes d’assurances collectives. Est-ce tout, demandent nos jeunes, entre deux conversations profondes au cellulaire ? Non, répondent certains vieux : l’État providence a également été le véhicule servant à défendre la démocratie, la laïcité du système public et l’égalité des femmes et des hommes. Nos jeunes, légèrement individualistes, se regardent et répondent : si je veux une opération, je me la payerai moi-même, comme aux États-Unis. Là-bas, on dit qu’il y a de bonnes cliniques privées.
L’ironie ici, c’est que la plupart de nos jeunes, ignorant ce qu’est un taux d’intérêt, sont heureux de payer leur forfait « cellulaire » et se pensent riches, riches avec une carte de crédit... Ils ne savent pas qu’il y a 25 ans, les 10% d’intérêt n’étaient pas rares et que le 0.5 % d’aujourd’hui ne rapporte qu’aux banques ! Pendant qu’ils jouent, plusieurs de nos jeunes oublient que l’État providence est un modèle d’État et que tout État demeure une construction. Or, ce qui se construit se déconstruit si l’on prend pas le temps de l’entretenir. L’égalité homme-femme de même que la démocratie, ce ne sont pas des créations divines, mais des concepts qui demandent du travail de terrain. Le terrain et sa logique disparaissent au profit d’une nouvelle logique, la logique aérienne de l’amnésie.
Sur la logique de l’amnésie et le repliement identitaire
Certains diront que nous exagérons et que le lien entre les générations est assez bon, même excellent, surtout à Noël et au Jour de l’An. D’autres ajouteront que connaître le folklore et apprendre son histoire importent peu, car le monde est mondial. Ou que l’immigration réglera tous nos problèmes, enfin. D’autres diront que durant l’année 2006, nous avons eu plus d’enfants, même si le nombre n’assure pas encore l’autonomie démographique. Cela signifie qu’il y a de « bonnes nouvelles » et que le repliement identitaire, finalement, est un peu comme les changements climatiques : on ne le sent pas encore ! S’il fait très froid depuis novembre, raisonnent humoristiquement certains, le réchauffement n’aura peut-être pas lieu…
Or, nous ne sommes pas sûrs que la logique de l’oubli, qui mène à l’amnésie, peut conduire au meilleur. Pour notre part, nous pensons un peu comme Maurice Blanchot quand il écrit dans L’attente, l’oubli : « Chaque fois que tu oublies, c’est la mort que tu te rappelles en oubliant. » Les Québécois sont en train d’abolir leur propre histoire en la refusant et en la confiant aux autres. Ils oublient, c’est-à-dire qu’ils veulent peut-être mourir afin d’arrêter de souffrir leur différence, une différence lourde à assumer dans une monde qui se standardise (il ne semble pas y avoir de meilleur mot...) à tous les jours.
L’oubli de soi, en vérité, ce n’est pas le manque d’ouverture au monde ou le refus du changement. Non, l’oubli de soi, c’est bien plutôt le processus d’identification à l’autre, à celui que nous croyons dominant, et qui fait que nous nous désolidarisons les uns des autres. Cet oubli de soi se produit lorsque le repliement sur soi se dit ouvert au monde et, sous prétexte que la mondialisation est une chose inévitable, il refuse de voir la réalité en face : la réalité historique et culturelle rappelle que celui qui préfère l’autre à lui-même et qui cherche à s’oublier, à moins d’un changement majeur qu’on appellera ici le « sursaut », n’en a plus pour tellement longtemps. Or, nous serons gentils dans les prévisions, car c’est le temps de Noël : avec le sursaut attendu, nous lui donnerons encore deux générations avant sa disparition définitive dans les autres...
Dominic DESROCHES
Département de philosophie
Collège Ahuntsic
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
Quel portrait juste et dramatique de cette réalité que trop de nos compatriotes NE VEULENT PAS voir !
Un texte aussi percutant et plus profond que le fameux « Speak white » de Michèle Lalonde (1968).
Il devrait être distribué dans toutes les maisons du Québec sous forme d’encart dans les journaux ou dans les « publi-sacs » aux frais de Gesca...
Monsieur Desroches,
que ce texte tombe à point ! À tous les jours, je vois des Québécois qui ne se rappellent plus de leur passé. Ils vivent comme si les problèmes n’existaient pas. Ils ont renié leur Église, leur tradition, et se cherchent un temple. Ils s’indignent que des chapelles aient été construites à côté des hôpitaux et que certains édifices forment des croix. Ils ont oublié leurs parents et leurs grands-parents, ainsi que le travail de toutes les générations précédentes. Vous avez raison, c’est triste.
Je suis fier de lire vos analyses qui ne sont pas assez consultées sur Vigile. Vous savez trouvez les mots pour exprimer le Québec contemporain. On remarquera à votre décharge que les textes les plus lus ne sont pas des articles mais des écrits rapides, courts et émotifs. Sur Vigile, tout le monde s’indigne pour être lu ! Certains chroniqueurs, qui pensent réfléchir, font dans l’émotion, comme dans les journaux. Le Devoir, parmi les journaux, n’est pas meilleur que les autres. Vous êtes l’un des seuls penseurs à la hauteur de notre Québéc rêvé. Un dernier mot : CONTINUEZ à écrire vos textes, développez votre pensée, nous avons bien besoin de vos lumières aujourd’hui. Qu’entendez-vous par sursaut, à la fin de votre article ?
Courage, Monsieur le professeur, vous irez loin. Un vieil observateur à la mémoire longue
Je me permets une petite réflexion dans la foulée de cet article. Je remarque, dans mes voyages, des différences entre les peuples. Pour le dire simplement, les peuples les plus aliénés politiquement sont souvent les peuples où les gens tendent à se rabattre le plus sur la matérialité et la sensualité.
Je ne sais pas si les Québécois sont matérialistes, peut-être pas tellement, mais ils sont certainement sensualistes, c’est-à-dire que plusieurs se perdent dans l’oubli de l’alcool, la sexualité de consommation, etc. Ce qui est sûr, c’est qu’il s’agit d’un peuple, comme le soulignent les textes de M. Desroches, notre psychanaliste national, psychologiquement malade.
Je pose la question en termes un peu moins analytiques, me disant : Les Québécois sont des tapettes (diagnostic) et, donc : Comment faire du Québécois un homme ? L’acte indépendantiste, cela va de soi, est un acte viril. C’est un acte de lutte, de combat. Mais il faut bien voir, comme le souligne M. Desroches, avec le portrait qu’il peint du Québécois, qu’une partie importante de la question est psychologique.
Tout comme Camille Laurin misait sur une telle analyse pour proposer la loi 101, il faut faire une analyse similaire sur la question plus large de l’indépendance. Je pose la question, soulignant en terminant que ne répèterai pas les louanges du dernier commentateur, mais que les jeunes loups et les vieux éléphants, sur certaines choses, s’entendent.
Je vous conseillerais de faire un texte synthèse des éléments-clés de votre pensée sur la question psychologique québécoise pour tenter de le publier dans Le Monde Diplomatique. Votre style intellectuel collerait bien à ce genre de publication. Sinon, ou conjointement, l’Action nationale, aussi, pourrait certainement être intéressée à ce type de texte.
Je me permets également de vous dédier le poème de mon prochain texte.
Voici une réponse trop brève aux commentaires touchants et gentils, critiques même, qui figurent sous mon texte.
Je ne sais pas si mon court texte, Monsieur Dion, est aussi important que Speak white de Michèle Lalonde, mais je peux vous dire qu’il a été difficile à écrire. Il y avait tellement de choses à dire (avant que la mémoire ne flanche) que j’ai écrit ce texte en 15 minutes, au coin de la table, un peu désabusé la semaine dernière. Avoir été poète, mon produit aurait été meilleur.
Concernant les restaurants où l’on pratique ouvertement le Speak white, comment ne pas comprendre les propos de Monsieur Richard ? Un seul point : je suis un peu déçu, je sursaute, car j’apprends que la vague se rend désormais jusqu’à Repentigny, la nouvelle capitale lanaudoise de l’étalement urbain... montréalais.
À l’homme de la mémoire longue, Monsieur le vieil Éléphant, je ne sais que dire à la suite de votre mot d’encouragement. Vous avez été clair, vous qui connaissez bien le site Vigile (on le voit dans votre diagnostic), sans y être très actif. Je me limiterai à vous dire que le sursaut, c’est la moment où l’individu ou la société passe de l’aérien, du jeu, de l’oubli, à la dure réalité. Le sursaut, c’est le point de contact avec la réalité, le monde des causes à effets. C’est donc le dur réveil de celui qui ne veut pas voir...
Quant au commentaire de M. Litvak, qui connaît bien ma maladie, il est encore fort pertinent. On dirait que vous connaissez aussi l’homo quebecus, autant sinon plus que moi. Vous soulevez son manque de virilité, ce qui est indéniable. Or, puisque vous me faites des suggestions intéressantes, nous sommes des renard et des loups qui cherchons la responsabilité, je proposerai deux textes qui tentent de répondre en partie à vos interrogations : un sur la rhétorique et un autre sur la construction de la cage dans laquelle les Québécois semblent s’enfermer. Je ne suis vraiment pas assez important pour écrire dans l’Action antionale ou dans le monde diplomatique, je ne suis pas chroniqueur, je me limiterai donc à mes calepins et au site Vigile qui présente, je dois le redire, un travail extraodinaire. Quant à la proposition de poème, je n’en méritais pas tant. J’espère seulement être à la hauteur de vos vers...
Des nationalistes québécois qui passent leur temps à critiquer et à réduire le peuple québécois me semblent être en porte-à-faux avec leurs convictions.
Pourquoi est-ce qu’ils voulent libérer un peuple qu’ils déclarent mou, sensualiste, qui manque de virilité ?
Le peuple québécois est prudent, pratique et possède autant de qualités que tout autre peuple en plus de ne plus se faire conduire par la religion et ses dangereux travers incluant la description de l’enfer.
Faudrait simplement que nos dirigeants en politique et nos commentateurs acharnés et déçus tentent de comprendre ce que cherchent la grande majorité de Québécois et ce qu’ils seraient prêts à accepter en très grand nombre à la place de leur suggérer ce qu’ils devraient penser et comme dans les BOYS, ce que devrait être la "dureté de leur mental" en politique.
Cher Monsieur Bousquet,
Comment ne pas partager votre commentaire ? Il est en effet bien triste de voir des gens refuser la critique, y compris la critique constructive, sous prétexte que les temps sont difficiles. Il est également triste de lire des répliques qui ne reposent pas sur des arguments, mais sur le sentiment de la fatigue, sentiment qui prouve la vérité de la thèse à laquelle, justement, on tentait de s’opposer. On ne répond pas à une courte analyse, vous le savez bien, par des images de film et la justification de son propre comportement. En passant : qui a dit que le peuple québécois avait moins de qualités que les autres peuples ?
Cela dit, nous sommes certes d’accord sur un point : nous avons hâte de lire un texte argumentatif qui montre que les Québécois, loin d’être mous et repliés, sont rationnels, forts, confiants et pratiques. Nous avons enfin tous très hâte de savoir ce que cherchent les Québécois. Qui nous le dira ? Un petit défi pour vous, Monsieur Bousquet ?
Bonne continuation.
M. Dominic Desroches écrit : « nous avons hâte de lire un texte argumentatif qui montre que les Québécois, loin d’être mous et repliés, sont rationnels, forts, confiants et pratiques ».
Vous savez comme moi que nous avons des Québécois de durs à mous, repliés à très ouverts, de fédéralistes inconditionnels à séparatistes purs et durs, d’extrème gauche à extrème droite, des plus positifs à plus négatifs. On a des girouettes qui ne savent où aller et des têtus qui sont incapables de changer leur idée fixe etc...
Plus on se dirige vers le centre de tout ça, plus on trouve un grand nombre de Québécois pour voter OUI à une solution constitutionnelle de centre à la Yvon Deschamps qui n’avait pas tort avec son humour sur le souhait constitutionnel du Québécois : "Un Québec indépendant dans un Canada uni" ou, selon le Petit Larousse grand format : "Une confédération" avec la double citoyenneté québécoise/canadienne. "Le parti Québec-Solidaire devrait commencer à se questionner sur ce principe central avec son 3,5 % dans les sondages".
Les Québécois ne sont pas mous parce qu’ils n’ont pas voté à 85 % OUI aux référendums de 1980 et 1995. Ils n’ont pas voté OUI en assez grand nombre parce qu’ils pensaient qu’ils seraient mieux de ne pas cesser d’être canadiens, monétairement, économiquement et autrement...point.
Si un indépendantiste ne veut pas mourir découragé, il serait mieux de placer ses efforts sur une solution constitutionnelle acceptable à plus de 60 % de Québécois que de chercher une solution d’indépendance totale pour le Québec qui est, à mon point de vue, une chimère et un danger pour la partition du Québec si le OUI venait à gagner avec un 50,5 % "par la peau des dents" avec ce genre de question là qui ne pourra jamais avoir plus que ça à moins que le fédéral commence à martyriser les Québécois, entre-temps.
Faut faire confiance à l’esprit pratique collective des Québécois dont beaucoup s’identifient aussi comme Canadiens en plus. Ceux qui pensent qu’on souffre déjà le martyr ici et qu’on est écrasé, n’ont pas vécu en Palestine dans les 50 dernières années.
Si l’ADQ et le PQ décidaient de mettre de l’avant, une vraie CONFÉDÉRATION, ils devraient réussir. Avec la souveraineté gagnée par le nouvel État du Québec qui remplacerait la Province actuelle, le fait français serait beaucoup mieux protégé et ça éliminerait la grande majorité des difficultés constitutionnelles canadiennes actuelles.
Cher Monsieur Bousquet,
je réalise que ma réponse a produit des échos. Or puis-je me permettre, à titre de scribe sans envergure, un dernier commentaire ?
À lire vos propos, on constate que, contrairement à moi, vous êtes prêts pour la politique active. Si je ne suis pas en mesure de partager toutes vos idées, qui ne figurent toujours pas dans un texte de 2000 mots, en revanche vous semblez déterminé à les défendre, ce qui vous honore. Je ne suis pas sûr aujourd’hui que les Québécois - que nous estimons également -, au lendemain d’un référendum gagné avec une petite avance, seraient, devant les menaces fédérales, rationnels, forts, confiants et pratiques. Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas certaines qualités indéniables. Or notez que je n’écris pas ces mots parce que cela m’enchante, mais parce que le politique, on l’oublie souvent, s’opère à partir des rapports de force existant sur le terrain. Le défi des souverainistes, c’est d’unir et de convaincre tous les types de Québécois que vous avez nommés qu’un projet collectif est supérieur à la division actuelle, un même projet porteur qui, légitime, passerait le test des instabilités circonstancielles (en raison du changement de structure politique). Voilà précisément pourquoi une coalition ou une alliance nous semble hautement souhaitable. D’un naturel conciliant, je vous souhaite bonne chance et je serai là pour vous encourager. Merci beaucoup pour le dialogue.
Cher M. Bousquet,
Je crois que quelques clarifications s’imposent sur le point de vue ramassé de mon commentaire auquel vous avez réagi. Je crois, personnellement, que l’un des facteurs-clés explicatifs de la psyché québécoise est sa situation nationale. Autrement dit, et je reprends ici en long le titre d’un texte non-publié, je me pose la question : Les Québécois sont-ils des tapettes parce qu’ils sont soumis aux Anglais ? Ma réponse est affirmative. Remarquez que je suis volontairement provocateur. C’est dans ma nature, en effet, d’être polémique. Je me pose ensuite la question, dans la foulée de l’autre, aussi un autre titre de texte-brulôt non-publié : Comment faire du Québécois un homme ?
Là où je n’ai pas développé, dans mon commentaire, c’est sur la solution. La solution, ce n’est pas régler la question nationale, c’est le combat. Le combat national, donc, pour moi, a une valeur en soi, il a une valeur de purge caractérielle. Le combat forme le caractère. Bien sûr, il y a une manière de combattre, une éthique du combat, à la fois démocratique, mais réaliste, mais, mon point, c’est que le combat doit être mené, en soi, parce qu’il forme le caractère, cet élément qui manque au Québecois : l’honneur. L’honneur, pour faire écho au texte de M. Desroches, est une vertu de rappel et de consistance. L’honneur blessé cherche à laver son désohonneur, non pas à fuir, ni à oublier.
Ceci dit, la voie de la confédération, pour moi, n’est ni possible, ni honorable. Elle n’est pas possible, parce que le Canada, c’est un Chili démographique, une longue bande de terre peuplée, avec, il est vrai, une arrière-cour nordique, qui a plus de liens économiques et peut-être même culturels avec les États-Unis qu’avec les autres régions-provinces. Aussi, je ne crois pas que le Canada acceptera une telle proposition de la part du Québec, après tout, que serait confédéré ? Le Québec et le reste du Canada, ou le Québec et les autres provinces ? Les deux alternatives présentent des écueils.
Finalement, cette solution, en soi, présente un écueil important : Que faire de la minorité canadienne (anglophones) divisive de la nation québécoise (francophones) ? Les partenaires d’une confédération accepteront qu’ils soient francisés ? Sans cette francisation, la nation québécoise demeurera divisée sur son territoire. Enfin, stratégiquement, opposer une telle solution à un fédéralisme destructeur de la nation québécoise, c’est combattre l’épée avec un bâton. C’est aussi, re-finalement, un acte déshonorable, car cela ne reconnaît, ni n’affronte la nature assimilatrice et culturellement violente de la fédération canadienne.
Il y a aussi, selon moi, un autre moyen d’obtenir la majorité que vous souhaitez, étant un homme réaliste. Ce moyen, ce n’est pas le compromis, la position médiane, mais bien la polarisation, la “guerre”. En effet, au Québec, il y a deux groupes nationaux, les Canadiens (anglophones) et les Québécois (francophones). Les Canadiens sont minoritaires, mais forment un bloc, tandis que les Québécois sont majoritaires, mais divisés. La polarisation, donc, axée sur l’assimilation linguistique des anglophones, aurait pour effet, selon moi, de consolider la conscience nationale québécoise, et donc, de permettre d’aller chercher cette forte majorité espérée.
De plus, j’argumente qu’une telle guerre civile, dont l’étendard est la francisation, permettra d’aller là où doit aller le Québec : vers l’unité nationale fondée sur une langue et une culture commune, partagée. Mais, de plus, comprenez mon point, cela a une valeur caractérielle pour ce peuple qui manque de virilité. Il faut dire, quand même qu’on est tough en criss. Après tout, on a résisté, avec un peu de chance, il est vrai, à une conquête, des intentions d’assimilation, des vagues d’immigration assimilatrice, des coups bas politiques, etc. Mais le dernier jalon de cette résistance, sa culmination, son nouveau début, aussi, c’est l’indépendance.
Sur les vertus québécoises, je dirais que la plus grande vertu des Québécois, c’est l’amitié, et donc, je vous salue, bien cordialement, cher M. Bousquet.
M. Litvak, vous écrivez : « Après tout, on a résisté, avec un peu de chance, il est vrai, à une conquête, des intentions d’assimilation, des vagues d’immigration assimilatrice, des coups bas politiques, etc. »
On a résisté à tout ça à cause du fort taux de natalité de la Québécoise qui s’est fendue en 4 à la tâche, soutenu par notre clergé qui lui s’assurait le futur. C’est aussi à cause de notre vie rurale passée " L’anglicisation du Québécois était difficile quand il habitait dans le fond du 4 ième rang de St-Alphonse". La chance n’aurait pas été suffisante autrement.
Si je comprend bien votre plan de match, on commencerait par franciser les Anglophones du Québec qui deviendraient ainsi des Francophones. n’ayant plus ainsi d’Anglos au Québec, on pourrait mieux faire l’indépendance par la suite vu qu’ils ne pourraient plus se plaindre au ROC de ce changement constitutionnel qui les priveraient d’une langue qu’ils ne parleraient même plus. L’idée est très originale et un peu machiavélique mais, à mon avis, bien plus difficile à réaliser qu’une confédération canadienne. On ne peut pas franciser les Anglos pendant que le Québec est dans le Canada sans problèmes graves.
Vous soulignez qu’il faudrait décider si le Québec se "confédère" avec le ROC d’un bloc ou avec d’autres "provinces". Ce n’est pas à nous à décider ça, c’est à eux. Nous, on offrirait de négocier une entente confédérale avec le ROC, suite à un référendum gagné avec un haut pourcentage de OUI parce qu’on aurait suggéré de faire encore partie du Canada. Si ils veulent en profiter pour se "séparer" en unités à ce moment là, libre à eux, on s’ajusterait.
C’est certain que de déclarer virilement le guerre au ROC est plus excitant que de plier devant mais, je me demande bien si nous devons prendre les Palestiniens, plus que virils, comme modèles à suivre pour se mériter un pays. Je ne crois pas que la langue française serait mieux protégée dans une genre de conflit, presque éternel, qui se vit là.
Bonne année 2008 à tous ces porteurs d’idées nationalistes québécoises. Une meilleure idée que les autres va bien finir par émerger. Le chemin pour y arriver devrait être plus intéressant que le but recherché parce que, quand il est atteint, un autre apparaît plus loin et, il faut à nouveau...recommencer.
Bonjour M. Bousquet,
Précision : mon “plan de match”, ce n’est pas de franciser dans un premier temps, puis de faire l’indépendance dans un second temps, plutôt, c’est d’entamer la francisation, ce qui équivaut à mener une lutte, puis de compter sur l’effet consolidant de cette lutte sur la conscience nationale québécoise pour en faire un tremplin vers l’indépendance. Il faudra cependant continuer la francisation, la terminer, dans un Québec indépendant.
Aussi, je suis bien conscient qu’une telle politique ne peut être menée sans la non-reconnaissance de la constitution canadienne qui asseoit la légitimité juridique de la Charte canadienne et de la Cour suprême comme arbitre juridique. Il faut, donc, aussi, qu’un gouvernement indépendantiste refuse de reconnaître la constitution canadienne, sa légitimité, et qu’il affirme que la règle de droit québécoise prime sur la règle de droit canadienne lorsque l’Assemblée nationale du Québec en décide ainsi. Il s’agit bien sûr d’un plan de guerre.
Il faut aussi, en mon sens, refuser de reconnaître les privilèges accordés à la minorité anglophone du Québec, et donc, refuser de reconnaître, dans la loi, et les chartes, la dite communauté anglophone du Québec. Il faut donc passer de la reconnaissance de la communauté anglophone du Québec et de ses droits historiques vers la non-reconnaissance de la dite communauté et l’élimination des privilèges qui lui ont été attribué au Québec. Cela requiert une épuration des normes chartistes et légales du Québec.
Nous ne sommes pas les Palestiniens de l’Amérique du Nord, Monsieur, nous sommes les Israéliens. Les Anglais sont les Arabes. Comme l’Israël, donc, il faut répondre à la menace constante, qui est d’une autre nature, l’on s’entend, par une résilience fondée sur la force interne. Cela me semble être la seule solution viable pour garantir la pérennité du Québec franco-québécophone et contre-carrer la pression naturelle de l’anglais au Québec. La nation ne peut se développer si elle n’occupe son territoire.
Cela implique ce que j’appelle une discrimination positive nationale, reconnaître notre situation de minorité mi-contientale, nord-américaine, et la protéger par de vigoureuses mesures visant la francisation des écoles, d’abord, puis des autres sphères d’activité, ensuite. Il est vrai, cela implique une lutte. Tant que les Québécois ne seront pas prêts à la mener, ils resteront des êtres de l’oubli, des demi-portions sans envergure, des adolescents incapables d’atteindre à la maturité adulte. S’ils la mènent, cependant, ils sortiront de la mort les yeux ouverts et connaîtront la vie les yeux fermés.
Ils mourront sachant qu’ils ont vécu. Ils mourront sachant qu’ils ont été. Ils mourront sachant qu’ils ne seront oubliés. Et leurs yeux, eux, se fermeront, mais la graine de vie qu’ils auront semée, elle, croîtra, et ses fleurs de lys, enfin, écloront éternellement.
Bien cordialement, cher Monsieur,
David

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