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Une nation fatiguée de longs débats consent volontiers qu’on la dupe, pourvu qu’on la repose, et l’histoire nous apprend qu’il suffit alors pour la contenter de ramasser dans tout le pays un certain nombre d’hommes obscurs ou dépendants, et de leur faire jouer devant elle le rôle d’une assemblée politique, moyennant salaire. - Alexis Tocqueville
             
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Rwanda : la version de Dallaire contredite
René Marcel Sauvé
Tribune libre de Vigile
vendredi 12 octobre 2007      637 visites      3 messages


La version de Robin Philpot au sujet du Rwanda ne contredit pas celle de Dallaire. Elle contredit la version officielle du Canada et des États Unis et ce n’est pas la même chose. Ce qui est plus important : la version de Robin Philpot contredit celle de Gil Courtemanche.

Dallaire n’a pas menti. Il a raconté ce qu’il a vu et vécu, comme il l’a vu et vécu et rien d’autre. Ce que vous persistez à ignorer, c’est que le militaire, du général au simple soldat, n’est qu’un pion dans un système décidé par des oligarques et des politiciens. Le militaire dit ce qu’on lui dit de dire et fait ce qu’on lui dit de faire et rien d’autre. Aucun général ne peut se permettre de faire autrement. Un simple soldat non plus. Mais un capitaine peut le faire parce qu’il jouit d’une liberté de position que ne connaît ni le général ni le simple soldat. Le cadre moyen, par sa position, sait ce qui se passe au niveau politique qui est celui du général, et au niveau du soldat dont il est directement responsable. Ce sont les capitaines qui peuvent critiquer et écrire sur les guerres et les armées, puisqu’ils voient et vivent ce qui se passe de l’intérieur.

Les généraux qui ont écrit l’ont fait, soit pour se disculper d’une situation intenable, soit pour proposer des changements dans la politique, demeurent extrêmement rares, étant pour la majorité trop pusillanimes pour se mettre en colère contre les autorités qui les exploitent et réagir.

Cette pusillanimité, je l’ai vue jusque dans l’armée allemande, que j’ai connue et fréquentée dans les camps de Sennelager, Putlos, Borkenberge et Soltau pendant mes années de séjour en Westphalie avec le Troisième Bataillon du Royal 22e Régiment. Lorsqu’un groupe de généraux allemands ont finalement décidé de se soulever contre les Hitlériens, sous le commandement du comte Klaus von Stauffenberg, il était trop tard et ils firent trop peu. Les autres ne levèrent pas le petit doigt pour soulever la Wehrmacht contre les Nazis alors qu’il fallait le faire.

Parmi ceux qui ont levé la tête dans le passé, on compte Antoine Henri Jomini et Karl von Klauzewitz. Les écrivains critiques comprennent Sun Tsu et Machiavel. Les généraux savants, ils sont rares, comprennent le maréchal français Ferdinand Foch, le général De Gaulle, le maréchal Erwin Rommel, l’anglais JDR Fuller, le maréchal finlandais Karl Gustav Emil Mannerheim et le maréchal russe Michael Toukhatchevsky.

Roméo Ðallaire compte parmi les généraux sans défense qui ont été pris au piège qui leur ont été tendus. Sans défense parce qu’il est Québécois et comme tel, il est devenu général parce qu’il a été jugé politiquement inoffensif, comme l’ont été avant lui Jean Victor Allard, Jacques Dextraze, Joseph Paul Émile Bernatchez, Charles Belzile, Pol Bergevin et Maurice Baril. J’ai eu ce dernier comme lieutenant étudiant à l’École des Armes de Combat au camp Borden. Tous ces hommes étaient et demeurent complètement inoffensifs pour le pouvoir centralisateur, unitaire et arbitrare d’Ottawa.

À l’opposé, Dollard Ménard, qui avait fait le Collège militaire de Kingston et le Collège d’état major de Quetta pour se qualifier général conducteur d’une division en guerre, n’était pas inoffensif mais un peu trop articulé comme Québécois. C’est lui qui a comamdé les Fusilliers Mont Royal à Dieppe et n’a pu accomplir l’impossible comme le voulait Lord Louis Mountbatten, qui avait ordonné cette expédition de fou. Ménard est resté général de Brigade.

Roméo Dallaire a fait ce qu’il a pu dans une situation intenable et ne s’est pas révolté, non qu’il ne s’est pas rendu compte de ce qu’il lui arrivait mais parce qu’il s’est également rendu compte de son impuissance à réagir et agir. Au Québec, on croit encore qu’il suffit de dire qu’on fait ceci et celà et c’est fait accompli. C’est la mentalité de l’enfant tout puissant. L’adulte sait que ce n’est pas si simple, surtout sur un théâtre de guerre. Et s’il est un lieu pour apprendre à devenir adulte, c’est bien un théâtre de guerre, pas un théâtre de variété fréquenté par ceux et celles qui cherchent à se donner bonne conscience beau, bon pas cher.

Il est temps que les Québécois profitent de toutes ces circonstances pour s’instruire de la guerre, la paix et le statu quo. Nous en avons énormément besoin pour réaliser notre indépendance et faire reconnaître le Québec comme État Nation. La naiveté et l’ignorance occupent encore trop de place au Québec.

JRM Sauvé, capitaine, (retraité), géographe.

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Vos commentaires:
  • Rwanda : la version de Dallaire contredite
    13 octobre 2007, par ouhgo

    M. Sauvé,

    Témoin précieux, prenez la parole auprès des jeunes industriels insouciants de leur nation, de grâce ! Le visionnement du film "La main du diable" m’a suggéré que le Général Dallaire a été abandonné délibérément dans le but de l’éliminer (raisons internes que je ne peux toutes imaginer) un peu comme le Che Guevara a été largué par Castro et les Russes aux mains de l’armée bolivienne. Y a-t-il rapport ?


  • Rwanda : la version de Dallaire contredite
    13 octobre 2007

    Comme le Colonel Chabert, ce héros de Balzac, Dallaire devait n’être qu’un héros mort, rapatrié en grandes pompes et enterré avec tous les honneurs de guerre. Il a survécu et comme Chabert, il doit se refaire une identité, ce qui veut dire une crédibilité. Chabert a fini par tout perdre. Sera-t-il possible de récupérer Dallaire au point de l’armer pour défendre au moins la cause de la vérité ? Telle est la question. Sa nomination comme sénateur a pour objet de le rendre encore plus inoffensif, moins crédible que s’il était retourné à la maison et mis à la retraite sans autre forme de procès, avec tout le loisir d’écrire ses mémoires sans que personne ne l’influence.

    Toute cette histoire sent la Comédie humaine à plein nez. Mais qui se donne la peine d’étudier Balzac au Québec ? Il aide à comprende une foule de choses.

    René Marcel Sauvé, capitaine d’infanterie (r)


  • Rwanda : la version de Dallaire contredite
    13 octobre 2007, par Raymond Poulin

    Je vous trouve très charitable de parler de généraux québécois "inoffensifs". Au CMR St-Jean, où j’ai enseigné pendant ses quatre dernières années, j’ai connu deux des "inoffensifs" que vous nommez. Lorsqu’ils parlaient, j’avais plutôt l’impression d’entendre "his master’s voice", non seulement dans le contenu, ce qui est le plus grave, mais même dans la syntaxe : ils parlaient anglais en français... Votre remarque à propos des capitaines (et même des majors, selon mon expérience) me paraît très juste. C’est sans doute ce qui explique que la plupart des officiers d’un grade inférieur à celui de colonel étaient indépendantistes, comme leurs hommes.

    Raymond Poulin


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