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Rwanda : la vérité, la victime oubliée
Pierre-Claver Nkinamubanzi
Le Soleil
vendredi 9 mars 2007


Le Congrès Rwandais du Canada a lu avec intérêt le papier paru dans La Presse de Montréal sur le « négationnisme présumé de M. Robin Philpot » et trouve dommage que des manipulateurs qui veulent s’attribuer à eux seuls le titre de « victimes » du génocide rwandais continuent à en faire un fonds de commerce pour Dieu seul sait quelle raison et viennent perturber la campagne électorale du Québec !

Il est connu que dans toutes les tragédies humaines, la vérité est souvent la victime oubliée. Le génocide rwandais n’échappe pas à cette règle. Le livre de Robin Philpot, lequel n’a jamais nié le génocide rwandais, a le mérite de poser des questions qui dérangent l’ONU et certains pays occidentaux qui se sont impliqués au Rwanda au cours de cette période. Son livre plaide pour une compassion collective, pour qu’on reconnaisse que le génocide rwandais a fait des milliers de victimes non seulement du côté des Tutsis, mais aussi parmi les Hutus. Le livre de Joshua Ruzibiza , ancien collaborateur de Kagame, vient de conforter de façon éclatante les thèses de Robin Philpot.

En effet nombreux sont les Québécoises et les Québécois d’origine rwandaise qui ont échappé à la folie meurtrière du Front patriotique rwandais, aujourd’hui au pouvoir au Rwanda. Au nord-est notamment, ces hommes et femmes ont fui devant la machine à tuer du FPR depuis le 1er octobre 1990. Après avoir laissé sur le carreau plusieurs membres de leurs familles, ils étaient près d’un million à être entassés dans un camp de fortune aux portes de la ville de Kigali depuis mars 1993. Il y avait plus 100 décès par jour dans ce camp de fortune au début de l’année 1994. Est-ce que l’abbé Kabayiza pourrait reconnaître que ceux parmi ces malheureux qui ont réussi à s’en sortir en 1994 sont eux aussi des victimes du génocide rwandais ? Aujourd’hui, bon nombre de Rwandais s’accordent sur le fait qu’il faut tout faire pour éviter qu’un tel drame ne puisse se reproduire un jour.

Ceux qui se donnent la peine de vérifier les faits savent qu’après l’assassinat du président d’alors, le 6 avril 1994, l’ex-rebelle Paul Kagame a ordonné à ses hommes de rouvrir les hostilités sur tous les fronts pour prendre le pouvoir par les armes ; ceci était en effet l’unique objectif de son mouvement. Selon plusieurs témoins privilégiés membres de l’armée de Kagame, ce dernier aura accompli son forfait en sacrifiant ceux qui étaient perçus comme les complices des agresseurs, toutes ethnies confondues, et qui étaient pourchassés par les milices chauffées à blanc par la peur et la haine. Les mêmes témoins racontent comment, de leur côté, les rebelles du Front patriotique rwandais rivalisaient d’atrocités avec les miliciens dans toutes les zones conquises par la rébellion.

Quelques-uns de ces témoignages peuvent être retrouvés dans l’émission « Zone libre » de Radio-Canada du 19 avril 2006, à la suite d’une enquête menée pendant deux ans par le journaliste Raymond St-Pierre. Rappelons qu’à l’issue de la diffusion de cette enquête, les mêmes démagogues ont taxé le journalisme de faire la promotion du négationnisme du génocide rwandais. Il faut remarquer que, parmi tous ceux qui s’intéressent à la tragédie rwandaise, ceux qui ont dénoncé la part de responsabilité du FPR dans le génocide ont été affublés de qualificatifs négationnistes, révisionnistes, interahamwe, etc. Parmi ceux-ci, on peut citer le professeur belge Filip Reyntjens, le héros du film Hôtel Rwanda, M. Paul Rusesabagina, qui a sauvé plus de 1200 rescapés du génocide à l’Hôtel des Milles Collines, le journaliste d’investigation Pierre Péan, l’essayiste québécois Robin Philpot, l’historienne américaine Alison Desforges, le professeur Christian Davenport de l’Université du Maryland, et j’en passe. Cette semaine à Arusha, devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda, Mme Desforges a affirmé que l’attentat contre l’avion de l’ancien président du Rwanda faisait bel et bien partie du mandat de ce tribunal ; ce que Kigali et ses suppôts, dont les démagogues en question ici, réfutent énergiquement.

Depuis que l’enquête du juge anti-terroriste français Jean-Louis Bruguière a conclu en novembre 2006, après huit années d’investigations, que ce sont Kagame et ses proches qui ont organisé et exécuté cet attentat dans le but de provoquer le chaos et en profiter pour se saisir du pouvoir, les démagogues du FPR s’agitent car ils savent qu’ils ont acquis le pouvoir sur la base de la manipulation de l’opinion internationale, en tenant pour responsable de la tragédie rwandaise la communauté internationale, qui n’a pas voulu intervenir. Toute cette manipulation vise constamment à faire échec à toute tentative de vouloir en savoir plus sur la genèse du génocide rwandais. Pourtant le CRC croit que c’est un exercice nécessaire qui permettrait d’éviter que plus jamais un génocide ne puisse se reproduire dans ce petit pays africain et partout ailleurs dans le monde.

Il est affligeant de constater que le génocide rwandais est devenu un véritable fond de commerce et une arme imparable pour le pouvoir en place à Kigali. Tout opposant réel ou imaginaire est qualifié de génocidaire, de négationniste, de révisioniste et tous les « istes » de cet accabit. A la lumière de tous ces faits « nouveaux » pour certains, on est en droit de dire que définitivement « ça ne s’est pas passé comme ça à Kigali ! »

Pierre-Claver Nkinamubanzi

Président
Congrès Rwandais du Canada (CRC)

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