Radio-Canada :
Le 19 septembre 2007
Le ministre Bernier chahuté
Audio et Vidéo
Le nouveau ministre des Affaires étrangères du Canada, Maxime Bernier, a connu son baptême de feu, mercredi soir, à l’ouverture d’un colloque international sur la mission canadienne en Afghanistan.
Le ministre Bernier s’est fait chahuter par des opposants à la guerre alors qu’il prononçait un discours sur l’importance de maintenir la présence canadienne en Afghanistan, dans un grand hôtel de Montréal.
Une douzaine de protestataires, qui avaient payé leur place comme les autres convives, se sont tour à tour levé pour l’interrompre en criant des slogans hostiles à la guerre. Certains d’entre eux ont été rabroués par des participants du colloque qui voulaient entendre le discours du ministre. Les manifestants ont finalement été expulsés, un à un, par les forces de l’ordre.
La tension s’est alors transportée à l’extérieur de l’hôtel Omni, sur la rue Sherbrooke Ouest, où les policiers ont eu à affronter une vingtaine de manifestants. Les deux groupes se sont poussés, mais les forces de l’ordre n’ont pas fait usage de gaz lacrymogène. Quatre personnes ont été brièvement interpellées.
Plus tôt, une trentaine de manifestants s’étaient rassemblés dans le calme à l’entrée de l’hôtel. Le collectif Échec à la guerre proteste contre la tenue de ce colloque qui, de son point de vue, ne fait pas de place aux opinions diversifiées. Selon les militants, la rencontre rassemble une majorité de gens très clairement en faveur de la mission en Afghanistan.
Des manifestants ont perturbé le discours du ministre Maxime Bernier.
Parmi les participants, on retrouve des représentants de la Banque mondiale, des Forces canadiennes et du US War College. Un secrétaire général adjoint de l’OTAN est aussi du nombre.
Les protestataires veulent aussi profiter de l’occasion pour envoyer un message clair au gouvernement canadien. « Si on est contre la guerre, ce n’est pas parce qu’on ne comprend pas bien les enjeux. Le gouvernement doit être loyal envers sa propre population qui ne veut pas de cette guerre, plutôt qu’envers l’OTAN ou quelque général qui veut [la] continuer », dit Raymond Legault.
Pas de retrait immédiat
Dans son allocution, M. Bernier a défendu la mission des quelque 2500 militaires canadiens déployés dans le sud de l’Afghanistan. « À ceux qui réclament le retrait immédiat des troupes canadiennes en Afghanistan (...) je dis : le Canada ne peut pas, sans perdre toute crédibilité à l’échelle internationale, simplement renier sa parole et abandonner une mission aussi cruciale », a-t-il affirmé.
Répondant aux questions de la salle, le ministre Bernier a rappelé que la décision de poursuivre le volet militaire de la mission canadienne au-delà de février 2009 appartenait au Parlement. « Le premier ministre a bien été clair et a dit qu’on devait avoir un consensus, qu’on devait consulter le parlement. C’est ce qu’on va faire », a-t-il dit.
Le colloque sur la mission canadienne en Afghanistan est organisé par le Groupe d’étude et de recherche sur la sécurité internationale (GERSI) et le Centre d’études et de recherche internationale de l’Université de Montréal (CERIUM).
Mackay aux Pays-Bas
Peter MacKay
De son côté, le ministre canadien de la Défense, Peter MacKay, croit que l’OTAN doit s’efforcer de trouver d’autres pays qui contribueront à la mission en Afghanistan. Il a fait cette déclaration aux Pays-Bays au terme d’une rencontre avec son homologue néerlandais.
Le gouvernement de la Haye doit décider d’ici quelques mois s’il prolonge au-delà du mois d’août 2008 la mission des troupes néerlandaises dans le sud de l’Afghanistan. Le ministre MacKay a indiqué que le Canada pourrait être influencé par la décision des Pays-Bas.
Au même moment, le secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a affirmé qu’aucun pays actuellement engagé en Afghanistan ne peut et ne va retirer ses troupes du pays. Dans une interview accordée à un journal néerlandais, il a expliqué que les mandats des pays devaient être prolongés parce que la situation dans le sud de l’Afghanistan est beaucoup plus compliquée que ce que l’OTAN avait prévu au départ.
La Presse et Le Devoir :
Ont publié un article de la Presse Canadienne sur leur site internet
le 19 septembre 2007
Maxime Bernier chahuté par des manifestants
Lia Lévesque
L’allocution du ministre Maxime Bernier sur l’Afghanistan, mercredi soir à Montréal, a été perturbée par une dizaine d’interruptions de protestataires, qui ont dû être tour à tour expulsés de la salle.
De plus, une vingtaine d’entre eux ont eu un accrochage avec des policiers, à l’extérieur de l’hôtel où le ministre prenait la parole. Certains ont été poussés, menottés et mis à l’écart, mais il n’y a pas eu usage de gaz ni de matraques.
Le ministre des Affaires étrangères Maxime Bernier a pris la parole au colloque international sur la mission du Canada en Afghanistan, organisé par le CERIUM (Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal) et le Groupe d’étude et de recherche sur la sécurité internationale.
Les protestataires s’étaient glissés incognito parmi les autres convives et avaient payé leur place, soit 30 $ pour les étudiants et 50 $ pour les autres participants.
Le ministre Bernier venait à peine de commencer son discours lorsqu’il a été interrompu une première fois, puis une seconde, une troisième, par un
manifestant qui criait son message « contre le complexe militaro-industriel », par exemple, pendant que le ministre tentait tant bien que mal de continuer à se faire entendre des autres convives.
Des manifestants ont été expulsés par des policiers ou par le service de sécurité, d’autres se sont faits rabrouer par des participants au colloque qui voulaient entendre le ministre.
Quelques-uns des protestataires interrogés se sont identifiés au groupe « Bloquez l’empire », d’autres ont affirmé n’être que des étudiants isolés.
Dans son allocution, le ministre Bernier a vanté les mérites de la présence canadienne en Afghanistan pour la démocratie et la liberté.
En réponse aux questions de la salle sur la possibilité de la poursuite du volet militaire de la mission canadienne au-delà de février 2009, le ministre Bernier a rappelé qu’il appartiendrait au Parlement canadien de décider. « Le premier ministre a bien été clair et a dit qu’on devait avoir un consensus, qu’on devait consulter le parlement. C’est ce qu’on va faire. On va faire ça dans un avenir rapproché, en temps et lieu », a répondu le ministre Bernier.
« Pour ce qui est d’après 2009, il va falloir avertir nos alliés, il va falloir avertir l’OTAN de la position que le gouvernement adoptera pour l’après 2009 et ça, on va le faire en temps et lieu. Mais avant d’avertir l’OTAN, on veut un débat, un débat qui va avoir lieu au parlement », a-t-il ajouté.
Une heure avant le discours du ministre, une trentaine de personnes du Collectif Echec à la guerre avaient manifesté calmement, à l’extérieur de l’hôtel. Elles demandaient le retrait immédiat du Canada de l’Afghanistan.
La Presse :
Édition du 20 septembre 2007
Bernier chahuté
Alexandre Sirois
Venu à Montréal pour vendre la mission en Afghanistan aux Québécois, le nouveau ministre fédéral des Affaires étrangères, Maxime Bernier, a eu une bonne idée hier de l’ampleur de sa tâche.
Prononçant un discours dans le cadre d’un souper-causerie, il a été interrompu de façon spectaculaire à une douzaine de reprises par autant de manifestants qui s’étaient mêlés à la foule.
Un par un, à quelques minutes d’intervalle, ces opposants à la guerre se sont levés pour dénoncer la mission en Afghanistan à grands cris avant d’être évacués, parfois avec brutalité. Leur action concertée était d’une telle envergure que les policiers ont rapidement été appelés en renfort.
Ces manifestants, dont certains avaient revêtus leurs habits du dimanche pour mieux se fondre parmi les autres convives, avaient tout simplement acheté des billets pour ce souper.
L’événement donnait le coup d’envoi à un colloque sur l’Afghanistan organisé par le Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM), qui se poursuit aujourd’hui.
« Vous présentez l’armée comme un jeu vidéo, mais ce n’est pas le cas. Les soldats sont de pions », a crié une étudiante de l’Université de Montréal avant de se faire éjecter de la salle.
« Je trouve révoltant que le CERIUM s’associe à des campagnes de promotion de la guerre en Afghanistan », a-t-elle expliqué à La Presse à l’extérieur de la salle de l’hôtel Omni où se tenait l’événement. Elle a souhaité garder l’anonymat.
« Le but était de perturber le discours de Maxime Bernier », a admis un autre manifestant, Patrick Cadorette, lui aussi étudiant à l’Université de Montréal.
Les policiers ont parfois eu l’air pris au dépourvu. Un des derniers manifestants à se lever a même pu se rendre jusqu’à la table du ministre avant d’être rudement empoigné. Plus tard, à l’extérieur de l’hôtel, on a assisté à des bousculades entre forces de l’ordre et militants. Certains ont été menottés.
En revanche, le ministre Bernier n’a pas bronché. Nommé diplomate en chef du Canada à la mi-août, en remplacement de Peter MacKay, il a tenté de faire passer le message du gouvernement de Stephen Harper sur l’Afghanistan au Québec.
« Je sais que vous êtes des gens fiers et responsables, des gens de parole. Les Québécois finissent le travail qu’ils ont commencé », a lancé le Beauceron.
L’animateur de l’événement et directeur du CERIUM, Jean-François Lisée, n’a pas manqué de saluer le ministre vers la fin de cette soirée mouvementée. « C’est ce que j’appelle un baptême de feu, a-t-il dit. Je vous salue pour votre cran. »
Publié sur le site cyberpresse.ca le 20 septembre 2007 :
Bernier chahuté : deux personnes comparaîtront
Presse Canadienne
Deux personnes devront finalement faire face à la justice à la suite d’accrochages avec les policiers survenus mercredi soir à l’extérieur de l’hôtel où le ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier, prononçait un discours sur la mission canadienne en Afghanistan.
Deux hommes de 28 ans ont été arrêtés. Le premier a été libéré sous promesse de comparaitre devant la justice le 19 novembre prochain afin de répondre à des accusations de voies de fait et de menaces envers un agent de la paix.
Le second a reçu une citation à comparaitre pour entrave. Il a été libéré sans conditions.
Une femme de 22 ans a reçu un constat d’infraction pour avoir troublé la paix.
L’allocution du ministre avait été perturbée par une dizaine d’interruptions de protestataires, qui ont dû être tour à tour expulsés de la salle.
De plus, une vingtaine d’entre eux ont eu une altercation avec des policiers, à l’extérieur de l’hôtel où le ministre prenait la parole.
La Presse :
Édition du vendredi 21 septembre 2007
Les défis afghans
Maxime Bernier
L’auteur est ministre des Affaires étrangères du Canada.
On peut faire un débat légitime sur l’efficacité de la mission et sur les moyens de l’améliorer ou de la réorienter après 2009. Mais permettez-moi de répondre à certaines interrogations.
Pourquoi sommes-nous en Afghanistan ?
Notre mission a plusieurs objectifs. Tout d’abord, pour stabiliser l’État afghan, ravagé par des décennies de guerre et de tyrannie.
Nous travaillons à appuyer le gouvernement démocratiquement élu et à faire en sorte que ce pays ne retombe pas entre les mains des terroristes. Nous accomplissons cet objectif de diverses façons.
D’abord en participant à la formation de plus de 30 000 soldats de l’Armée nationale afghane. Plus d’une soixantaine de Canadiens forment également des policiers afghans. La sécurité ne sera vraiment consolidée à moyen terme dans ce pays que lorsque les Afghans eux-mêmes pourront l’assurer. Et c’est ce que nous les aidons à réaliser.
Le Canada a aussi contribué à former des dizaines de juges et d’avocats de façon à mettre en place un système judiciaire crédible et efficace. Sans un tel système, la justice et les droits humains fondamentaux resteront lettre morte en Afghanistan.
Le second grand objectif de la mission canadienne est de nature humanitaire. La liste de ce qui a été accompli grâce à l’aide canadienne est tellement longue qu’il est impossible d’en faire une énumération exhaustive. Les efforts du Canada en matière de développement à Kandahar change la donne dans des domaines d’une importance cruciale comme la santé, l’éducation et le développement communautaire. Ces dizaines de milliers de citoyens de cette province voient des améliorations tangibles à leur vie quotidienne.
Aujourd’hui, plus de 80% des citoyens afghans ont accès à des soins de santé, alors qu’ils n’étaient que 9% il y a cinq ans. Il s’agit d’un progrès incontestable.
Plus de 350 000 enfants ont été vaccinés contre la polio dans la province de Kandahar. Une unité d’obstétrique a été mise sur pied grâce à l’aide canadienne à l’hôpital de Kandahar.
Le Canada a contribué à mettre en place 4000 écoles et à former 9000 enseignants. Cela bénéficiera à 120 000 enfants, dont plus de 85% sont des filles. À Kandahar même, plusieurs milliers d’adultes ont appris à lire et à écrire grâce à l’aide canadienne.
Notre mission en Afghanistan a pour but d’aider les gens à rebâtir leurs vies après des années d’oppression. Elle a pour but de veiller à ce qu’ils aient les ressources nécessaires pour réaliser leurs aspirations. C’est une mission de stabilisation. Une mission de développement. C’est notre plus importante mission : une mission qui défend la liberté, la démocratie, les droits fondamentaux et le respect du droit.
Pour qu’elle puisse s’accomplir, il faut toutefois assurer la sécurité sur le territoire afghan. Une sécurité toujours menacée par les talibans, qui veulent ramener leur régime totalitaire. La démocratie et la stabilité politique ne peuvent exister dans un climat de terreur. On ne peut pas offrir des services de santé et d’éducation dans l’anarchie. On ne peut pas contribuer au développement économique dans le chaos. La sécurité est le pilier indispensable sur lequel s’appuie tout le reste.
C’est pourquoi nos soldats jouent un rôle indispensable. Leur mission est risquée, c’est vrai. Ils savent quels sont les risques, mais ils sont là. Les hommes et les femmes qui portent l’uniforme sont prêts à risquer leur vie afin de servir leur pays et aider les autres. Ils ont été formés précisément pour accomplir cette tâche. Et tous sont fiers de servir le Canada et d’aider les Afghans.
Notre premier ministre s’est exprimé clairement : toute prolongation de notre mission militaire au-delà de février 2009 devra être approuvée par le Parlement. À ceux qui réclament le retrait immédiat des troupes canadiennes en Afghanistan, et à ceux qui restent incertains quant aux progrès accomplis - à ceux-là je dis : le Canada ne peut pas, sans perdre toute crédibilité à l’échelle internationale, simplement renier sa parole et abandonner une mission aussi cruciale.
Nous ne pouvons pas tout simplement abandonner les Afghans à leur sort, car cela compromettrait tout le travail de développement et de renforcement de la sécurité accompli sur le terrain.
Je voudrais m’adresser directement aux Québécois qui souhaitent qu’on mette fin dès maintenant à cette mission. Je sais que vous êtes des gens fiers et responsables, des gens de parole. Les Québécois finissent le travail qu’ils ont commencé quand ils se sont engagés à le faire.
Mercredi, le président afghan, Hamid Karzai, s’est adressé aux Québécois. Il a dit : « Mon message pour le Québec est que les fils et les filles du Québec qui remplissent aujourd’hui leur mission en Afghanistan jouent un rôle extrêmement important. Non seulement pour l’Afghanistan, mais aussi pour le Canada et pour nous tous sur cette planète. »