Jean-Jacques peut dormir tranquille ; les prochaines lignes ne le concernent nullement. C’est plutôt de la circonscription affublée de son patronyme, dont il est question. Celle où se déroulera une élection partielle le 21 septembre prochain.
Et celle qui s’y promènera dans les prochains jours pour serrer des mains doit se sentir bien seule par les temps qui courent. La chef du Parti québécois vit en effet une période difficile, suite aux résultats des derniers coups de sonde qui lui offrent peu de lueur d’espoir dans un proche horizon.
Le départ de François Legault, la défaite dans la circonscription très francophone de Rivière-du-Loup et la récente augmentation de l’avance du Parti libéral dans les intentions de vote, sont des événements qui affaiblissent le leadership de Pauline Marois.
La chef du PQ a pourtant devant elle un gouvernement éclaboussé par nombre de scandales qui font flotter des relents de corruption à Québec. Le premier ministre agit avec désinvolture et banalise ces situations où il y a apparences de conflits d’intérêts. Pire, celui-ci songe à assouplir les mesures visant à les prévenir. Jean Charest s’est lavé les mains avec la même effronterie face aux mésaventures de la Caisse de dépôt, celles des FIER-régions et le naufrage de son dogme des PPP. On ne sait plus où en est rendu le projet de construction du CHUM ! Idem en ce qui a trait celui du remplacement de l’échangeur Turcot.
La population n’a surtout aucune idée de l’ampleur du déficit qui se prépare à Québec, ni de la manière dont l’administration Charest s’y prendra pour renouer avec l’équilibre budgétaire. D’autant plus qu’il est certain que le gouvernement fédéral va de nouveau étrangler financièrement les provinces afin de détourner les milliards qui lui permettront de renflouer ses coffres. Une bassesse unilatérale qui rappellera celle qu’il leur a imposée au milieu des années 1990.
Jean Charest affirme pour l’heure qu’il n’y aura pas de hausse d’impôt. C’est que le député de Sherbrooke n’en a pas besoin pour l’instant, puisqu’il puisera autrement dans la poche des contribuables, soit par l’entremise de sociétés d’État comme Hydro-Québec et la SAAQ. Les Québécois auront donc à assumer d’importantes hausses tarifaires qui feront disparaître les allègements fiscaux consentis au début des années 2000. De leur côté, les employés de l’État qui sont à négocier de nouveaux contrats de travail doivent s’attendre à un autre bâillon ou à des miettes.
Cette gestion à la petite semaine, sans projet novateur et rassembleur qui relancerait économiquement le Québec, n’émeut pas les Québécois. Pas pour l’instant du moins. Ils ne semblent pas réaliser à quel point le Québec s’enfonce. Pauline Marois tente de les alerter de l’urgence de la situation. Cependant, le remède qu’elle propose n’enthousiasme pas. Son antidote est-il alors le bon ?
Il faut se poser la question puisque les Québécois veulent réélire un gouvernement minoritaire à Ottawa. La présence du Bloc y est commode à leurs yeux pour tenir en respect l’État canadian. La formation souverainiste de Gilles Duceppe se comporte de façon exemplaire dans tous les dossiers qui intéressent le Québec. Même brio en ce qui a trait des questions internationales où les prises de position concordent avec les valeurs de son électorat.
Comment alors expliquer que ces mêmes Québécois aient renoncé à reconduire ce type de répartition des sièges à Québec, à l’automne dernier ? Quelles réponses formuler pour légitimer ce choix absurde, alors que l’administration Charest fut si longtemps suspecte à leurs yeux, elle qui se traine maintenant les pieds et sombre dans l’indécision face à moult enjeux importants ?
Il est certain que les regards des souverainistes commencent à se tourner vers la chef du Parti québécois. Avec les tuiles qui s’accumulent sur la formation qu’elle dirige, la nature du discours qu’elle diffuse est minutieusement analysée. Son projet de gouvernance souverainiste, dans un cadre constitutionnel canadian, ne séduit pas dans la population. Trop compliqué ? Trop susceptible d’attiser la confrontation avec Ottawa, endroit qui fixera encore les règles du jeu, tant que le système fédéral n’aura pas été invalidé ?
Serait-ce la leader souverainiste qui empêche le Parti québécois de rattraper son adversaire libéral ? Il est indéniable que la question va fortement circuler dans les milieux indépendantistes, si Pauline Marois ne parvient pas à faire élire son candidat dans la circonscription de Rousseau. Une pâle victoire aussi va lui causer des ennuis. C’est à se demander si elle n’est pas condamnée d’avance, tellement le résultat du scrutin partiel à venir sera probablement moins bon que « l’ère Legault. » Le « glorieux retour » qu’elle a dirigé vers les banquettes de l’Opposition officielle à la dernière élection générale, paraîtra alors assez lointain. Pire, on attribuera « cet exploit » à la faiblesse de l’Action démocratique, elle qui se cherche désespérément, au travers de son congrès à la direction.
La chef du PQ mérite assurément un meilleur sort. Elle travaille honnêtement à rendre le Québec plus fort. La pauvre est probablement victime du traitement injuste que réservent les Québécois à leurs compatriotes fortunés ou encore cultivés. Jacques Parizeau aussi fut victime de ce châtiment immérité. Sa victoire électorale de 1994 fut très courte, alors qu’il avait pourtant devant lui une équipe libérale également usée. Sa promesse référendaire en a rebuté plusieurs mais fondamentalement, c’est sa personne qui dérangeait. L’aide d’un Lucien Bouchard populiste l’aura rendu « plus agréable », durant la campagne référendaire.
Jean Charest l’est finalement devenu après s’être attiré une molle sympathie, suite aux terribles humiliations dont il a été l’objet. Ajoutons néanmoins que l’ultra fédéraliste s’est aussi prodigieusement entêté à demeurer en poste, jusqu’à ce qu’il y ait une forme d’épuisement des innombrables railleries qui l’inondaient…
Pauline Marois peut-elle réussir également à endurer le chemin de croix que les Québécois lui imposent ? Parviendra-t-elle à souffrir toutes les mesquineries qui lui sont adressées, comme son adversaire libéral y est arrivé ? Affichera-t-elle au contraire l’honneur que n’a pas Jean Charest, en tirant sa révérence devant autant de quolibets ? Ceux qu’on lui promet, advenant une défaite à l’élection partielle dans la circonscription des Laurentides, au nord de Montréal, pourraient l’en convaincre. Ce sont alors les Québécois qui, par la petitesse de leurs agissements, se seront privés des services d’une personne hautement qualifiée, malgré des imperfections, pour faire progresser le Québec.
Patrice Boileau

