Revoilà ce moment de l’année où le rythme effréné auxquelles défilent les choses de la vie, décide d’emprunter la voie de desserte. À cadence réduite, il est alors possible de mieux réfléchir, bercé par les charmes paisibles de la belle saison.
Méditer donc sur la course politique que le Québec a suivie ces derniers mois. Cogiter sur la place qu’y a occupée le projet souverainiste. Spéculer, simultanément, sur des sujets qui touchent de plus près comme l’avenir de Vigile qui souffre de sous-financement présentement et de l’état de santé de son fondateur : monsieur Bernard Frappier. Puisse-t-il guérir définitivement, grâce à la dernière chirurgie qu’il a subie.
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Difficile de rester de marbre face aux résultats du dernier coup de sonde de la maison CROP. Certes, « Un sondage ne fait pas le printemps. » Il n’y a rien d’immuable dans la vie politique d’un peuple. L’avènement d’une crise, comme l’a justement affirmé Jacques Parizeau, peut bouleverser le cours des choses. Rien n’est donc joué pour le camp souverainiste. Néanmoins, pour l’heure, l’apathie dans laquelle nous endorment les gouvernements fédéralistes et leurs puissants moyens médiatiques, plonge les gens dans un profond coma plus qu’inquiétant. Alors que la corruption ronge les murs de l’Assemblée nationale et que l’errance politique dirige l’État fédéral vers le naufrage économique et environnemental, les Québécois en redemandent ! Jean Charest est à leurs yeux l’homme le plus compétent pour occuper le fauteuil de premier ministre. Le taux d’insatisfaction à l’égard de son gouvernement, malgré les nombreuses crises et fiascos qui l’ont secoué, a diminué légèrement. Voilà qui est navrant, alors que l’administration libérale ne propose aucune solution pour remédier aux scandales, au contraire du parti qui forme l’Opposition officielle.
Cette inertie collective neutralise le désir de relever les défis. Tout devient alors une montagne dès que l’effort est sollicité. Ainsi, La modeste perspective de quitter l’immobilisme, d’opter pour le mouvement en direction d’Ottawa pour aller y chercher ce qu’il faut pour rendre le Québec meilleur, répugne ! Pas étonnant que l’invitation au dépassement national qui est au cœur du projet indépendantiste, apparaît comme une corvée titanesque alors qu’il s’agit pourtant d’un objectif enlevant où tout est à construire ! Bref, dopée par un discours de résignation et de soumission, la population préfère l’humiliation, plutôt que l’innovation.
Il faut néanmoins demeurer positif et croire que ce vilain virus peut être vaincu.
Plusieurs diront que l’actuelle cheffe du Parti québécois, Pauline Marois, n’est pas celle qui peut secouer les Québécois. On lui reprochera d’avoir été incapable de capitaliser sur l’usure du gouvernement libéral lors de la dernière élection de décembre dernier, et de n’avoir pu le faire depuis, alors que le toit s’effondre littéralement sur l’administration Charest. Injuste est le monde politique au Québec. Dès qu’une étiquette d’intellectuel ou de bourgeois est accolée, celui ou celle qui en est affublé devient alors un paria de la société. Notre passé de colonisé, sans doute, celui qui a forgé ce réflexe collectif d’envier ceux qui sont parvenus à s’extirper de la misère dans laquelle pataugent les autres ! La députée de Charlevoix est donc coupable de partager sa vie avec quelqu’un qui a des sous. L’est-elle aussi parce qu’elle s’exprime, comme d’autres, dans un français digne de ce nom ? Il est difficile parfois de comprendre ce qui circule dans l’esprit des Québécois. Ardu parce que, faut-il le répéter, leur logique est putréfiée par un discours médiatique corrompu. La leader souverainiste a environ trois ans pour solutionner cette énigme. Une période qui pourrait prendre des allures de chemin de croix. Ce que personne ne souhaite à cette femme qui aime pourtant profondément le Québec.
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Le résultat de l’élection partielle de lundi, dans Rivière-du-Loup, ne l’aidera pas dans sa pénible quête. Cette circonscription toute francophone a exprimé, au travers du vote, l’incongruité qui caractérise l’état d’esprit dans lequel les Québécois sont ankylosés. Certains rétorqueront que la division des suffrages, entre l’Action démocratique et le Parti québécois, aura permis au candidat libéral de se faufiler vers la victoire. Peut-être. Reste que, fondamentalement, la défaite du PQ solidifie la perception générale du message qu’a diffusé le résultat du sondage de CROP.
Ironiquement, c’est une crise —ce que décriait tant Jean Charest— qui pourrait aider la cause de la formation souverainiste. Un affrontement qu’aura créé de toutes pièces le gouvernement fédéral, comme l’avait prédit Pauline Marois, lorsqu’elle répliquait au chef du PLQ qui l’accusait de vouloir en provoquer un avec son plan pour la souveraineté. En voulant former une agence pancanadienne de réglementation des valeurs mobilières, le premier ministre du Canada fait fi effectivement des motions unanimes adoptées par les députés de l’Assemblée nationale, motions qui rejettent le projet conservateur. Il sera intéressant de voir évoluer Clément Gignac dans ce dossier. Le nouvel élu libéral collaborait encore récemment avec le gouvernement canadian de Stephen Harper à ce sujet ! Parions que c’est pour cette raison qu’il a été récompensé hier à Québec, en entrant illico au cabinet des ministres…
Il faudra néanmoins un événement plus important pour ranimer les Québécois. Même une soudaine volte-face de Jean Charest qui déciderait finalement de collaborer avec Ottawa, ne susciterait pas d’indignation dans la population. Ne vient-il pas de faire un virage semblable face à son dogme des PPP ? N’est-ce pas le dernier pan de sa réingénierie qui vient de s’effondrer ? N’est-ce pas ainsi la confirmation que son gouvernement abandonne tous les efforts pour trouver une façon de cesser de s’enfoncer sans cesse dans des déficits budgétaires, lui qui a pourtant fait de l’économie sa priorité absolue ! Assurément, des centaines de millions ont été gaspillés dans cette aventure.
Ces événements survenus le jour même des élections partielles n’ont pas eu le temps d’influencer l’humeur de l’électorat. Surtout celui de Rivière-du-Loup qui s’intéresse davantage aux intérêts du Québec. Il est à espérer que les Québécois découvrent rapidement combien ceux qui les dirigent les convient à un avenir misérable. Souhaitons que les principaux porte-paroles du mouvement indépendantiste trouvent prochainement une façon de les prévenir.
Puisse Pauline Marois s’entourer rapidement de sang neuf : elle en a prestement besoin. Il lui faut faire de la place à d’autres voix afin de produire une véritable chorale souverainiste. Permettre à de nouveaux visages une grande visibilité afin de diversifier les sources d’information. Pluriel est le mouvement indépendantiste avec ses différents acteurs. À la cheffe du PQ de leur donner la parole, quitte à en subir l’ombre momentanément. Pas de doute qu’elle en rejaillira d’ici le prochain appel aux urnes. De toute manière ; elle n’a pas le choix.
Bon été, bonne Fête nationale.
Patrice Boileau

