J’ai toujours aimé les plages étatsuniennes. Leur sable blanc et fin, la présence de végétations tropicales, les pélicans, la mélodie des vagues qui se brisent sur la grève et l’horizon infini droit devant ! Voilà un sentiment d’éternité qui est toujours parvenu à recharger mes batteries.
L’île que j’ai visitée détonne des stéréotypes qui caractérisent plusieurs villes de nos voisins du sud. Probablement son échelle humaine qui explique cela. Il est en effet possible de la parcourir à pied. On y loue des vélos à 6$ par jour si on préfère la pédaler. Des petits véhicules électriques sans portes ni pare-brise sont aussi à la disposition des visiteurs. On est donc loin des 4X4 obèses qui pullulent et polluent ailleurs comme à Miami, cité où j’ai également séjourné.
La population insulaire m’a également semblé plus saine. J’y ai vu moins de cas d’embonpoint et de corpulence. Les gens sont gentils et discrets, tout comme les habitations qui sont pour la plupart dissimulées dans une luxuriante verdure tropicale. L’architecture typique de l’endroit évoque l’époque coloniale ainsi que la culture caraïbéenne. Les maisons de bois de deux étages serties d’un long balcon en devanture, sont coiffées d’une toiture en pente. Elles sont entretenues avec soin. Les larges volets de bois, partiellement soulevés au-dessus des fenêtres, sont soutenus par un simple bâton. Charmant.
Dans la discrète piscine du El Patio, petit hôtel de deux étages des années 1940, magnifiquement agrémenté par cette cour intérieure où triomphent un jardin tropical et une fontaine, j’ai discuté avec cet Américain également en vacances. L’homme devait avoir la jeune soixantaine. Nous avons parlé de Barack Obama. Manifestement, mon interlocuteur est tiraillé dans sa tête. Il désapprouve fortement le projet de réforme du système de santé que caresse le Président démocrate. L’État intervient déjà beaucoup trop dans la vie des gens, à ses yeux. À ce compte, rajoute-t-il, celui qui tient les rennes à Washington devrait d’abord assainir le service postal. Cette entreprise publique coûte trop cher aux contribuables pour le rendement qu’elle offre. C’est un chantier de trop qu’entame Obama : il s’y cassera les dents, assure le sexagénaire.
L’homme connaît le Québec. Il l’a reconnu dès que je l’ai nommé. J’aime d’ailleurs dire que je viens du Quebec state, lorsqu’on me demande ma nationalité. Il était curieux de savoir si la récession y sévit aussi gravement que dans son pays. N’ayant pas d’industries automobiles, je lui ai répondu que la tempête frappait avec modération. J’ai ajouté que l’absence de « subprimes » dans notre système bancaire n’avait pas exacerbé le taux d’endettement des ménages, comme aux États-Unis. Les hypothèques sont d’ailleurs consenties moins facilement qu’au pays de l’Oncle Sam. L’homme a alors pesté contre la cupidité des banques étatsuniennes qui en a fait mourir plus d’une.
Seule l’intervention de l’État peut enrayer ce libéralisme économique abusif qui a engendré la récession. Idem pour ce qui est des grosses entreprises comme General Motors et Chrysler. Ces motoristes ont sottement ignoré le dernier choc pétrolier en construisant des camions toujours plus gros. Les voilà maintenant maintenus en vie artificiellement, grâce aux mamelles de Washington. Ce sont vos taxes et impôts qui payent les salaires de ceux qui ont adopté ces mauvaises décisions, que je lui ai dit. On ne peut plus laisser sans surveillance des entreprises susceptibles d’ébranler dramatiquement toute l’économie d’un pays, si elles font faillite. Voilà la leçon qu’il faut retenir du marasme que nous endurons présentement. Mon propos a presque provoqué la noyade du baigneur, lui qui estime déjà couler sous le poids de son fardeau fiscal !
Nous avons poursuivi sur ce sujet. J’ai avoué que les Québécois sont sollicités puissamment en matière de taxes et d’impôt. Le système n’est certes pas parfait, mais il offre tout de même des services appréciés comme l’accès universel aux soins de santé, un système d’éducation abordable jusqu’à l’université et un service de garderie à prix modique. Une société guidée par des valeurs trop individualistes n’est pas souhaitable. Je lui ai parlé de la Californie, actuellement menacée de faillite. Des gens de l’endroit, sans enfants, sont parvenus voilà quelques années à éliminer la taxe scolaire qu’ils trouvaient injuste. C’est l’État qui assume dorénavant le financement du domaine de l’éducation. Sa piètre situation financière l’a forcé néanmoins à licencier un grand nombre d’enseignants, amenant l’apparition de classes parfois composées de soixante élèves ! C’est pourtant une population instruite qui génère la richesse d’une nation. Où va la Californie, ais-je demandée respectueusement à mon interlocuteur ?
Je n’ai pu m’empêcher d’ajouter que le Québec ne se porte pas bien mieux. Sa dette est inquiétante puisqu’elle continue de croître. De plus, sa population active peine à se renouveler de manière à préserver la pérennité de la gratuité des services publiques. Des choix collectifs douloureux seront à faire bientôt. L’ennui, c’est que ceux qui gouvernent présentement sont en début de mandat. Un mandat de trop qui se déroule ouvertement sous le signe de la corruption et de la dilapidation des fonds publics. J’ai soigneusement évité de lui révéler cette dernière information. Il y a des choses gênantes que la décence élémentaire commande de ne pas dévoiler…
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Idem pour l’apathie des Québécois. Je ne pouvais avouer que la présente administration libérale a été fraîchement réélue, alors qu’elle est éclaboussée par plusieurs scandales et que le navire prend l’eau de toutes parts ! Votre humble serviteur en a lui-même été tellement ébranlé qu’il lui fut difficile de rédiger ses dernières chroniques. Au point de remettre en question sa contribution hebdomadaire sur Vigile durant la période estivale. Commenter le désert politique et idéologique s’avère une tâche ardue à relever. Pourquoi encourager encore la résistance, alors que mes compatriotes sont de moins en moins distincts de l’Amérique anglo-saxonne ?
Voilà des états d’âme qui ennuient le lecteur ! Qui n’a pas ses moments de morosité ? On a bien assez des nôtres sans devoir hériter de ceux des autres ! Reste qu’entreprendre un autre mandat qui pourrait ne pas se terminer n’est pas ma marque de commerce. Et rendre mon tablier cavalièrement, sans poser de geste protocolaire, non plus ! Mine de rien, subrepticement, voilà le premier billet de la nouvelle saison qui prend forme ! D’autres suivront. Probable que leur fréquence déterminera la suite des choses.
Patrice Boileau

