Drôle de semaine. Je suis allé passer quelques jours à Rouyn-Noranda, là où mon père est né, là où il a été candidat du Parti Québécois en 1970. Je suis allé assister aux funérailles de mon beau-frère, mort d’un cancer à l’âge de 56 ans. Méchant choc !
Et puis je suis allé au salon funéraire où j’ai rencontré la famille, des connaissances et de vieux amis. J’y ai passé deux jours. Le genre d’endroit où on se conte de vieilles histoires, où on se donne des nouvelles, où on parle de tout, même de politique. Ceux qui avaient lu « Dehors les aristocrates, debout patriotes ! » m’ont dit que cette chronique traduisait bien un sentiment partagé par plusieurs membres et sympathisants du PQ à Rouyn-Noranda. Ceux avec qui j’ai milité dans les années 70 et 80 étaient rendus au même endroit que moi.
Mais il y a plus, un ancien président du PQ m’a dit qu’il ne contribuerait ni à la campagne de financement du PQ, ni à celle du Bloc Québécois cette année à cause de leur tiédeur à défendre la cause indépendantiste, à cause du traitement qu’ils ont réservé à Patrick Bourgeois et au Journal le Québécois en février dernier à l’occasion de la deuxième Bataille des Plaines d’Abraham.
Pour avoir déjà vu passer les chèques de ce militant de la première heure qui n’est ni un homme d‘affaires, ni quelqu’un qui cherche les faveurs, un militant indépendantiste qui donnait déjà au début des années 70 les petits 5 $ que René Lévesque souhaitait obtenir du plus grand nombre de Québécois possible, je sais qu’il s’agit de gros montants.
Et bien cette année, ses contributions il va les donner au Journal Le Québécois de Patrick Bourgeois .
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Post-Scriptum. En guise de réponse à Mme Hébert, en reprise, mon billet du 18 mai 2008, écrit il y a un an à l’occasion de la Fête des Patriotes.
Aux urnes Patriotes !
Une majorité absolue pour fonder le pays
Récemment, des amis indépendantistes m’ont demandé pourquoi je tenais tant au principe de l’obligation d’obtenir une majorité absolue des voix (50%+1) lors la tenue d’une élection référendaire pour enclencher le processus d’accès à l’indépendance. La réponse est simple, l’obligation d’atteindre la majorité absolue crée un sentiment d’urgence auprès de la population et oblige à la mobilisation, chaque élection devenant l’occasion de polariser le débat sur l’option indépendantiste et non sur l’élection d’un gouvernement. Ainsi, si chaque élection générale prend la forme d’une vraie consultation populaire sur le statut politique du Québec, pas seulement un simulacre de démocratie qui ne changera rien à l’ordre établi en vertu de la constitution canadienne, chacune de ces élections deviendra une véritable occasion de nous prononcer sur notre avenir, tout en donnant de bonnes frousses au Canada tous les quatre ans.
Comme nous le savons tous, lors de la tenue d’un référendum, chaque vote compte pour la souveraineté, alors que dans une élection générale tous les votes indépendantistes exprimés dans des comtés déjà acquis aux fédéralistes sont sans conséquence sur l’allégeance du gouvernement qui sera formé. Combien de votes indépendantistes sont ainsi perdus à chaque élection générale, plusieurs citoyens n’allant tout simplement plus voter parce qu’ils sont convaincus que leur vote ne fera pas la différence au bout du compte ? Combien de bénévoles ne mettent plus l’épaule à la roue parce qu’ils n’ont aucun espoir de faire élire un député indépendantiste ? Moi-même qui habite le comté de Lapinière, un comté acquis aux Libéraux depuis des années, je suis allé travailler dans le comté de Rouyn-Noranda aux dernières élections provinciales (2007) pour que mon travail bénévole puisse faire la différence, pour qu’il contribue à faire élire un candidat du Parti Québécois et à battre un député libéral.
Dans le contexte d’une élection référendaire, je n’aurais pas eu ce dilemme d’aller travailler dans un autre comté, chaque vote comptant alors pour l’indépendance, le mien comme ceux de mes voisins, chaque nouveau vote pour un parti souverainiste devenant par le fait même un vote de plus pour l’indépendance. Sans aucun doute, dans un contexte d’élection référendaire, il serait certainement plus facile de recruter des bénévoles, d’obtenir du financement et de faire « sortir » le vote le jour du scrutin, puisque nous profiterions de l’effet de polarisation. Dans cette perspective, la quête du pays ne serait plus exclusivement l’affaire des parlementaires, elle deviendrait aussi la responsabilité collective des citoyens : pas de votes, pas de pays, une véritable source de mobilisation tous les quatre ans.
Lors de chaque élection générale, l’expression démocratique de notre volonté d’accéder à l’indépendance deviendrait la manifestation collective de notre rapport de force avec le reste du Canada, exactement ce qu’il faut pour ébranler l’imperturbable statu quo canadien. Aucun love-in ne pourrait plus freiner cette inéluctable marche vers l’indépendance qui progresserait inexorablement d’élection en élection, chacun de ces rendez-vous devenant l’occasion de nous rapprocher un peu plus de l’objectif. Ce ne serait plus alors qu’une question de temps, puisque nous y mettrions tous les efforts, sachant qu’à chaque élection, chaque vote comptera pour le pays.
Exactement le contraire de ce que proposent les leaders du Parti Indépendantiste, lorsqu’ils essaient de nous convaincre qu’on peut faire l’indépendance avec une majorité de députés représentant à peine 40 % du suffrage exprimé lors d’une élection où seulement 65% des citoyens en âge de voter y sont allés. Comme si on pouvait faire l’indépendance en restant assis dans son salon en attendant que Bernard Derome annonce le nom du vainqueur à la télévision.
La position du Parti Québécois est encore plus ambiguë lorsque Madame Marois nous dit qu’elle refuse le principe de l’élection référendaire, souhaitant d’abord que le PQ soit élu à titre de gouvernement d’une province canadienne, ce qui lui permettra alors de poser des gestes de souveraineté permis par la constitution canadienne, des gestes sans aucune conséquence parce qu’ils ne sont pas en rupture avec l’ordre établi. Comment, dans une telle perspective de gouvernement provincial, peut-on penser faire la souveraineté par d’insignifiants gestes légaux sans établir au préalable de véritables rapports de force ?
En permettant au peuple de s’exprimer sur la question de l’indépendance lors de chaque scrutin général, on donne un sens à l’élection, on donne l’occasion au peuple d’apporter sa voix pour faire progresser l’option. D’observateur passif qu’il était, il devient un acteur qui contribue au rapport de force. Étant appelé aux urnes tous les quatre ans, il peut à tout moment voter majoritairement en faveur de l’indépendance sans être appelé spécifiquement sur cette question, c’est ça la souveraineté.
Les premiers gestes de souveraineté ne sont donc plus ceux d’un gouvernement à l’intérieur d’un cadre légal où nous sommes toujours perdants, ce sont ceux du peuple. Ils commencent dans la rue, sur les places publiques, sur les perrons et dans les cuisines de nos maisons et se poursuivent dans l’urne. Nous devons reprendre la rue si nous voulons retrouver le chemin de l’indépendance. Il ne faut plus se limiter à pointer les électeurs par téléphone pour connaître leurs intentions de vote. Il faut renouer avec le porte-à-porte pour les convaincre d’aller voter pour l’indépendance lors de chaque rendez-vous électoral. Ainsi, à chaque élection, chaque vote comptera pour l’indépendance parce que nous l’aurons voulu ainsi. Voilà pourquoi nous devons faire de chaque élection générale un scrutin référendaire, parce qu’il faut redonner au peuple la ferveur que procure l’urgence de se donner un pays en y mettant plus que les efforts nécessaires pour faire élire un simple gouvernement provincial. C’est un pays que nous voulons, pas un gouvernement, et ce n’est certainement pas en restant isolé dans nos chaumières que nous le bâtirons ce pays.
Sortons de nos maisons et commençons à construire ce pays sans attendre. La prochaine élection sera référendaire parce que nous l’aurons décidé ainsi, sans la permission ni la bénédiction de qui que ce soit. Aucun programme de parti, aucune loi, aucune constitution, personne ne peut nous empêcher de nous donner légitimement ce qui nous revient de droit, le pays que nous habitons depuis 400 ans. Seule la force de notre conviction auprès de nos compatriotes peut nous donner ce que nous voulons et changer l’ordre établi. Si nous faisons preuve de conviction, nous aurons la force du nombre pour construire ce pays, il n’en tient qu’à nous !
Lundi 18 mai 2008, jour de la Fête des Patriotes.

