A l’occasion de sa causerie devant les Intellectuels pour la souveraineté (IPSO) samedi dernier, accessible sur Vigile.net, Jacques Parizeau a dit qu’il y avait trois façons de faire la souveraineté : ou par la violence ; ou par une élection ; ou par un référendum. Il a rejeté la violence.
A propos de l’élection, il a dit qu’il est toujours d’accord avec cette possibilité comme il l’a soutenu dans une série d’articles publiés dans le Toronto Star sous la plume du journaliste émérite Robert McKenzie en novembre 1971. Le texte a été publié aux Editions du Parti québécois. J’en ai fait la traduction et écrit la présentation. Pour ceux que ça intéresse et je m’en souviens comme si c’était hier, juste avant la publication de la brochure que j’ai entre les mains, en novembre 1972, j’ai demandé à René Lévesque son opinion à propos du titre. J’hésitais entre : Comment se fera la souveraineté (sans point d’interrogation) et Comment se fera l’indépendance (sans point d’interrogation).
“Qu’en pensez-vous monsieur Lévesque ?”
Il me répondit : “J’aime bien votre futur simple. Vous qu’est-ce que vous préférez ?”
Je lui répondis : l’indépendance. monsieur Lévesque.
Il me dit sans aucune hésitation, à mon grand plaisir : “Allez-y avec Comment se fera l’indépendance.”
Sans point d’interrogation et avec le futur simple de Gaston Miron. Nous te ferons, Terre de Québec.
Je cite le Toronto Star.
Le jour de la victoire, le Québec se retirera de la Confédération. (C’est le titre)
“Avec ou sans majorité du vote populaire, le parti séparatiste québécois a l’intention de séparer le Québec du Canada, s’il domine l’Assemblée nationale du Québec à la suite d’une élection. Un gouvernement “péquiste” à Québec mettra immédiatement en branle le processus de sécession sans aucun recours à l’électorat par un référendum ou une seconde élection. Telle est l’opinion clairement exprimée au Star au cours d’une interview du dirigeant du parti, René Lévesque et de deux autres personnalités très marquantes du parti - l’économiste Jacques Parizeau et le juriste de renommée internationale, le professeur Jacques-Yvan Morin.”
Pendant la crise d’octobre 1970, Pierre Elliott Trudeau a appliqué par décret la loi des mesures de guerre et
“ajouta Lévesque, il n’avait même pas obtenu 45% du vote canadien. Il se conformait alors parfaitement à la tradition parlementaire britannique qui dit : Si vous avez la majorité au Parlement, vous êtes le gouvernement. Voilà la tradition parlementaire britannique et c’est ce que nous appliquerons. Le jour où nous formerons le gouvernement, élu pour appliquer un programme que chacun connaît, c’est à ce moment-là que nous l’appliquerons.”
L’économiste Jacques Parizeau a été tout aussi catégorique.
“Le Québec est entré dans la Confédération sans référendum et il se retirera de la Confédération sans référendum conformément aux règles du parlementarisme britannique.” a-t-il dit. (...)
Lévesque affirme que le Parti québécois prendra le pouvoir en 1973, ou se trouvera si près de le prendre, que le premier ministre Robert Bourassa sera emporté par une seconde élection dans les dix-huit mois ou deux ans qui suivront.
Aussitôt après la prise du pouvoir, un gouvernement péquiste s’adressera à Ottawa pour entreprendre des négociations sur les modalités de la sécession du Québec : partage des biens et des dettes, offres d’union douanière et d’union monétaire entre les deux pays, puis calendrier de transfert de juridiction.
Titre : René Lévesque prépare déjà une constitution pour le Québec.
“Qu’un groupe d’experts à l’intérieur du parti soit à l’oeuvre depuis 1969 afin de préparer un premier projet de constitution montre bien avec quel sérieux opèrent le Parti québécois et son leader René Lévesque. On s’attend à ce que cette première ébauche soit bientôt prête à être soumise à un vote lors du prochain congrès du parti en 1973. Si le parti arrive au pouvoir au Québec, ce qui devrait se faire d’ici à cinq ans (donc en 1976...) d’après ses leaders, cette constitution, sans doute revue et corrigée, sera proposée au peuple québécois pour un référendum national. (...)
“Dans le privé, certains stratèges du parti reconnaissent pourtant que certaines situations pourraient bien s’avérer particulièrement explosives. Ce serait le cas, par exemple, si la majorité des francophones québécois votait pour l’indépendance aux prochaines élections du Québec alors que la minorité anglophone, qui représente 20% des voix, contribuait à maintenir les libéraux de Bourassa au pouvoir.” (Fin de la citation)
Commentaire :
1- La majorité de 61% des francophones ont voté pour le OUI au référendum du 31 octobre 1995. 95% des anglophones et assimilés ont voté NON et constituent ce que Lise Bissonnette a appelé “une minorité de blocage”. Est-ce une situation explosive ? Je dis oui, c’est une situation explosive.
2- Aux élections du 29 octobre 1973, une semaine avant, est apparue une carte de rappel qui disait :
Aujourd’hui,
Je vote pour la seule équipe prête à former un vrai gouvernement.
En 1975,
par référendum, je déciderai de l’avenir du Québec.
Une chose à la fois. Chaque chose en son temps.
Je vote pour le Parti québécois.
Je vote pour le vrai.
Cette carte de rappel fut le début de l’étapisme et le début de tous les problèmes pour les indépendantistes. Ce n’était plus par une élection décisionnelle que le Parti québécois mettrait en branle le processus d’accession à l’indépendance. Ce serait par un référendum et par un référendum seulement. La carte de rappel modifiait le programme du parti sans congrès (salutations à Pierre Cloutier et à ceux qui, très imprudemment, me traitent de “naïf”).
Devant les Intellectuels pour la souveraineté, Jacques Parizeau a dit avoir maintenu sa position sur l’élection décisionnelle (ce qui est préférable à “élection référendaire” qui sème la confusion) au congrès du PQ de 1974 et qu’il a été battu. Il est rentré dans le rang comme un bon soldat. La même chose s’est produite, dit-il, en 2005, et il est entré dans le rang comme un bon soldat.
J’en conclus que Jacques Parizeau n’a pas changé d’idée par rapport à l’élection décisionnelle. Il a la même position que lors de son entrevue au Toronto Star en novembre 1971. Il a même renchéri en disant : “Le parlement peut tout faire sauf changer un homme en femme.” Si c’est ce que Parizeau pense vraiment et je crois qu’il le pense, comment pourrait-on faire la moindre critique au Parti indépendantiste là-dessus.
***
Si j’avais un reproche amical à faire à Jacques Parizeau, c’est de ne pas continuer à se battre en faveur de l’élection décisionnelle. Puisque c’est ce qu’il pense. Surtout après la loi sur la clarté.
Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que quand madame Marois propose son plan et en fait sa plate-forme électorale, si elle est élue, elle aura un mandat clair pour réaliser un projet de citoyenneté québécoise, un projet de constitution, un renforcement de la loi 101, un rapatriement des pouvoirs en culture et communication par exemple sans avoir besoin de consulter de nouveau la population. Et ceux qui s’opposeront à ces projets accomplis avec un mandat du peuple québécois en subiront les conséquences politiques. C’est ce qu’a dit Pauline Marois sur toutes les tribunes quand on lui a demandé d’expliquer son plan.
L’avantage de rappeler que Jacques Parizeau a toujours été en faveur de l’élection décisionnelle, c’est d’attirer l’attention sur les Pouvoirs du Parlement québécois en régime parlementaire britannique. Et d’attirer l’attention sur le fait que Pauline Marois et son équipe ont la ferme intention de demander le mandat d’exercer pleinement ces pouvoirs. Sans référendum. Le pouvoir d’agir comme le Parlement d’une nation à l’Assemblée dite nationale. (D’où l’importance d’envoyer des représentants de cette nation comme députés du Bloc à Ottawa.)
Ce n’est pas encore “la Totale”, et on ne revient pas aux années 70 (avant que Claude Morin ne sévisse...) mais ce plan relance une dynamique qui pourrait nous faire atteindre notre objectif : faire du Québec un vrai pays français (et non bilingue) dont a absolument besoin une nation française pour s’épanouir. Et paraît-il qu’on est une nation n’est-ce pas messieurs Harper et Ignatieff !
Robert Barberis-Gervais, Longueuil, 12 juin 2009

