Madame Pauline Marois, chef du Parti québécois, rompt avec l’attentisme en rendant public son « Plan pour le Québec souverain » qui porte sur quatre volets, dont celui du rapatriement au Québec de pouvoirs exercés par le gouvernement fédéral en matière de culture et de communications. La reconquête de certains de ces pouvoirs pourrait faire l’objet d’un référendum sectoriel.
Au même moment, monsieur Jacques Parizeau attise la flamme souverainiste au colloque des IPSO. L’ancien premier ministre du Québec insinue avec raison que tout mouvement de transformation – ou de révolution – jaillit d’une crise ou d’une volonté populaire consciente que la situation doit impérieusement changer.
Pour sa part, monsieur Louis Bernard repose son argumentaire sur des fondamentaux : « L’indépendance pour l’indépendance, la souveraineté pour la souveraineté, comme être libre pour la liberté ».
L’indépendance, pour briser les liens qui entravent notre développement. La souveraineté pour affirmer notre originalité au quotidien et dans le monde. Pour cette liberté que donne la pleine maîtrise des indispensables leviers du progrès social, de la prospérité économique, comme de l’épanouissement des individus et de la responsabilisation des dirigeants de nos collectivités.
Pourquoi encore l’indépendance ? Tout simplement parce qu’il vaut mieux gérer ses propres affaires que de les laisser gérer par les autres. Ce qui s’applique autant aux individus qu’aux peuples. La pleine autonomie pour avoir vraiment les coudées franches.
À mon avis, la souveraineté est le seul projet qui donne vraiment du sens à une nation – surtout en notre époque de « full » mondialisation – parce qu’elle assure les moyens de réalisation de tous nos autres projets de société, qu’ils soient de gauche ou de droite, locaux, régionaux ou internationaux. Être souverain, c’est être à la gouverne de nos choix, de nos moyens, de nos décisions et de nos actions pour garantir l’épanouissement des personnes, l’équité sociale, le progrès économique, les chantiers culturels et le jardin écologique.
Le Québec souverain sera un pays démocratique, français, en harmonie avec les premières nations et sa minorité anglophone, égalitaire envers ses citoyens, et un partenaire économique dynamique avec ses voisins de proximité et avec d’autres pays de la planète. Et tant mieux pour tous si on peut coopérer d’égal à égal avec nos amis canadiens.
Dans le but de nous conférer ce statut de nation libre par les voies démocratiques, je propose brièvement et partiellement ici une démarche citoyenne de réflexion, de discussion et de mobilisation populaire sur l’avenir politique du Québec, soutenue par le témoignage d’experts et de personnalités.
Mettre en place une démarche citoyenne pour redéfinir l’intention québécoise à partir du terrain de nos gens.
Pour un peuple en devenir, il n’y a pas de raccourcis. Allons d’abord à l’écoute des attentes des Québécoises et des Québécois afin de déterminer leurs réelles préoccupations, leurs besoins et leurs intérêts, en ce début du XXIe siècle. Une première phase d’expression et de débats populaires, sous la forme de colloques thématiques ouverts à tous, tenus à Montréal, à Québec et en régions, sur les actuels enjeux économiques, sociaux, démographiques et écologiques. Une sorte d’état de la situation sur les problèmes de l’heure et leurs possibles solutions.
Une deuxième phase en sera une de consultations expertes sur les priorités, les compétences, les institutions, les conditions de réussite, les contraintes, les ressources nécessaires et les étapes de réalisation. Il s’agit de prendre connaissance des responsabilités partagées du point de vue national, régional, local et individuel, ainsi que des rôles des différents acteurs de la société civile.
Les résultats des consultations populaires et des études expertes seraient publiés sous la forme d’un manifeste qui proposerait aux citoyennes et citoyens du Québec, les options politiques qui actualiseraient leurs espoirs.
René Lévesque disait que « La tâche des vrais démocrates est de voir à ce que le peuple soit de plus en plus au courant, instruit, renseigné sur ses propres intérêts. La liberté, c’est d’être au courant, et le reste en découle. »
La souveraineté du Québec sera la rencontre d’un projet partagé, d’une conjoncture favorable et d’un leadership affirmé. Le momentum fera venir le chef… ou la chef.
Passons à l’action. S’il fallait attendre les conditions idéales pour agir, rien ne se serait réalisé sur cette planète. C’est dans le rêve que naissent les plus grandes réussites.
La souveraineté du Québec est un projet collectif de maturité, intelligent, motivant, ouvert et rassembleur, parce qu’il se nourrit aux valeurs humaines les plus vitales et nobles : la lucidité du cœur, le courage tranquille et la solidarité raisonnée.
Gilles Châtillon a dirigé les Commissions régionales et la Commission nationale sur l’avenir politique du Québec qui précédaient le référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec.

