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Remonter la pente
Joseph Facal
Le Journal de Montréal
mercredi 27 juin 2007


C’est ce soir que Pauline Marois prend la direction du Parti québécois. Le meilleur service que les péquistes pourraient lui rendre serait d’avoir des attentes réalistes.

Le Parti québécois perd continuellement du terrain depuis 1994. Après le départ de Jacques Parizeau, trois chefs consécutifs n’ont pas réussi à stopper l’érosion.

Demandez à un militant péquiste de vous expliquer cette dégringolade. Habituellement, il vous dira que les chefs ne parlent pas assez de souveraineté ou qu’ils sont trop ceci ou trop cela. Pour eux, le chef est toujours la cause première des déboires.

Ces critiques contiennent parfois leur part de vérité,mais elles passent à côté de l’essentiel. Le fond de l’affaire est que, dans un contexte où un référendum à brève échéance est très peu probable, le Parti québécois apparaît de moins en moins pertinent à un nombre croissant de Québécois.

Les miracles n’existent pas en politique. Le vrai défide Pauline Marois sera de stopper la glissade et de refaire du Parti québécois une formation dans laquelle les Québécois verront des solutions réalistes à leurs problèmes concrets.

Dose de réalisme

Le PQ ne doit évidemment pas renier ses convictions et se laisser porter par les vents dominants. Après tout, quand les souverainistes entreprirent leur longue marche, ils tenaient tous dans une seule pièce. Il s’agit simplement de se donner une stratégie qui part de la situation telle qu’elle est.

Un parti politique doit bien sûr dessiner une vision d’avenir et convaincre la population de son bien-fondé, mais encore faut-il que son offre politique fasse écho aux attentes de la population.

C’est la clé principale de la montée de l’ADQ : ses propositions sont souvent simplistes et démagogiques, mais voici un parti qui a le mérite de se demander continuellement ce qui préoccupe les Québécois.

Pauline Marois dispose de peu de temps devant elle, mais cela pourrait devenir un avantage en la dispensant de devoir traverser un de ces congrès d’orientation dans lesquels le réalisme est souvent la première victime à tomber au champ d’honneur. Elle ne doit non plus rien à personne et n’a rien à perdre.

Essentiellement, le redressement du Parti québécois implique de se reconnecter sur le réel sur les questions du référendum et de ses orientations économiques et sociales.

Le référendum de 1995 avait été rendu possible par une victoire électorale avec 45% du vote l’année d’avant. Ce score de 1994 était le résultat d’une lutte à deux et non à trois, et l’aboutissement aussi d’un exceptionnel crescendo : Meech en 1990, Bélanger-Campeau en 1991, Charlottetown en 1992, et percée fulgurante du Bloc québécois en 1993. Rien de tel dans les cartes cette fois-ci.

Évidemment, la marge de manoeuvre que madame Marois semble en bonne voie de réussir à se donner sur la tenue du référendum ne la dispensera pas de devoir présenter aux péquistes un plan crédible de promotion de la souveraineté.

Du temps où il était puissant, le PQ fut aussi, sur toutes les autres questions, une coalition suffisamment souple et pragmatique pour permettre à des gens de diverses sensibilités de cohabiter. Il doit le redevenir. S’ouvrir et s’ajuster ne veut pas dire se renier.

Rien n’est éternel

Chose certaine, les péquistes ne devraient surtout pas sous-estimer le danger qui les guette. Quand le PQ vola le deuxième rang à l’Union nationale au début des années 70, celle-ci ne s’en releva jamais et mourut peu de temps après.

Cette obligation pour un parti politique d’être pertinent est d’autant plus vitale dans un système politique conçu pour ne porter que deux grands partis qui alternent au pouvoir, et qui est terriblement cruel pour les tiers partis.

La division actuelle de l’électorat en trois blocs presque égaux est probablement temporaire : à un moment donné, les Québécois voudront un gouvernement majoritaire et pourraient en conclure qu’il y a un parti de trop au Québec.

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