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Relecture de Menaud maître-draveur (1)
« Car nous sommes d’une race qui ne sait pas mourir ! »
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
samedi 30 janvier 2010      381 visites      3 messages


Dans un texte publié en Tribune libre, le mercredi 27 janvier 2010, Marie Mance Vallée nous invite à relire "Menaud maître draveur", qu’elle appelle "un chef-d’oeuvre de la littérature canadienne-française". elle écrit :

"Relisez "Menaud, maître-draveur". Vous y retrouverez là toutes les belles qualités de nos ancêtres : braves, courageux, tenaces, fiers, vaillants, généreux..., ainsi que la force de poursuivre la lutte, malgré tous les préjugés haineux à notre endroit."

Elle écrit encore : "Félix-Antoine Savard aura été, en son temps, un chantre de la liberté d’un peuple." Il faudrait nuancer considérablement cette affirmation. Marie-Mance Vallée nous donne ensuite à lire deux extraits. Elle reprend la citation que Savard a tirée de Louis Hémon dans le roman Maria Chapdelaine. Cet extrait de Maria Chapdelaine emploie le fameux "Nous" qui allait faire couler beaucoup d’encre.

 "Nous sommes venus il y a trois cents ans et nous sommes restés ! » « Nous avons marqué un plan du continent nouveau, de Gaspé à Montréal, de Saint-Jean d’Iberville à l’Ungava, en disant : « Toutes les choses que nous avons apportées avec nous, notre culte, notre langue, nos vertus et jusqu’à nos faiblesses deviennent des choses sacrées, intangibles et qui devront demeurer jusqu’à la fin. »

« Car nous sommes d’une race qui ne sait pas mourir ! »

Elle cite ensuite le passage de la mort du fils "qui disparut dans les gueules du torrent envahisseur". Marie Mance Vallée conclut "Et Menaud poursuivit jusqu’à la folie son combat contre l’Anglais. Et nous sommes toujours là."

Cet article de Marie Mance Vallée a produit chez moi un malaise. Ayant analysé de fond en comble Menaud maître draveur, je me sens un peu comme Jacques Noël devant les inexactitudes et même les faussetés colportées sur les bienfaits de l’immigration.

Et en effet, je suis d’accord pour qu’on relise Menaud maître draveur. Grâce à l’hospitalité de Vigile, je vous invite à un voyage dans le monde enchanté de Félix-Antoine Savard. Je ne peux pas m’engager à ne pas imiter mon confrère de Québec Jacques Noël dans sa quantité d’articles (64) mais je vais tenter de l’imiter dans son propos : décaper les idées reçues sur monseigneur Félix-Antoine Savard et ses rapports avec le personnage de Menaud.

1- remarques préliminaires

Commençons par la conclusion de l’écrivain et critique littéraire André Brochu lors de sa conférence donnée à l’Université de Montréal en mars 1966 intitulée : "Menaud ou l’impossible fête". "Il s’agit de voir un exemple de formule esthétique réussie à laquelle l’imagination créatrice d’un grand écrivain québécois peut donner naissance." Je souscris après bien d’autres à ce jugement de "formule esthétique réussie" et de "grand écrivain québécois". Oui, Menaud maître draveur est un chef-d’oeuvre et oui Mgr Savard est un grand écrivain québécois. Mes remises en question ne contestent pas du tout ce jugement. Ecrivain québécois ou écrivain canadien français ? C’est une autre question et elle n’est pas anodine.

André Brochu a eu l’intuition d’une réussite globale en nous donnant un exemple. Quand Marie, au début du roman, lit pour son père (Menaud ne sait pas lire) un passage de Maria Chapdelaine, elle hésite avant de dire "rien n’a changé" après avoir débuté en disant : "mais au pays du Québec…" Un lecteur distrait ne voit aucun sens à cette hésitation. Mais si on se demande pourquoi Marie arrête sa lecture, on découvre ceci qui impose à l’hésitation un caractère de nécessité : Marie hésite avant de dire qu’au pays du Québec "rien n’a changé" parce que cette affirmation du livre est fausse puisque Marie est attirée par Le Délié, traître aux siens et infidèle à la race qui ne doit pas changer.

Après avoir affirmé la nécessité pour la culture québécoise de s’enraciner aussi dans "les oeuvres du siècle dernier, injustement méprisées par une critique et un enseignement dépourvus de clairvoyance", Brochu conclut : "Dans Menaud maître draveur, les étrangers occupent le territoire,la nature, le présent ; et le héros ne peut retrouver ses aïeux français qu’en s’exilant de la fête. Et bien, ce dualisme, il importe d’en prendre conscience et de l’analyser toujours plus en profondeur.La connaissance de notre tradition littéraire, et de tout notre passé, ne peut que nous y aider."

(2- (à venir) Mgr Savard et les idées intangibles)

Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, samedi 30 janvier 2010


Félix-Antoine Savard - André Durand



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Vos commentaires:
  • Relecture de Menaud maître-draveur (1)
    30 janvier 2010, par Mario Goyette

    Bonjour M.Barberis

    Mis à part la légère accalmie hypocrite envers les québécois lors du love-in avant le référendum de 95, un dernier sondage Léger-Marketing paru dans la quasi indifférence la semaine dernière démontre qu’aux yeux des anglophones du ROC, la seule catégorie de gens qu’ils voient de façon moins favorable que les québécois francophones sont les autochtones. Les immigrants et les juifs sont mieux perçus que les québécois, maintenant.

    http://lcn.canoe.ca/lcn/infos/natio...


  • Relecture de Menaud maître-draveur (1)
    30 janvier 2010, par Hélèna

    C’est drôle...lorsque j’ai lu le texte de Madame Marie Mance Vallée, j’ai eu le goût de relire "Menaud maître draveur". J’ai attrapé le livre dans ma biblio et en fermant les yeux, j’ai ouvert...pile ! à la page 69... l’extrait de Madame Marie Mance ! Étonnant !

    Je la remercie, aujourd’hui, de nous donner l’opportunité de lire votre analyse. J’y prendrai grand intérêt. Je suis sûre que j’y gagnerai quelque chose.

    Je crois aussi que Madame Marie Mance a choisi ces mots pour la poésie, la force et la beauté de l’image. Ces mots qui sont un hymne à la race Canadienne-française. Justement, la lecture du livre nous invite à la pénétration de la pensée de certains écrivains de l’époque. Nous invite à juger par nous-même.

    Malgré les lumières de ceux qui possèdent la perspicacité, le discernement et l’analyse de l’œuvre des écrivains de chez nous, nous sommes loin de nous lever en chœur dans la connaissance de notre propre race.

    « Car nous sommes d’une race qui ne sait pas mourir ! » Qu’on se le prouve ! Nous sommes fous de ne rien savoir encore !


  • Relecture de Menaud maître-draveur (1)
    30 janvier 2010
    Vous êtes bien aise de donner votre vision, sans doute universitaire, de l’oeuvre de Mgr Savard et de tenter d’exorciser votre malaise, M. Barberis-Gervais. Quant à moi, j’ai toujours pensé qu’en littérature de même qu’en peinture, on y voit que ce qu’on veut bien y voir ou imaginer. C’est là la magie de la littérature et de la peinture. Si nous ne les avions pas, mais que deviendrions-nous ? Vous (...)

    Lire ce commentaire

    Vous êtes bien aise de donner votre vision, sans doute universitaire, de l’oeuvre de Mgr Savard et de tenter d’exorciser votre malaise, M. Barberis-Gervais. Quant à moi, j’ai toujours pensé qu’en littérature de même qu’en peinture, on y voit que ce qu’on veut bien y voir ou imaginer. C’est là la magie de la littérature et de la peinture. Si nous ne les avions pas, mais que deviendrions-nous ?

    Vous aurez remarqué que je n’ai retenu que les passages significatifs pour moi, en espérant que les lecteurs lisent ou relisent Menaud, maître-draveur, au complet, ainsi que conclusion à laquelle vous faites allusion.

    Je peux affirmer que j’ai presque tout lu sur les analyses savantes de l’oeuvre de Mgr Savard et j’ai toujours pensé que Menaud était un chef-d’oeuvre, malgré tout. Et il le restera pour moi.

    Je suis originaire du pays de Menaud et de Maria Chapdelaine de Louis Hémon, oeuvres inséparables, de cet immense territoire, et je connais bien l’âme de ce pays. La drave, la cueillette des bleuets, les Maria et les François Paradis (j’ai même épousé un orignal de ce pays) ; je les connais bien.

    Mgr Savard était-il indépendantiste ? Était-il fédéraliste ? Était-il régionaliste ? Je ne veux pas le savoir. Ce que je sais, c’est que beaucoup de ma génération se sont reconnnus et inspirés de Menaud. Nous apprenions par coeur le passage de la mort de Joson. Mes frères aînés, tels des guerriers juchés sur une bûche de bois, le récitait avec fierté, le soir à la brûnante. Plus tard, nous avons pleuré sur Menaud, Joson, Maria et François Paradis. Ces oeuvres répondaient à un besoin de l’époque.

    Mon texte ne s’adressait pas à une classe d’universitaires, mais plutôt à des gens de bonne volonté qui connaissaient ou ne connaissaient pas Menaud. C’est tout. J’ai considéré que les temps étaient difficiles et qu’il valait peut-être bien d’y jeter un coup d’oeil. Question de se ressourcer et de retourner à la base même de ce qui nous a fait.

    Je lirai avec attention le deuxième volet de votre intervention, mais je crois bien que vous aurez de la difficulté à me décaper, à ce sujet, puisque je suis issue de l’âme de Menaud, de Maria Chapdeleine et du Pays.

    Je ne m’excuse pas parce que vous m’avez blessée profondément en voulant remettre en question les intentions de Mgr Savard. N’est-ce pas ce que nous avons fait lors de la révolution tranquille ? Tout remettre en question à un point tel que nous ne connaissons pas « les anciens » et notre littérature dont certaines oeuvres tel Menaud s’est mérité un prix de l’Académie française.

    L’Alouette en colère.



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