Je m’appelle Pierre Bouchard, je soumets 3 ou 4 textes chaque année à Vigile, je remercie M. Frappier, et je voudrais, avant d’y aller avec mon propos, faire une petite mise au point. Je lis ici depuis quelques temps des commentaires de M. Pierre B., et on jurerait que ça vient de moi tellement ça ressemble à ce que j’écris ici et ailleurs depuis 1997. Mais je n’en veux pas à Pierre B., je ne le connais pas. Et je ne prétends pas à l’exclusivité des idées, ni même du style.
J’ai envoyé ma photo avec ce texte ; j’habite Les Escoumins, sur la Côte-Nord, à 3 heures de route à l’est de Québec. La communauté innu Essipit vit au cœur de la municipalité, je suis sensible à leur cause, je comprends leur nation, et je comprends la mienne. J’aurai 43 ans ce mois-ci, je suis fonctionnaire, je travaille en informatique. Mon métier est d’essayer d’organiser efficacement les informations utiles disponibles. J’ai tenu le site "Questions de société" de 1997 à 2004. J’ai des contacts furtifs avec M. Frappier depuis ce temps.
Je crois qu’on ne peut véritablement faire confiance à quelqu’un que si on le connaît un petit peu. Personnellement, j’ai de la misère avec les surnoms, comme M. Ougho (mais j’apprécie ses textes), chacun a ses raisons
Ceux qui m’ont déjà lu diront que je me répète. Je crois qu’on ne m’entend pas, personne ici ne discute du fond des choses quand on discute de ce qu’il faut faire pour avoir un jour notre pays. En tout cas c’est rare, et on n’élabore pas. M. Gilles Bousquet par exemple, ne mériterait pas d’être éventuellement ostracisé. Il m’a déjà interpellé en commentant mon texte "Soyons concrets et conséquents", et bien qu’il semble avoir une idée fixe et l’esprit de contradiction bien développé, ce qu’il dit a du bon sens. De ses paroles je ne comprends pas, moi, qu’il désire lui-même une confédération ; il ne fait que dire que c’est ce que la majorité des québécois veulent. M. Bousquet en fait le constat, comme moi. C’est une attitude inconséquente, voire irresponsable chez le québécois moyen qui se désintéresse de ce qui arrive à la société dans laquelle il baigne, mais c’est vraiment comme ça. M. Raymond Poulin, j’apprécie votre pensée et je ne manque pas d’imprimer vos textes quand je les vois passer (comme ceux de M. René-Marcel Sauvé, Georges-Etienne Cartier, Paul-Emile Roy, et bien d’autres), et je crois bien que tout le monde fait le même constat que moi, en fait. Mais personne n’en parle jamais.
Il est clair qu’il n’y a rien à faire d’autre que l’indépendance. Si on veut une confédération des nations, il faut passer par là. Même M. Bousquet doit être d’accord. Les québécois sont majoritairement confédéralistes, mais ils sont aussi très désengagés de la chose politique, ça leur passe dix pieds par-dessus la tête. Ils refusent d’essayer de comprendre que dans l’état actuel des choses, la véritable confédération avec les canadians est impossible. Pour les canadian, il n’y a pas de véritable problème au Canada, les Quebecers finiront bien un jour par rentrer dans le rang. Je crie et je répète à mes concitoyens militants que nous ne sommes pas pris au sérieux, autant par le ROC que par nos compatriotes. La confédération ne serait possible qu’après l’indépendance du Québec, bien qu’en effet, on ne voit pas pourquoi on se presserait à se rattacher ainsi à un pays qui nous a toujours nié et qui a toujours voulu nous engloutir. L’indépendance apparaît aux désintéressés québécois comme un remède de cheval pour une petite toux. En général, les Québécois refusent de croire en la nécessité de l’indépendance parce que les médias leur disent depuis toujours que le ROC est autant sinon plus accueillant et tolérant que nous, au Québec. Dans la tête des gens en majorité, c’est encore le Canada qui compte, qui rayonne et qui est la référence de civilisation, pas le Québec.
Les principaux partis politiques de la province sont coupables de fausse représentation : le PQ est là pour prendre le pouvoir, même aux dépens de l’indépendance (il se contente du tiers des votes). Il se trouve à dire objectivement "je ne ferai pas vraiment l’indépendance, votez pour moi".
Au PLQ, c’est pire : on laisse croire que les choses peuvent s’améliorer pour le Québec dans le Canada, alors que ça ne fait que se détériorer, les murs craquent, chaque mois on mange une claque sur la gueule. Depuis Robert Bourassa, depuis Meech, le PLQ est un parti de négation de la réalité.
examiner le problème en face
Le ROC n’est pas, dans la tête des gens, le méchant mange-québécois qu’il est pourtant clairement à nos yeux à nous. Pour le dire de belle façon, l’empire Desmarais règne et persévère, des gens brillants se prostituent à culpabiliser leurs semblables, et les cupides savent où se trouve la fontaine d’argent. Tant que l’ennemi ne sera pas clairement montré et compris, tant que ses agissements continueront d’être systématiquement minimisés, cachés, rien ne sera possible.
Les gens modérés ont raison, pour convaincre minimalement, il faut se montrer exemplaire. Ça ne signifie pas, cependant, amoindrir la gravité des faits. Il faut avoir de la mémoire, il faut savoir voir la trame des événements à l’échelle des décennies. Il faut montrer patte blanche quand on est journaliste au Québec, d’accord, mais je dis qu’il faut alors forcer un peu plus, avoir du courage, et quand même identifier clairement l’ennemi. Il y a moyen de le faire correctement, ce n’est pas contradictoire. Quelques chroniqueurs commencent à se dégourdir. Michel Vastel ne se gêne plus, lui, depuis quelques années.
"Mais il n’y a pas d’ennemis, voyons, c’est dans ta tête, ça". Pensez ce que vous voulez, mais la très grande majorité des québécois pensent cela. Il n’y a pas d’ennemi. Il n’y a pas véritablement de problème, nous ne sommes pas menacés. Les gens pensent comme ça. Leurs préoccupations sont d’ordre économique d’abord et avant tout. Et comme les autres occidentaux, nous sommes individualistes. Je ne comprends pas que nous ne soyons pas tous d’accords, ici sur Vigile, avec ça. En dehors de Montréal, les Québécois sont comme ça, non ? Le travail commence à cette étape, il ne faut pas l’escamoter. A lire certains textes on croirait parfois que la population est au même diapason que nous et que ce ne sont que les politiciens qui ne passent pas à l’action. Pourtant, les politiciens ne font que s’adapter aux gens, sans rien proposer qui les bousculerait trop. Il y va de leur travail, chacun lit la réalité avec ses lunettes.
Avant d’essayer de convaincre les Québécois qu’il est nécessaire d’avoir notre propre pays, il faudrait leur ouvrir les yeux quant à leur condition. Les gens ne savent pas, ils ne se rendent pas compte de la gravité de la situation. C’est pour ça que des gens comme Pierre Falardeau, que j’admire beaucoup, ou Victor-Lévy Beaulieu, passent pour des clowns. C’est pour ça que, à la télé d’état ou dans les pages de Desmarais, on ne se gêne pas pour les ridiculiser. Ce que je dis ici, ça ressemble au discours des témoins de Jéhova. Je dis aux gens "réveillez-vous". C’est ça notre problème. Nous avons l’air de témoins de Jéhova.
Quant à moi, la profession journalistique au Québec est coupable d’un manque d’éthique évident à cet égard. Tout un pan de la réalité est occulté sciemment, parce que disqualifié en partant : imaginez, on nous parle de guerre et de méchants anglos. Comme le faisaient les promoteurs de cigarettes et de pétrole d’une autre époque, on refuse d’accorder du sérieux à de tels discours qui empêchent la machine de fonctionner. Les journalistes, chroniqueurs et éditorialistes en général semblent mal comprendre leur rôle lorsqu’ils sélectionnent les faits, lorsqu’ils montent leur show "PowerPoint" des nouvelles de 22 heures. En fait ils le comprennent trop bien, leur rôle, ils connaissent le patron. Aucun médium d’information n’est totalement objectif.
la langue
Une étude récente nous apprenait que la plupart des discussions et des débats laissaient toujours la grande majorité des intervenants sur leurs positions respectives, que personne ne convainc jamais personne, ou presque. Je n’ai pas lu le dernier livre de Marc Angenot, "Dialogues de sourds", mais je le ferai un jour. Louis Cornellier (Le Devoir 14 juin 2008) en parle en disant : "les critères de validité d’une argumentation sont toujours flous et contestables et cela explique la permanence des désaccords, de même que la compulsion rhétorique".
L’an dernier un sondage révélait que près de la moitié de la population au Québec ne comprennent pas toujours ce qu’ils lisent !! Qu’avec les nuances et les subtilités, ou simplement un article trop long, trop détaillé, on s’y perd. C’est épouvantable, je ne comprends pas, moi, que ça n’ait pas alerté personne. On touche au cœur de la langue française, à ce à quoi elle sert, à ce à quoi sert toute langue. Techniquement, y aurait-il chez nous un décalage plus grand qu’ailleurs entre la pensée et l’expression parlée ? Nous disons toujours qu’il faut protéger la langue, qu’un jour peut-être nous ne parlerons plus français au Québec. Moi je m’inquiète de la manière de penser des gens, et cela est intrinsèque à la langue. Je sais bien que j’entre ici en territoire dangereux, que je prête flanc à la critique qui pourrait me descendre en 2 temps 3 mouvements. Mais je n’ai pas la prétention d’expliquer les choses, je ne veux que décrire ce que je vois. Or je vois ça, des êtres parlant mais ayant de la difficulté à penser correctement, techniquement parlant, donc à s’exprimer convenablement. Trop souvent on ne dit pas complètement ce qu’on veut vraiment dire, et je soupçonne que c’est plus que de la peur, plus que la crainte de la chicane. On préfère se taire pour ne pas prêter flanc à la critique (on se sent intellectuellement inférieur, voire non autorisé), et on préfère rester campé sur ses positions, aussi floues soient-elles.
L’an dernier lors du même sondage, une personne sur 4 se disait incapable de dire de quoi il est question lorsqu’on mentionne les derniers grands moments historiques (Révolution tranquille, Meech, loi Clarté, ...). C’est assez désespérant et très inquiétant. Le travail de sape de Power Corporation est efficace. Dans tout l’est de la province, et dans la grande région de Québec, en Beauce par exemple, depuis les années soixante, les gens sérieux s’informent en lisant le journal Le Soleil, de Paul Desmarais. Le journal de Québec est moins sérieux, c’est plutôt populiste. La Presse a fait ses petits aussi. Le journal Le Devoir est encore considéré, imaginez-vous donc, comme un journal d’opinions, donc non objectif. Ça change un peu avec le temps mais les mentalités ne sont pas pressées.
Les publicités nous bombardent l’intellect, c’est ça la publicité. Qu’on cesse donc de croire que seuls les moins avisés en sont les victimes. Cessons donc de nous accomoder de ces bombardements publicitaires agressifs. La publicité, c’est la propagande active. Les idées sont présentées en anglais, dans un style et une philosophie anglo nord-américaine, mais avec des mots français. Et plus c’est bien fait, plus on aime ça. Je sais apprécier les publicités bien faites, mais ça ne m’empêche pas de penser, à chaque fois que je reste passif devant une pub, que je participe concrètement à mon propre conditionnement.
On pourrait discuter longtemps là-dessus, je l’ai déjà fait ailleurs et ce n’est pas mon propos. Mais je souhaite que les élites nationalistes qui aspirent à gouverner comprennent un jour cette réalité. C’est rire du monde que d’affirmer, par exemple, qu’on fera la souveraineté sans dépenser de l’argent public. Qu’est-ce que c’est que cette mentalité ?
Il y a un fossé entre ce qu’on veut faire, dans notre tête à nous, et ce qu’on fait en réalité, dans la tête des autres. C’est toujours comme ça, il faut travailler avec ça, c’est l’art de la politique. Nous en sommes toujours là, et ne comptons pas sur Mme Marois pour y changer quoi que ce soit.
le Parti Québécois
Comme M. Georges-Etienne Cartier le disait le 23 juin dernier, René Lévesque était l’un des plus grands d’entre nous parce qu’il a su faire germer la nation québécoise telle qu’on la connaît aujourd’hui, il lui a dit de cesser d’avoir peur et de se prendre en main. Et René Lévesque aimait les gens. Mais comme tout le monde, il n’avait pas raison sur tout. Je ne développe pas là-dessus, je ne connais pas beaucoup René Lévesque. Je veux juste dire que personne ne détient la vérité, et que se faire taire en citant des noms, c’est un procédé déplacé.
Depuis Bernard Landry, bien que Bouchard avant lui a fortement déçu, ça fait mal au cœur de voter pour le PQ. Comme le disait Jean-Pierre Charbonneau au Club des Ex à RDI, les autorités dirigeantes du PQ refusent encore et toujours d’admettre qu’avec 30 à 40 % des votes, tout ce qu’on réussit à faire, c’est de prendre le pouvoir. Le PQ refuse de comprendre qu’en s’en tenant à cela, jamais il ne pourra sérieusement entreprendre la révolution et faire naitre le pays. Le PQ ne cherche pas réellement l’assentiment d’une majorité, le PQ se comporte comme un petit parti de province. Il ferme la porte aux changements structurels (ex. : le régime républicain), aux modes de scrutins (je veux un vote à 2 tours aux élections, et même principe pour un éventuel référendum), aux propositions de Constitution, etc. Le PQ est une petite clique de différents horizons qui semble déconnectés de la réalité. Le PQ, conséquemment, n’est pas réellement intéressé à faire l’indépendance, il ne prend pas ça au sérieux, les carrières de chacun passent avant la cause, et ça fait mal au cœur.
On peut bien dire que la formation d’un autre parti politique, le PI, divise les forces, mais nous sommes dans une situation désespérée quant aux choix qui nous sont offerts, et la division est déjà cristallisée avec l’ADQ et Québec Solidaire. Personne ne veut vraiment faire la souveraineté du Québec. Les rares qui sont sincères, on les tasse. Voter pour le PI, c’est travailler à plus long terme, à très long terme. Il semble qu’il n’y ait pas d’autres moyens d’avancer. Ça, ou un messie à la tête du PQ.
Malgré ces sentiments je reste optimiste. Le jeu politique ressemble aux fluides de l’atmosphère, et un petit rien peut venir troubler le climat paisible canadian, provoquer des rafales, des inondations, etc. Le PQ et le BQ attendent le grand tremblement de terre. On parle de faire la révolution, dans le calme et sans effusion de sang, mais la révolution quand même. Il faut le dire honnêtement.
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En terminant, un petit mot au sujet de la Commission Bouchard-Taylor. La plupart des textes que j’ai lus montrent bien l’acte qu’ont posé les 2 commissaires. Josée Legault a bien expliqué qu’on a procédé en ignorant l’essentiel.
Jocelyn Létourneau, ce scientifique subventionné par le Canada, trouve que les Québécois ne constituent pas encore une nation. C’est en construction mais nous n’y sommes pas encore. Comme nous ne sommes pas encore une nation, nous ne devrions rien bousculer, nous devrions nous laisser aller, vivre au gré des circonstances. M. Létourneau refuse de voir que l’ile du Québec est dans un océan de gens anglophones, britanniques et blancs. M. Létourneau voit des nations matures et des ado-nations. Que les petits laissent les vrais hommes parler.
Merci beaucoup M. Létourneau. Merci aussi, MM. Bouchard et Taylor.
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Je crois personnellement que nous n’attendrons pas encore 10 ans avant qu’on puisse regarder à la télé une multitude d’émissions télé diffusées sur le réseau internet. Je crois que les outils pour ce faire, comme c’est le cas pour les musiciens, permettront très vite aux artistes et aux créateurs de produire des émissions de qualité et de les diffuser eux-mêmes. En matière de services et de produits numériques, les réseaux de distribution tendent à disparaître. Seuls ceux qui offrent des services encore utiles survivent. Je souhaite de tout cœur que jamais les gouvernements ne se mettent à subventionner les industries de distribution tout en bloquant les initiatives individuelles, ce qui serait anti-démocratique.
Nous avons changé d’ère, les communications numériques ouvrent la planète à chaque humain (ce n’est pas encore vrai pour tout le monde), comme jadis le téléphone permettaient aux gens dans les campagnes de communiquer entre eux.
Vigile a du contenu, il a de l’avenir. Que ce soit en association avec Télé-Québec par exemple, ou avec Le Devoir, ou que ce soit par tout autre moyen, je crois bien qu’un jour nous aurons nos émissions télé de Vigile. Dès aujourd’hui, si des références à Vigile étaient entendues de temps en temps à la télé ou à la radio, l’affluence augmenterait, Vigile commencerait à se faire connaître de la population, il forgerait sa personnalité dans la tête du grand public. Je le dis, avec les technologies d’aujourd’hui, tout est possible. Les bonnes idées se cultivent. Pensez à Google, à YouTube, à E-Bay et aux Têtes à Claques.
Pierre Bouchard
Les Escoumins
26 juin 2008
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
