Vigile.net
« L’indépendance ne nous rendra pas meilleurs ou pires que les autres, elle nous permettra simplement d’être comme les autres peuples et de témoigner de nos valeurs à l’échelle universelle.  » Denis Monière
             
Vigile a besoin de votre appui, n’hésitez pas à contribuer.
Financement 2009
 18325$  92%  
Objectif : 20000$
Réalités dérangeantes
Par Hubert Villeneuve
Le Devoir
vendredi 23 mars 2007


Alors que les appuis à Québec solidaire se confondent toujours avec la marge d’erreur, il était assez révélateur d’entendre depuis une semaine ses ténors courtiser le vote adéquiste. Après tout, disent-ils, le vote adéquiste n’est que la manifestation d’un mécontentement mal défini à l’endroit du système politico-économique québécois, mécontentement que leur parti pourrait à leur avis incarner. [...]

Cette interprétation est exactement la même que faisait Françoise David lors de la première poussée adéquiste, en 2002, et elle ne semble pas avoir changé d’un iota malgré des phénomènes comme le scrutin de 2003, à l’occasion duquel on avait vu les deux tiers des électeurs québécois voter pour des partis de centre-droite, ou encore les élections fédérales de janvier 2006, qui ont vu la percée du Parti conservateur au Québec.

Si l’incompréhension dont certains font preuve devant ce qui présente désormais toutes les apparences d’un authentique conservatisme québécois ne date pas d’hier, cette posture consistant à ne voir dans l’ADQ qu’une montée de lait d’électeurs désabusés a ce côté rassurant qui consiste à oblitérer de nombreuses réalités dérangeantes pour ceux qui l’adoptent. Je n’en nommerai ici que trois.

Préoccupations réelles

La première de ces réalités est qu’en dépit de sa simplicité — et sans doute même grâce à elle —, le discours de Mario Dumont a rejoint les préoccupations d’une grande partie de la population québécoise. Pour ces gens, le fait de rejeter la logique du multiculturalisme constitutionnalisé n’est aucunement faire preuve de xénophobie, comme l’ont affirmé les ténors solidaires dans une accusation si galvaudée qu’elle ne semble plus avoir d’effet. Pas plus que le fait de parler des prisons, des ratés du système pénal, d’un système de soins de santé mixte, de vouloir abolir les commissions scolaires ou de serrer la vis aux assistés sociaux ne constitue, aux yeux de cette partie de la population, une épouvantable hérésie.

Pour son propre bien, la gauche québécoise devra éventuellement cesser de s’indigner et penser sérieusement à élaborer une argumentation solide pour contrer ces propositions : non seulement celles-ci risquent de ne pas disparaître de l’espace public à court ou à moyen terme, elles constituent aussi, ironiquement, l’expression d’une forme d’« option citoyenne » qui n’est pas moins légitime que celle prônée par la gauche.

La seconde de ces réalités dérangeantes fut illustrée par le passage d’un texte publié par Mme David elle-même dans Le Devoir du 13 avril 2005. Parlant des idées néolibérales du gouvernement Charest, elle écrivait ceci : « Elles sont portées par une bonne partie des membres actuels de l’Assemblée nationale de même que par des économistes, des gens d’affaires, des chroniqueurs et des éditorialistes. »

Révélatrice était ici l’omission, consciente ou non, de toute référence à un quelconque appui populaire pour ces mêmes idées. Le vieux stéréotype d’une droite qui ne serait qu’une excroissance des chambres de commerce et des privilégiés ne correspond malheureusement pas à la réalité : il suffit de se promener dans les régions où se fait présentement sentir le vent adéquiste et d’échanger quelque peu avec les sympathisants de ce parti pour le constater. Les exemples abondent à cet égard. Pas plus au Québec qu’ailleurs, le conservatisme n’est que l’expression de la minorité des plus fortunés : certains des endroits les plus pauvres aux États-Unis sont ceux où les majorités républicaines sont les plus considérables, scrutin après scrutin.

Analyse du vote

Par ailleurs, ce stéréotype a ceci d’utile qu’il permet ironiquement d’occulter le soutien on ne peut plus faible des idées de la gauche radicale parmi ces même classes populaires qu’elle prétend représenter.

L’analyse des votes de l’élection partielle dans le comté de Sainte-Marie-Saint-Jacques en avril 2006 l’a démontré : le secteur qui a donné le plus de votes à Québec solidaire a bel et bien été la portion du Plateau Mont-Royal située au nord du comté, et non la portion beaucoup plus pauvre du Centre-Sud qui, elle, a surtout voté pour le Parti québécois. Le fait que le meilleur potentiel électoral de la gauche à Montréal soit situé à Outremont, sur le Plateau Mont-Royal et dans Rosemont plutôt que dans les zones plus pauvres de Verdun, Parc Extension, Montréal-Nord ou Hochelaga-Maisonneuve est à cet égard assez révélateur.

Finalement, les dix années que vient de passer la gauche de la gauche à combattre le PQ n’ont en fait été dommageables que pour l’ensemble de la gauche, pour laquelle les résultats des prochaines élections risquent d’être doublement négatifs.

En premier lieu sera consacrée la minorisation de la gauche radicale et de sa stratégie « tiers partisane » dans un contexte de consolidation des appuis à la droite.

En second lieu, cette stratégie aura eu pour effet d’accentuer l’obsession chronique du PQ de ne pas se laisser dépasser sur sa gauche, quitte à en payer beaucoup plus chèrement le prix auprès de cet électorat francophone centriste et conservateur des régions qui déserte graduellement un mouvement souverainiste dont il n’aime pas le discours, jugé étatiste, prosyndical, progressiste, multiculturaliste et centré sur Montréal. [...]

S’il est vrai que le Québec n’est nullement épargné par cette crise de confiance à l’endroit des élites, crise observable dans de nombreux pays et que Mario Dumont a su mieux que quiconque canaliser, l’aveuglement volontaire devant le phénomène adéquiste doit en toute objectivité cesser. En effet, d’ici là, les réactions médusées d’une certaine élite devant un phénomène pour lequel elle en viendra à manquer d’épithètes méprisantes ne feront que renforcer un mur d’incompréhension collective qui affaiblira le Québec dans son ensemble.

Hubert Villeneuve, Candidat au doctorat en histoire à l’université McGill




Suggérer cet article par courriel

29 novembre

IPSO - dîner-rencontre avec Gilles Duceppe


Financement de Vigile 2009

Le tirage des Fêtes

du 1er novembre au 31 décembre


Vigile sur Facebook

  • Objectif 2009: 20000$
     18325$  92%  
  • Pour contribuer en ligne 
         Nom:
    Courriel:
    Adresse:
       Anonyme
    Montant: $

  • Contributions récentes :
    23/11 Edith Morin: 50$
    21/11 Daniel Verret: 20$
    20/11 Bernard Gilles Grenier: 50$
    20/11 Louis Blanchet: 30$
    18/11 Claude Morin: 50$
    18/11 Annie Autonès: 100$
    18/11 Giselle Chagnon: 25$
    Toutes les contributions
  • Merci beaucoup! -Vigile.net