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Rabaska : sacrifier un site et une population aux intérêts du marché
Gaston Cadrin
Le Devoir (opinions)
mercredi 21 mai 2008


Un article de votre édition du 17 mai, intitulé Gazprom a de grandes ambitions, faisait référence à l’entente conclue la semaine dernière entre le monopole gazier russe et les partenaires du projet de terminal méthanier Rabaska, à Lévis, dont Gaz de France. Les dessous de cette nouvelle économique, c’est que le gouvernement du Québec, avec la complicité de la société d’État Gaz de France et maintenant de Gazprom, a pavé la voie à un projet inadmissible sur le plan de l’aménagement du territoire et de la sécurité des populations.

Le terminal de gaz naturel projeté se situera sur la façade de la vénérable île d’Orléans, le premier arrondissement historique québécois, et dans le chenal étroit de l’entrée maritime orientale de Québec, ville du patrimoine mondial. Est-ce que le gouvernement français accepterait que Gaz de France implante une telle infrastructure gazière sur la devanture du mont Saint-Michel ?

De surcroît, cette annonce de la concrétisation probable du projet survient à l’approche de cette grande commémoration de 400 ans d’implantation francophone en Amérique. Franchement, on ne s’attendait pas à un tel cadeau de la part de nos cousins français, si sensibles et respectueux à l’égard de leur patrimoine historique et naturel ! Mais en cette ère de mondialisation, il semble bien que seule les valeurs monétaires et financières soient privilégiées. Dans le cas présent, permettre à Gazprom et Gaz de France d’accéder au lucratif et insatiable marché étasunien du gaz naturel s’avère la justification première.

Droit à la sécurité

Une autre valeur fondamentale a été bafouée, celle du droit à la sécurité pour les populations sises à proximité d’une telle infrastructure à risques technologiques et comportant, pour un seul méthanier, une charge en énergie équivalant entre 60 et 100 Hiroshima... Ici au Québec, contrairement à la France, il n’existe aucune directive Seveso (directive européenne qui impose aux États de répertorier les sites à risques).

L’analyse de l’évaluation des risques liés à ce projet du consortium Rabaska n’a fait l’objet d’aucune contre-expertise sur le plan de la sécurité maritime ou terrestre. Dans un périmètre de 1,5 km, ce n’est pas une zone industrielle présentement, c’est la verte campagne avec ses 135 familles, dont 60 seront à moins d’un kilomètre du méthanier ou des réservoirs. Qui se préoccupe du principe de précaution ?

Projet insensé

Selon ce que notre organisme, le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM), a pu constater en France lors d’une mission d’étude sur les ports méthaniers en 2005, aucun terminal méthanier français (à Fos-sur-mer ou à Montoir-de-Bretagne) n’a été implanté dans des conditions aussi impertinentes que celles prévues pour le projet Rabaska.

Au Québec, tous les organismes en patrimoine et en environnement ont dénoncé depuis quatre ans ce projet insensé, mais la complicité des instances gouvernementales et des politiciens d’ici a permis d’en banaliser les impacts et de faire fi de la mauvaise localisation de la décharge gazière destinée aux Américains, qui refusent chez eux la plupart des projets de cette nature, même ceux à plus de 10 km des rives.

Ces derniers auront encore plus de raisons de refuser ces infrastructures à risques et à portée des terroristes avec le gaz venant du Nord. Désormais, Gazprom et Gaz de France (par l’intermédiaire de la filiale américaine de SUEZ) pourront remplir leurs caisses pendant que les Québécois récolteront 50 emplois, les risques technologiques et maritimes ainsi que la déstructuration assurée de l’environnement naturel et patrimonial d’un des plus beaux secteurs fluviaux du Québec, situé juste en face de l’île de Félix Leclerc.

***

Gaston Cadrin, Président du Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM)

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