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Mais si les deux partis d’opposition se liguent contre le gouvernement, comme cela semble être le cas, tout fout le camp... et nous risquons à la fois des élections dès juillet.. et un autre budget en septembre. Cela s’appelle la démocratie à l’italienne !
Jean-Robert Sansfaçon
Éditorial - Le Devoir
vendredi 25 mai 2007


Comme il fallait s’y attendre, le premier budget de Monique Jérôme-Forget est décrié par tout ce qui bouge à gauche et dans l’opposition alors qu’il est bien accueilli par les salariés et les milieux d’affaires. Pourtant, l’ADQ aurait dû applaudir à cet exercice de droite et le PQ se réjouir qu’on lui offre si rapidement la chance de renverser le gouvernement. Mais voilà, rien n’est jamais aussi simple, et nous irons peut-être aux urnes cet été...

Un des avantages d’une année électorale, c’est que les contribuables ont droit à deux fois plus de mesures fiscales que d’habitude. C’est le cas du budget présenté hier, qui additionne les mesures contenues dans le budget Audet de mars dernier à celles de Mme Jérôme-Forget, pour un joli total de 53 mesures dont la seule énumération tient en cinq pages. Certaines sont très ciblées (aide aux musées, au cinéma et aux mines, lutte contre les gangs de rue, etc.) mais d’autres visent beaucoup plus large, par exemple l’élimination progressive de la taxe sur le capital des entreprises et la réduction de 950 millions de l’impôt des particuliers l’an prochain.

Mais si les deux partis d’opposition se liguent contre le gouvernement, comme cela semble être le cas, tout fout le camp... et nous risquons à la fois des élections dès juillet.. et un autre budget en septembre. Cela s’appelle la démocratie à l’italienne !

En attendant la suite, revenons au document présenté hier. Audet et Jérôme-Forget réunis, ces deux budgets respectent grosso modo l’engagement du Parti libéral, auquel on a tant reproché de ne pas avoir baissé les impôts au cours de son premier mandat. Si M. Charest se retrouve en campagne bientôt, on voit mal comment les candidats adéquistes pourront l’attaquer sur ce terrain.

D’ailleurs, il est pour le moins curieux que l’ADQ s’oppose de façon aussi catégorique à ce budget taillé sur mesure pour lui plaire. À moins que ce ne soit pour plaire aux électeurs adéquistes et non aux élus ? Or, en s’opposant au budget, l’ADQ va précipiter des élections et devoir expliquer pourquoi elle aurait choisi de réduire la dette au lieu des impôts. Comment réagira l’électeur adéquiste à un tel argument, lui qu’on dit plutôt serré dans ses finances et hostile aux impôts ? Et la nomination de Claude Castonguay, ardent défenseur du privé en santé, à la tête d’un comité d’étude sur l’avenir du système, comment faire campagne contre une telle mesure revendiquée depuis des mois par l’ADQ ?

En fait, ceux qui auront le plus de facilité à expliquer leur opposition radicale au budget de Mme Jérôme-Forget devant leurs électeurs, ce sont les péquistes, qui prétendent depuis longtemps que Québec n’a pas les moyens de se priver de cet argent alors que nos grands réseaux de services sont toujours en difficulté. Mais là encore, à 6 % d’augmentation des dépenses pour la santé et à 5 % pour l’éducation, quel serait l’objectif d’un gouvernement péquiste ?, se feront demander les candidats du PQ.

Depuis le temps que les Québécois se font casser les oreilles avec des baisses d’impôt qui ne viennent jamais, il ne fait aucun doute que ce gouvernement minoritaire n’avait pas le choix : il se devait de passer à l’action. Mais pourquoi ne pas avoir coupé la poire en deux, comme plusieurs le lui suggéraient ?

Par ce budget osé dans un contexte de gouvernement minoritaire, les libéraux de Jean Charest ont voulu forcer le jeu en pariant sur le fait que le Parti québécois ne pouvait pas tenir d’élections cet été. Si on se fie aux derniers développements, ils se sont trompés. M. Charest acceptera-t-il d’amender son budget pour répondre à certaines demandes de l’opposition ou prendra-t-il le risque d’un scrutin en juillet ? Et l’opposition, de son côté, comment s’y prendra-t-elle pour convaincre les électeurs qu’il est urgent de retourner aux urnes... pour refuser des baisses d’impôt d’un milliard ?

j-rsansfacon@ledevoir.com

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