« Je ne veux pas me survivre juste pour moi-même. Je sais trop que si le génie existe, il n’a rien à voir avec l’individu, mais tout à voir avec la société qui le porte et qu’il porte. » Victor-Lévy Beaulieu

Qui a raison : Marois ou Parizeau ?

Le Soleil
lundi 9 juillet 2007

À la mi-juin, le Syndicat de la fonction publique du Québec a organisé un colloque portant sur le rôle de l’État et sa fonction publique. Jacques Parizeau, ancien premier ministre du Québec, a livré la conférence de fermeture. Fidèle à son habitude, l’ex-chef d’État a rappelé l’urgence de faire l’indépendance du Québec face au phénomène de la mondialisation : éventuellement, sans doute très rapidement, le Québec devra cesser de vivre entre deux eaux, de cesser de dire non à tout. Le Québec devra, selon les dires de l’ancien chef péquiste, se brancher : ou bien le Québec se la ferme et reste une province comme les autres dans le grand ensemble canadien, ou bien il devient responsable et opte pour son indépendance nationale. Pour Parizeau, il est urgent de choisir la deuxième option. Le débat doit se clore rapidement.

À peine une quinzaine de jours plus tard, les péquistes participaient au sacre de Pauline Marois, septième chef du parti depuis sa fondation en 1968 par René Lévesque. Seul Jacques Parizeau l’indépendantiste, était présent au couronnement. Les Pierre-Marc Johnson (affirmationniste), Lucien Bouchard et Bernard Landry (confédératlistes), André Boisclair (?) brillaient par leur absence. À chacun de trouver son explication.

La thèse et l’antithèse...

Les propos tenus ce soir-là par le nouveau chef du PQ allèrent carrément à l’encontre de la thèse de celui qui fût (sic) le maître d’oeuvre du plébiscite de 1995. « On ne parlera plus de la date, de l’heure (du prochain référendum), c’est trop précieux pour traiter cela comme une mécanique. Nous prendrons le temps qu’il faut pour faire progresser cette idée de pays. » « On ne fait pas un pays tout seul, on le fait avec le peuple. » « Il faut se faire confiance. Il faut questionner nos certitudes, moderniser notre conception de la social-démocratie. Certains ne s’y reconnaissent plus. » Il faut cesser d’avoir peur, il faut être lucides et solidaires. « Le Parti québécois doit redevenir le parti des Québécois et des Québécoises. » Etc. etc. etc.

En point de presse, le nouveau chef du PQ est allé jusqu’à dire que le « temps qu’il faudra pour faire le pays » pourra prendre jusqu’à trois ou quatre mandats avant que la population soit à nouveau consultée sur la question.

Le temps qu’il faut ?

Jacques Parizeau dit qu’il est urgent de faire l’indépendance et qu’il faut remettre en branle des mécanismes pour y arriver. Pauline Marois dit exactement le contraire. Il faut écouter le peuple qu’on n’a pas suffisamment écouté. Il faut prendre son temps. Beaucoup de temps. Enfin le temps qu’il faut pour que le rêve disparaisse avec la disparition des premiers combattants.

Pauline dit tout cela devant Parizeau et celui-ci ne bronche pas. Elle dit cela devant des militants qui l’avaient rejetée il y a à peine dix-huit mois et ceux-ci l’applaudissent à tout rompre. Elle dit le contraire du seul chef indépendantiste du Québec et la foule, béatement, applaudit à la fois le vieux routier et la nouvelle reine fraîchement couronnée. Que celui qui comprend m’explique !

La lecture des événements nous amène à poser un certain nombre de questions pratiques. Dans le contexte présent, la thèse de Parizeau est-elle plus logique que celle de Marois ? Comment expliquer que celui-ci n’ait rien dit depuis les déclarations autonomistes du nouveau leader du parti de René Lévesque ? Le nouveau credo imposé par Marois fera-t-il l’unanimité au sein des militants du parti, lors du prochain Conseil national ?

Une bataille aussi éloignée dans le temps

Si tel est le cas, le parti ne sera-t-il pas maintenant sous la tutelle d’une seule personne et l’écoute du peuple que propose le nouveau chef n’en prend-il pas pour son rhume avant même d’être mis en application sur le terrain ? Est-il possible de motiver des militants en leur proposant un objectif aussi éloigné dans le temps ? Une armée en attente d’une bataille aussi éloignée ne risque-t-elle pas de sombrer dans la démotivation ?

Et à quoi peut bien servir le Bloc québécois à Ottawa, lui qui avait été créé exclusivement pour le plébiscite de 1995 et qui traîne toujours ses savates dans le Parlement qu’il veut quitter ? Peut-il encore logiquement se présenter trois ou quatre mandats comme étant le meilleur défenseur des intérêts du Québec ? Le Bloc peut-il dire à son électorat qu’il se prépare à être à la barre vers 2012 ou 2015 pour le prochain rendez-vous référendaire ?

Le parti d’un seul homme, René Lévesque ?

Le silence de Parizeau, dans les circonstances, pose questions. La présence de son épouse dans le nouveau caucus péquiste en est-il la cause ? A-t-il compris que le parti qu’il a dirigé est irrémédiablement voué à s’éteindre et qu’il ne veut plus dépenser d’énergie à défendre ce que d’autres sont en train de détruire devant lui ? Bref, il semble bien que le Parti québécois aura été le parti de René Lévesque. Tout comme la défunte Union nationale aura été le parti de Maurice Duplessis.

Pauline a réalisé son rêve. Elle est le chef. Mais chef de qui et de quoi ? Son parti se vide de jour en jour de sa substance. Elle veut, pour reconquérir le pouvoir emprunter les voies autonomistes. Dommage, le terrain est occupé par quelqu’un d’autre. Et les indépendantistes qui restent encore au parti par attachement comment se sentent-ils ? Leur profond silence à de quoi étonner. Pas étonnant que se profile à l’horizon la fondation d’un parti qui n’aura d’autres objectifs immédiats que de bâtir le pays du Québec.

C’est ainsi que ce peuple réécrit sa petite histoire, sans cesse incapable de comprendre sa grande histoire et de générer des leaders aux visées politiques claires et déterminées.

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PQ - Pauline : gouverner mais encore ?....

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