Traduction d’une lettre à l’éditeur soumise au National Post en réponse à l’article polémique de Barbara Kay en date du mercredi 22octobre 2008 sous le titre de Quebec’s grand illusion.
Du point de vue québécois, il est toujours effarant de constater qu’on puisse dépenser tant d’énergie à « démontrer » l’état insignifiant de notre société distincte et en même temps accroître le efforts pour la diffamer. S’acharner sur l’adversaire au sol on appelle ça en français le coup de pied de l’âne !
Pour frapper là où ça fait mal, on truffe le style de phrases lapidaires : « Le dogme de la collectivité a toujours dominé au Québec, (en des « vérités révélées) : le dirigisme québécois de l’oligarchie État/Syndicat aurait produit l’équité sociale sans coût apparent ».
Où peut-on vivre sur cette terre pour proférer sérieusement tant de lieux communs ? Des dogmes ! État oligarchique… mais en comparaison avec quoi ?… quand on pense à une telle variété d’options politiques chez-nous : fédéralisme, indépendance nationale, autonomie, authentique confédération… Dirigisme ! Équité sociale providence !
« Le Québec est un flop économique mais la plupart des Québécois ne le savent pas. »
Est-ce que nous le savons ? Nous le savons tellement que nous n’oublions jamais quelle en est la cause ! Bien sûr, l’Institut Fraser (basé à Vancouver) ne nous a pas caché notre position de queue de peloton en Amérique du Nord pour le P.I.B. Mais cette réalité ne trônait pas à la UNE dans les médias Gesca-Desmarais, qui ne sont pas particulièrement « inféodés au Modèle Québécois ». Si justement la nouvelle avait filtré jusqu’aux Québécois moyens, ils auraient tous voulu sortir aussitôt de cette « autre solitude » toujours prête, à travers sa fédération dominante, à délocaliser leurs industries, leur finance, leurs grands médias, leurs services fédéraux, leur besoins spécifiques pour la culture et la langue, en somme, leur éducation supérieure, qui traîne continuellement de l’arrière depuis les temps coloniaux britanniques.
Il est bizarre aussi que cet « oligarchique État-Syndicat » ait pu donner naissance à une équipe de militants ADQ(conservateurs) devenus documentaristes amateurs « vénérant le Modèle Québécois » pour produire « L’illusion tranquille »(J. Marcotte/D.Julien), qui fait aujourd’hui saliver les Quebec-bashers : Bien sûr, « le nombre de ses spectateurs va s’accroître sensiblement grâce à cette nouvelle version anglaise » aussi produite, à notre grand « étonnement » avec l’aide de « l’indépendant » Institut Fraser.
Parmi les énoncés grinçants de l’article de Kay : « Si les choix politiques du Québec vous irritent ou vous déconcertent -ou si par errerur vour croyez que le Québec livre sa justice sociale sans frais cachés- voyez ce très révélateur DVD… voyez-le pour traverser le mur du silence formé par les médias francophones majeurs pour protéger leur audience de la critique du sacrosaint Modèle Québécois. »
Encore une fois, quiconque comprend bien le français, lorsqu’il écoute le Téléjournal de la Société Radio-Canada entendra au contraire des « mainstream media » de la propagande canadian visant à la canadianisation rapide de la toujours résistante civilisation française en Amérique. Dans cette épuisante tâche de « survivre » contre vents et marées dans une fédération qui nous a toujours été imposée, même en 1982 par Trudeau, c’était bien le moins que puisse faire notre Nation que d’ériger en attrayant modèle économique ce Modèle Québécois sans qu’il ne doive mériter l’envie ou le mépris de la part de la nation dominant le capital dans ce pays.
On a rarement vu une minorité représenter une telle menace à un groupe majoritaire de citoyens. En proférant une énormité comme : « Aucun Québécois n’échappe à l’excommunication pour cause d’apostasie » (Lucien décrié pour retournement de veste) on suggère peut-être qu’il n’en serait pas de même si un jour Harper, convaincu par ses propres sérénades à Québec en campagne électorale, décidait de traverser le plancher de la Chambre des communes pour se joindre au Bloc de Duceppe.
Vocabulaire ou style trop enflé finit par enlever l’effet à la diffamation : « L’élément le plus encourageant de « L’illusion tranquille » est le gros bon sens émanant du cercle des jeunes étudiants conservateurs québécois interviewés qui se dissocient de façon articulée et confiante des étranglements paralysants des dogmes du Modèle Québécois… »
Il sera toujours renversant de faire face à cette réelle haine contre tout ce qui s’approche du mot FRANÇAIS ! (depuis Lord Durham qui voulut élever notre rang social par l’assimilation anglaise). L’été dernier, la ville de Québec culminait dans les célébrations du 400ième anniversaire de la présence française en Amérique. Au lieu de célébrer la « survivante » Nation française toujours présente le long du fleuve Saint-Laurent, en mettant en vedette ses représentants politiques, sociaux, artistiques, le Premier Ministre Harper utilisa plutôt comme figure de proue la Gouverneure Générale, représentante directe de la Reine d’Angleterre, cette monarchie même qui a battu par la ruse les Français, là-même, à Québec, il y a 250ans ! Et pour nous provoquer encore un peu plus, il y a quelques jours, toujours à Québec, à l’occasion du XIIième Sommet de la Francophonie, la même équipe de conquérants marchait sur le bout des souliers du Premier ministre du Québec pour accueillir un nouveau complice unificateur du Canada, le Président de la France.
Quel mal y aurait-il à s’ennorgueillir à la face du Monde du fait que le Canada fut le pays où naquit et continue de s’épanouir l’unique nation d’expression française en Amérique ? Il suffirait de peu pour réconcilier les deux nations dans le même pays : simplement le RESPECT.
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
