On entend parfois sur Vigile de bien étranges commentaires sur les causes de la démission de Bernard Landry et sur son éventuel retour. Avant d’aller aux causes de l’échec de Landry, rappelons les faits. Lors du vote de confiance au congrès 2005, Bernard Landry, chef du Parti québécois, avait fixé à 80 % les appuis nécessaires à son maintien en poste. Dans un grand parti politique nord-américain, plus souvent qu’autrement le résultat de coalitions, on considère plutôt les deux-tiers (66 %) comme niveau d’appui minimum pour un chef. Pourquoi fixer un objectif aussi haut ? Mystère et boule de gomme ; il y a beaucoup de spéculation là-dessus, je donnerai mon opinion plus loin. Mais c’est ce que réclamait Bernard Landry. Il a témoigné alors d’une grande confiance au PQ, qui ne lui a pas retourné la politesse. À plus de 75 %, il avait toutefois l’appui d’une vaste majorité de péquistes. Il aurait dû s’en contenter en prenant acte de l’échec d’un éternel optimiste, voire d’un incorrigible naïf. Décevant les trois-quarts des membres présents, contre toute attente, agissant comme un enfant gâté, coup de théâtre, il démissionne sur-le-champ. Des rumeurs font état depuis d’un coup de poignard dans le dos envoyé par Mme Marois. Examinons donc les raisons qu’on peut connaître.
La nomination de Landry comme Premier ministre
À la suite de la démission de Lucien Bouchard en 2001, tous s’attendaient à une course au leadership au PQ. Messieurs Landry et Legault et Madame Marois étaient pressentis ou se pressentaient comme candidats. Mais surprise, nonobstant leur entente entre eux (Mme Marois incluse) Legault et Landry s’entendent pour ne pas tenir de course au leadership, et désignent Landry Premier ministre. Brillant exercice, mais bien peu démocratique, et qui n’a pas plu à tout le monde, et pas rien qu’à Pauline Marois ! Cette façon pour le moins inélégante a incité notre cher Bernard à solliciter un vote de confiance sans aucune équivoque. Remarquez que Pierre Cloutier, notre avocat de service, n’est pas entré en transe devant un tel comportement, il ne s’est pas lancé en imprécations, jurons, malédictions. Imaginez si Pauline Marois avait fait le dixième de ça ! Mais ce n’est pas tout.
La politique linguistique
Au congrès même, Bernard Landry s’est opposé à l’extension de la Loi 101 aux Cégeps. Il a depuis changé d’idée, mais en sollicitant un appui à 80 %, il n’avait pas les moyens de s’opposer ainsi à une politique linguistique légitime, logique et cohérente, surtout pas au PQ. Trop d’indices pointaient vers une anglicisation par les Collèges pour se contenter d’arguments d’apeuré pour renoncer à y appliquer la Loi 101. C’était une autre grave erreur de Landry.
Le ministre des finances
Le PQ sortait de six ans de Lucien Bouchard et du désert politique de ses mandats. La mesure la plus intéressante de cette triste époque est l’œuvre de Pauline Marois, il s’agit des garderies à cinq dollars. Cette mesure a résisté aux assauts des libéraux et des adéquistes, elle devait avoir du bon. De plus, rappelons qu’au moment où les libéraux de Jean Chrétien dépensaient sans compter et sans trop réfléchir pour faire la promotion du Canada, ni Bouchard ni Landry n’ont trouvé un traître sou pour parler d’indépendance. Bouchard et Landry affrontaient alors en un combat homérique, colossal, inimaginable, digne du Capitaine Bonhomme, rien de moins que le déficit de la province. Landry a même déjà annoncé l’atteinte du déficit zéro, le nirvana des conservateurs de la planète. (Devenu lucide plus tard, Lucien Bouchard a calculé un nouveau déficit qu’il a présenté comme bien pire que tous les précédents. J’attends encore les correctifs de M. Landry, en lui soumettant qu’en ne répondant pas, il donne raison à Bouchard. Mais ce bout est une autre histoire). Associé à ce qui était alors probablement le pire gouvernement de la province dans son histoire récente, même Duplessis avait fait mieux, Landry avait sans doute besoin de montrer un appui sans faille de son parti à la population.
La campagne 2003
Lors de la campagne 2003, au débat des chefs et après, Landry n’a pas su répondre à Jean Charest lorsque ce dernier l’a attaqué en prétextant une déclaration de Jacques Parizeau. Audi alteram partem, ce n’était pas fort comme appui à Jacques Parizeau. C’est beau le latin devant un juge ou dans un Astérix, mais en campagne électorale, il faut être meilleur communicateur que ça. C’est cette pelure de banane qui a entraîné sa défaite. Il n’a pas alors fait la preuve qu’il avait assez d’échine pour venir à bout de Jean Charest.
La nomination comme chef du PQ
De même, en renonçant à la démocratie pour se faire nommer chef, Bernard Landry s’est aliéné des péquistes. Pas qu’ils appuyaient Mme Marois nécessairement, encore que les partisans de Mme Marois avaient bien raison d’être en colère. Mais aussi tous ceux qui croient qu’une campagne à la chefferie aurait été un bon moment pour faire le maigre bilan des années Bouchard, et surtout pour se creuser les méninges pour nous présenter une vision du pays. La saison des idées n’a été qu’un insignifiant succédané à une campagne à la chefferie, elle a abouti à un programme 2005 que le pauvre André Boisclair a traîné comme un boulet et qui a failli rayer le PQ de la carte politique du Québec.
Dans les conditions que je viens de décrire, fixer la barre à 80% était déjà périlleux, très périlleux, avec ou sans Mme Marois comme meneuse de claques pour Bernard. Je suis loin d’être convaincu que même avec l’appui de Mme Marois, il y serait arrivé, il avait trop gaffé. Mais il a mis la cerise sur le sunday en démissionnant comme il l’a fait. Non seulement a-t-il irrité ses supporteurs en agissant comme un enfant gâté, non seulement a-t-il montré alors à toute la province son manque de caractère, mais il a précipité son parti dans une crise de leadership dont il ne se sort pas.
En tout respect, je crois que M. Landry a causé son propre malheur et qu’il fait plus partie des problèmes du PQ que des solutions. Il serait bien mieux de rester chez lui. Il a fait assez de dommages pour rester à la retraite et assez de bons coups en plus de trente ans de vie politique pour croire qu’il l’a bien méritée.

