L’impact des nouvelles technologies de communications sur l’industrie des sondages politiques engendre une question très importante pourtant jamais soulevée par aucun commentateur de la vie publique.
Elle ne l’est pas, à mon avis, car l’influence qu’exercent ces sondages sur l’imagination collective est encore efficace et satisfaisante pour ceux qui les manipulent. La technique rapporte encore des fruits. Ils constituent donc encore une des armes les plus puissantes de l’arsenal de nos adversaires déployées sur le champ de bataille électoral. Pour atteindre leurs fins, ils les utilisent avec une dextérité virtuose. Nous n’avons qu’à admirer les dégâts considérables et peut-être même irréparables, causés lors du vote des dernières élections fédérales du 2 mai 2012.
Cependant, à l’ombre de tous les regards indiscrets, cette industrie doit dorénavant composer avec une grave crise méthodologique qu’elle se garde bien d’évoquer au grand jour.
À la belle époque, la technique utilisée était d’une simplicité élémentaire. On dressait des listes de répondants à partir d’un bon vieux botin téléphonique. Il était très facile d’établir ainsi un échantillon représentatif de la population générale en fractionnant les différents milieux socio-communautaires et de les contacter par téléphone, le même type d’appareil pour tout le monde, pour se faire une idée de l’humeur du moment.
Les problème actuel, qui ira toujours en s’aggravant pour les maisons de sondages, est que les gens n’utilisent plus uniquement le « téléphone classique branché au mur » pour communiquer. Ils utilisent maintenant les technologies suivantes :
1. téléphonie cellulaire
S’ils ne sont pas majoritaires, ces utilisateurs forment un très grand segment de la population actuelle. Il n’existe aucun bottin réel ou virtuel pour les joindre, les sondeurs ne peuvent donc pas communiquer avec eux aussi facilement qu’ils le voudraient.
De plus, certains de ces utilisateurs paient leur service à la minute. Il est alors aisé de comprendre que les appels non-sollicités sont accueillis avec aigreur et que la communication serait interrompue au bout de quelques secondes si un sondeur s’aventurait à tenter l’expérience. Il est donc impossible de sonder pendant 10 minutes quelqu’un muni de ce type d’appareil.
2. courriels
Les gens qui disposent d’une connexion internet à domicile envoient des courriels pour communiquer entre eux en se servant d’une adresse de courriel. Aucun registre public, document, site web ou bottin ne recense ces individus, ils ne peuvent donc pas eux non plus être rejoints au hasard.
3. téléphones intelligents
L’apparition de ces appareils est venue gravement empirer le problème. Ces dispositifs permettent aux usagers d’envoyer des courriels, de cours messages-textes, de naviguer sur internet, d’écouter de la musique à partir d’une banque équivalent à un magasin de disques au complet, de visionner des films, de jouer à des jeux-vidéo et de faire des appels téléphoniques. Ces utilisateurs font partie du segment le plus évolué technologiquement de la société. Au train où les ventes de ce genre d’appareils s’effectuent à travers la planète, ce moyen de communication devrait être utilisé par une majorité d’entre nous sous peu. Encore une fois, il n’existe aucun répertoire regroupant les coordonnées de ces individus, impossible donc pour les maisons de sondages de dresser des listes d’appels pour les contacter.
4. téléphonie classique « branchée dans le mur »
Ce groupe social comporte les éléments les plus conservateurs, vieillissants, réfractaires au changement et rétrogrades de notre société. Ils sont les seuls à être rejoignables par n’importe qui grâce à l’apport du bottin téléphonique de Bell canada, compagnie qui n’a jamais fait grand cas de la confidentialité de qui que ce soit (à part ceux qui sont prêts à payer des frais additionnels pour préserver leur anonymat).
Nous apprenons de nos jours que les sondages contemporains sont réalisés à partir de réponses données sur l’internet. Comment et sur quels critères de sélection sont établies les listes de répondants ? C’est moins clair, c’est plus nébuleux. La question est subtilement esquivée par nos médias de masse dit d’« information ». On nous invite à aller trouver ces précisions sur le site internet du sondeur en espérant qu’on s’y perde, mais qui le ferait ?
Le processus est désormais vicié, l’industrie du sondage politique n’est plus en mesure d’établir de prédictions fiables. Le tout repose désormais sur l’influence que ce sondages exercent sur l’opinion publique. L’influence est maintenant plus importante à cause du faible degré de politisation de la majorité de la population. Cette dernière est dupe du stratagème, ne réalisant tout simplement pas la situation dans laquelle est désormais plongée cette industrie. Le tout est soigneusement camouflé par nos médias complices du pouvoir qu’elles servent.
DF


