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Question de sondages
Dominique Frappier
Chronique de Dominique Frappier
mardi 7 février 2012      533 visites      3 messages


L’impact des nouvelles technologies de communications sur l’industrie des sondages politiques engendre une question très importante pourtant jamais soulevée par aucun commentateur de la vie publique.

Elle ne l’est pas, à mon avis, car l’influence qu’exercent ces sondages sur l’imagination collective est encore efficace et satisfaisante pour ceux qui les manipulent. La technique rapporte encore des fruits. Ils constituent donc encore une des armes les plus puissantes de l’arsenal de nos adversaires déployées sur le champ de bataille électoral. Pour atteindre leurs fins, ils les utilisent avec une dextérité virtuose. Nous n’avons qu’à admirer les dégâts considérables et peut-être même irréparables, causés lors du vote des dernières élections fédérales du 2 mai 2012.

Cependant, à l’ombre de tous les regards indiscrets, cette industrie doit dorénavant composer avec une grave crise méthodologique qu’elle se garde bien d’évoquer au grand jour.

À la belle époque, la technique utilisée était d’une simplicité élémentaire. On dressait des listes de répondants à partir d’un bon vieux botin téléphonique. Il était très facile d’établir ainsi un échantillon représentatif de la population générale en fractionnant les différents milieux socio-communautaires et de les contacter par téléphone, le même type d’appareil pour tout le monde, pour se faire une idée de l’humeur du moment.

Les problème actuel, qui ira toujours en s’aggravant pour les maisons de sondages, est que les gens n’utilisent plus uniquement le « téléphone classique branché au mur » pour communiquer. Ils utilisent maintenant les technologies suivantes :

1. téléphonie cellulaire

S’ils ne sont pas majoritaires, ces utilisateurs forment un très grand segment de la population actuelle. Il n’existe aucun bottin réel ou virtuel pour les joindre, les sondeurs ne peuvent donc pas communiquer avec eux aussi facilement qu’ils le voudraient.

De plus, certains de ces utilisateurs paient leur service à la minute. Il est alors aisé de comprendre que les appels non-sollicités sont accueillis avec aigreur et que la communication serait interrompue au bout de quelques secondes si un sondeur s’aventurait à tenter l’expérience. Il est donc impossible de sonder pendant 10 minutes quelqu’un muni de ce type d’appareil.

2. courriels

Les gens qui disposent d’une connexion internet à domicile envoient des courriels pour communiquer entre eux en se servant d’une adresse de courriel. Aucun registre public, document, site web ou bottin ne recense ces individus, ils ne peuvent donc pas eux non plus être rejoints au hasard.

3. téléphones intelligents

L’apparition de ces appareils est venue gravement empirer le problème. Ces dispositifs permettent aux usagers d’envoyer des courriels, de cours messages-textes, de naviguer sur internet, d’écouter de la musique à partir d’une banque équivalent à un magasin de disques au complet, de visionner des films, de jouer à des jeux-vidéo et de faire des appels téléphoniques. Ces utilisateurs font partie du segment le plus évolué technologiquement de la société. Au train où les ventes de ce genre d’appareils s’effectuent à travers la planète, ce moyen de communication devrait être utilisé par une majorité d’entre nous sous peu. Encore une fois, il n’existe aucun répertoire regroupant les coordonnées de ces individus, impossible donc pour les maisons de sondages de dresser des listes d’appels pour les contacter.

4. téléphonie classique « branchée dans le mur »

Ce groupe social comporte les éléments les plus conservateurs, vieillissants, réfractaires au changement et rétrogrades de notre société. Ils sont les seuls à être rejoignables par n’importe qui grâce à l’apport du bottin téléphonique de Bell canada, compagnie qui n’a jamais fait grand cas de la confidentialité de qui que ce soit (à part ceux qui sont prêts à payer des frais additionnels pour préserver leur anonymat).

Nous apprenons de nos jours que les sondages contemporains sont réalisés à partir de réponses données sur l’internet. Comment et sur quels critères de sélection sont établies les listes de répondants ? C’est moins clair, c’est plus nébuleux. La question est subtilement esquivée par nos médias de masse dit d’« information ». On nous invite à aller trouver ces précisions sur le site internet du sondeur en espérant qu’on s’y perde, mais qui le ferait ?

Le processus est désormais vicié, l’industrie du sondage politique n’est plus en mesure d’établir de prédictions fiables. Le tout repose désormais sur l’influence que ce sondages exercent sur l’opinion publique. L’influence est maintenant plus importante à cause du faible degré de politisation de la majorité de la population. Cette dernière est dupe du stratagème, ne réalisant tout simplement pas la situation dans laquelle est désormais plongée cette industrie. Le tout est soigneusement camouflé par nos médias complices du pouvoir qu’elles servent.

DF




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Vos commentaires:
  • Question de sondages
    8 février 2012, par Ghislaine Bussiere

    C’est très dommageable pour la démocratie ce qu’ils peuvent
    faire.Nous avons juste à regarder les résultats
    du 2 mai dernier


  • Question de sondages
    8 février 2012, par Jean-Jacques Nantel, ing.

    Bravo pour cette analyse limpide des défauts à base technologique des sondages modernes ; défauts qui vont en s’amplifiant comme vous le notez si bien.

    À ces défauts s’ajoutent ceux dont les maisons de sondages ont toujours souffert. Je pense notamment aux problèmes causés par le libellé des questions posées. En effet, comme la population est instruite et a une opinion extrêmement sophistiquée sur une foule de sujets, ses réponses à une question peuvent paraître en contradiction avec d’autres réponses données à d’autres questions du même sondage. C’est l’origine des étonnantes contradictions que révèlent par exemple tous les sondages sur les sentiments des Québécois au sujet de la dispute Québec-Canada. Par exemple, ils se disent souverainistes et québécois d’abord, mais ils sont quand même fiers d’être canadiens. Dans de tels cas, les sondés répondent simplement aux questions posées, mais sans avoir la possibilité d’élaborer.

    Dans le cas d’une question référendaire, le temps de réflexion est si long que le libellé de la question perd toute importance ; ce qui est loin d’être le cas avec un sondage auquel on nous demande de répondre sur l’instant.

    Quant aux effets des sondages sur l’opinion publique, il serait exagéré de dire qu’ils peuvent modeler l’opinion. Les gens ne sont pas si bêtes que ça tout de même. Au pire, les sondages peuvent amplifier des glissements qui sont déjà en train de se produire dans la population, mais sans plus.

    Ajoutons que les maisons de sondages n’ont pas intérêt à manipuler leurs résultats puisque leur réputation et leurs revenus dépendent de la fiabilité de leurs prédictions. Il ne faut pas oublier en effet qu’une énorme partie de leurs revenus proviennent de sondages de nature non politique (marketing, etc).

    Jean-Jacques Nantel, ing.


  • Question de sondages
    8 février 2012, par Bruno Deshaies

    CHANGER EST DIFFICILE.

    2012-02-08, par Bruno Deshaies

    « Le tout repose désormais sur l’influence que ces sondages exercent sur l’opinion publique. » (Dominique Frappier)

    Je félicite Dominique Frappier d’attirer l’attention des indépendantistes sur les écueils technologiques portant sur les sondages téléphoniques dus aux nouvelles technologies de communication. La démonstration est tangible.

    Mais en plus, j’ajouterais une remarque sur les principales conditions de la technique de sondage.

    Cette technique d’observation mesurée oblige :

    1. sur le plan statistique, à définir une population, à sélectionner un échantillon et à s’assurer de sa représentativité ;
    2. sur le plan du contenu, à déterminer l’objet d’observation à mesurer, les indicateurs susceptibles de caractériser cet objet et le nombre et le type de questions à poser ;
    3. sur le plan de moyens, à formuler des questions précises et claires, à déterminer le type de réponses appropriées et à choisir la forme d’entrevue le plus adaptée aux circonstances (le cas échant).
    (Réf. : Bruno Deshaies, Méthodologie de la recherche en sciences humaines, Montréal, Édition La Chenelière/Beauchemin, 1992, p. 280-287.)

    La technique du questionnaire par le biais de l’entrevue téléphonique n’échappe pas à toutes ces exigences. On pourrait dire que le sondage type « gallup » n’offre qu’un instantané d’une situation dans sa simplification la plus rudimentaire.

    Encore une fois, la même phrase de Jules Michelet trotte dans ma tête : « Celui qui veut s’en tenir au présent, à l’actuel, ne comprendra pas l’actuel. »

    Ce ne sont pas les sondeurs qui viennent à la télévision nous donner des interprétations historiques sur l’instantané qui vont m’impressionner. Le poids de l’histoire, la complexité des réactions de société sont imprévisibles si « les forces profondes » sur lesquelles l’historien Pierre Renouvin insistait dans son analyse de l’histoire.

    Pour sa part, Maurice Séguin a traduit cette idée en des termes différents qui expriment la même réalité. Voici ce qu’il disait : « L’histoire des structures est aussi légitime que l’histoire événementielle. » Concrètement, il s’agit de la « Sociologie du national » et de la « Grande histoire » − celle des phénomènes primordiaux « de tout premier ordre » de la VIE des sociétés.

    En ce moment, nous sommes très loin de cette approche de l’histoire dans tous les milieux qui se préoccupent, soi-disant, d’une vision de l’avenir du Québec. Nous vivons dans le monde de la politique-domaine-des-rivalités. Un cercle vicieux.

    Un survol du monde médiatique institutionnalisé ou des réseaux sociaux nous conduit à penser que ce monde vit dans l’immédiateté. Un point, c’est tout. J’aime ! avec une grosse main le pouce en l’air. Complètement débile !

    La révolution indépendantiste ne se fera pas sur cette lancée. Changer est difficile.









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