Quelqu’un a entendu la réponse de Parizeau, ce matin, à la radio de la SRC ? Limpide, comme d’habitude. Non seulement limpide, mais bien argumentée, structurée, faits à l’appui. Bouchard peut aller se rhabiller, l’économie, ce n’est de toute évidence pas sa force.
Parizeau donne un petit cours accéléré de l’histoire économique du Québec. Il passe en revue rapidement l’époque de Duplessis (pas de dette, mais pas d’autoroutes, pas d’écoles, une très faible scolarisation des Québécois, pas d’hôpitaux, etc...), le rattrapage qu’a été la Révolution tranquille, le rôle des baby-boomers (et aussi de leurs parents) dans l’économie.
Il met en évidence le fait que toute cette restructuration du Québec de l’époque a été réalisée par des fédéralistes autonomistes et par des souverainistes. On voulait avoir une société à notre image, et on y a investi ce qu’il fallait. Les souverainistes ont évidemment construit en ayant un pays en tête, donc y ont ajouté quelques institutions.
Or, nous sommes à la croisée des chemins aujourd’hui. Soit on redevient une province comme les autres : c’est le discours sur la dette et la compétitivité, qui nous compare désavantageusement aux autres, et vise à nous faire entrer dans le rang. Soit on devient un pays, et on s’organise en conséquence, avec les institutions requises pour faire un pays, et qui nécessitent des dépenses. Demeurer entre les deux, comme on le fait actuellement, occasionne une forte pression, et c’est ce que nous vivons. Nous devons choisir, et ça presse.
Il a abordé la question de la productivité, et il en a précisé la définition (ce qu’aurait dû faire Bouchard, à mon avis, mais peut-être que ses notions d’économie ne le lui ont pas permis). Il a clairement dit que le problème de la productivité est bien réel, et qu’il ne porte pas sur les heures travaillées par les individus, mais plutôt sur le piètre état de l’équipement des entreprises, donc sur leur capacité à produire. L’État québécois (donc nos impôts) pourrait se consacrer à les aider sur cet aspect, dit-il. (Ici, je précise que je pense qu’il y a beaucoup à faire avant d’aider des entreprises qui se délocalisent trop facilement, mais ce n’est que mon avis de citoyenne, pas économiste pour deux sous. Mais avant d’arriver à cette étape, il faut faire l’indépendance).
Il a également dit quelque chose d’essentiel, que tous les indépendantistes doivent retenir : cet argument sur la dette, que l’on nous sert si souvent depuis les dernières années, et qui vise avant tout à saper la confiance des Québécois en leurs capacités, sera l’élément central de la campagne fédéraliste contre la souveraineté.
Est-il surprenant d’entendre Bouchard et Boisclair s’en prévaloir ?
Bouchard a souvent collaboré avec les fédéralistes, on ne s’en surprendra guère. Quant à Boisclair, il a déjà choisi son camp dans cette affaire : sa carrière de chef d’un pseudo parti souverainiste commence mal...
En tout cas, laissez-moi vous dire qu’encore une fois, j’ai été prise de nostalgie lorsque j’ai entendu M. Parizeau, ce matin : vision claire du chemin à prendre, propos clairs, respect des Québécois et de leurs réalisations passées, foi en leurs capacités, sens de l’histoire, bref des qualités que l’on ne retrouve plus.
Pas surprenant que comme chef, M. Parizeau ait toujours recueilli un pourcentage élevé de confiance chez ses militants. S’il a été contesté, ce fut par des gens dont on sait mieux aujourd’hui le rôle trouble qu’ils ont joué dans l’histoire : Claude Morin et son ami Charron, et tous les autres qui craignaient sa détermination.
Il a démissionné après la perte du référendum, mais admet aujourd’hui que ce fut une erreur. Reconnaissons-lui au moins l’honnêteté de nous avoir prévenus d’avance : gouverner une province, ça ne l’intéressait pas.
Quelle stature !
Suzanne Lachance
