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C’est avec une certaine lassitude que j’écris cette lettre. Lassitude devant les arguments tellement convenus et prévisibles de Mme Poisson, vice-présidente du mouvement laïc québécois publiée dans le Devoir du 28 courant.
Mme Poisson nous explique d’abord que Marc cardinal Ouellet veut maintenir l’enseignement à l’école parce qu’il a la conviction que tout autre enseignement moral ne pourrait que mener notre belle jeunesse à la perdition. Bref ce qui l’afflige déjà : un des plus hauts taux de suicide, 40 % d’usage au moins occasionnel de drogues au secondaire, sexualité précoce parfois même au primaire, des records d’avortements, la violence sur les cours d’école, etc.
Ce qui est frappant ici c’est que Mme Poisson soit étonnée qu’un croyant croie vraiment dans sa foi et qu’il la considère comme la meilleure solution pour lutter contre les maux humains.
Mme Poisson continue en prétendant que Mgr Ouellet s’est fait rappeler par bon nombre d’intervenants sociaux que l’Église n’a pas toujours été et n’est toujours pas un exemple à suivre quant au respect le plus élémentaire des droits de la personne et que certains crimes commis au nom des dogmes de la foi catholique sont tout simplement inexcusables.
Qui sont ces intervenants sociaux ? Quels sont ces crimes commis au nom de la foi ? Ces gens comprennent-ils la différence entre la foi chrétienne et les actes de certains chrétiens qui l’exploitent ? Je doute que Mme Poisson sache que pour les catholiques leur Église n’est pas fondée par des hommes, mais par Dieu et qu’elle est donc infaillible. Par contre, l’Église catholique a toujours enseigné que ses membres sont des pécheurs, et ceci comprend les Papes, les évêques et les prêtres. Toute l’argumentation de Mme Poisson est fondée sur l’amalgame entre les abus de certains membres de l’Église catholique et la doctrine de cette Église. Puisqu’on admet la faute des membres, c’est que les doctrines de l’Église sont fausses.
Mme Poisson pense avoir découvert le pot aux roses : le cardinal Ouellet s’excuse, par exemple, pour un comportement immoral envers les homosexuels. Elle se demande alors si « L’Église [a] rectifié ses positions envers ces personnes ? Non, et elle ne semble pas disposée à le faire. Par conséquent, l’Église catholique est bien mal placée pour donner des leçons de morale à qui que ce soit. » Mme Poisson ne comprend pas la portée des excuses du cardinal Ouellet, parfois maladroites, il est vrai. Il ne n’excuse pas pour la doctrine de l’Église – abhorrer l’acte homosexuel, mais respecter les homosexuels – il regrette, en revanche, le manque de respect de certains membres de l’Église, parfois éminents.
Mme Poisson poursuit cet amalgame pour déclarer que la preuve est faite que « l’obéissance à certains préceptes religieux [est] souvent en conflit avec les devoirs moraux les plus élémentaires. » Il faudrait d’abord que Mme Poisson nous dise quels sont les devoirs moraux les plus élémentaires en matière d’homosexualité... En quoi la « morale humaniste universelle » approuverait-elle les actes homosexuels ? Quelle est cette « morale humaniste universelle » ? Il ne peut s’agir de la « loi naturelle » intemporelle chère à Saint Augustin puisqu’elle condamne les actes homosexuels... Il est d’ailleurs assez paradoxal que ceux qui, naguère, prônaient le relativisme moral, pour bannir l’échelle de valeurs entre les civilisations, nous parlent désormais de morale universelle quand il parle de leurs préjugés. Le simple fait d’ajouter ce qualificatif d’ « humaniste » ne trahit-il d’ailleurs pas le fait que cette morale n’est pas universelle ? Pourquoi serait-elle alors meilleure que les autres ?
De toute façon, il est douteux que cette morale humaniste puisse exister hors les terres influencées par le christianisme. Comme le professeur René Girard l’affirme « si l’on avait proposé à un Grec de donner des droits à une victime, il n’aurait même pas ri, il n’aurait simplement pas compris. »
M. Girard n’est pas le seul à critiquer cet humanisme athée qui, pour d’aucuns, pourrait fonder une « morale universelle ». Henri Lubac déclarait, en effet : « Il n’est pas vrai que l’homme ne puisse organiser la terre sans Dieu. Ce qui est vrai, c’est que, sans Dieu, il ne peut en fin de compte que l’organiser contre l’homme. L’humanisme exclusif est un humanisme inhumain. » Lubac concluait que la doctrine humaniste athée conduisait immanquablement au désespoir, à un manque d’humilité et à un manque de charité.
Mme Poisson continue son épître en regrettant des omissions dans l’ancien cours d’enseignement moral catholique. Les laïcs militants comme elle devraient dicter ce que ce cours aurait dû contenir : il faut ajouter des mentions de philosophe, moins de récits bibliques. Et quoi encore ? Pourquoi ne pas admettre la diversité ?
Notons encore l’étrange accusation de Mme Poisson quand elle parle du racisme supposé de l’Église catholique en citant la controverse de Valladolid qui serait « à l’origine de l’esclavage des Noirs dans les Amériques ». D’une part, cette controverse en 1550 n’a pas porté sur les Noirs, mais les Indiens, et d’autre part, c’est la position de Las Casas qui fut soutenue par le Vatican : les Indiens avaient bien une âme et ne devaient pas être faits esclaves ! Mme Poisson passe sous silence tout l’humanisme de cette décision, c’est assez paradoxal, mais normal pour une militante. Quant à l’esclavage des Noirs, il était déjà pratiqué avant Valladolid en Espagne, au Cap-Vert et en Amérique (le premier bateau d’esclaves africains est arrivé aux Antilles en 1518) et il s’explique principalement par l’effondrement démographique des Caraïbes et non par le racisme de l’Église catholique. Rappelons que Las Casas s’opposa également à l’esclavage africain dans les Amériques dès qu’il le vit en action.
On ne peut qu’espérer que Mme Poisson ne doive pas expliquer le catholicisme dans le nouveau cours d’éthique et de culture religieuse ! Quels professeurs de ce cours pourront d’ailleurs ne fût-ce que décrire correctement les doctrines du catholicisme ? Ne parlons pas du protestantisme, de l’islam ou du judaïsme...
Patrick Andries
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Voici la morale humaniste universelle qui soutient tout mon propos ; je pensais naïvement sans doute que tous les lecteurs sauraient d’emblée à quoi je faisais référence. Veuillez m’excuser.
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme Préambule Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.
Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme.
Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression.
Considérant qu’il est essentiel d’encourager le développement de relations amicales entre nations.
Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, et qu’ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.
Considérant que les Etats Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l’Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Considérant qu’une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement.
L’Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l’homme comme l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l’esprit, s’efforcent, par l’enseignement et l’éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d’en assurer, par des mesures progressives d’ordre national et international, la reconnaissance et l’application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.
On m’informe > Pour votre information concernant la controverse de Valladolid
J’avais lu ce petit bout de Wikipédia (uniquement français dont la neutralité est souvent douteuse).
Et comme je l’indiquais il est faux : 1) de dire que cette décision est basée sur le racisme (prouvez-le) 2) que le commerce triangulaire n’existait pas avant puisque le 1er bateau d’esclaves africains est arrivé aux Antilles 30 ans avant la controverse.
http://en.wikipedia.org/wiki/Slavery_in_the_Spanish_New_World_colonies « In 1518 the first shipment of African-born slaves was sent to the West Indies. »
Je pensais l’avoir pourtant dit...
Il n’y a aucun humanisme dans le fait que le Vatican ait soutenu Las Casas lors de la controverse de Vallodolid. Si tant est qu’humanisme signifie quoi que ce soit de positif.
Je trouve le simple fait que des hommes (des docteurs de l’Eglise !) se soient interrogés sur l’humanité des indiens, totalement aberrant et inacceptable !

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