La discrimination que les chartes autorisent

Quelle égalité pour les femmes ?

Billet — Louis Lapointe
lundi 8 mars 2010
717 visites 6 messages

Peu importe qu’elles proviennent de minorités religieuses, linguistiques ou nationales et sans égard à leur orientation sexuelle, qu’elles soient pauvres, jeunes ou vieilles, les femmes ne peuvent pas être considérées dans leur ensemble ou leur individualité comme des personnes formant une minorité ou un groupe, tout simplement parce que les femmes ne sont pas un vague groupe ou une quelconque minorité, mais bien parce qu’elles sont la moitié de l’humanité sans qui l’autre moitié n’existerait pas. Elles sont la matrice du genre humain.

Contrairement aux coutumes issues de la pratique religieuse, l’existence de la femme n’est pas un banal fait de société de la nature d’un accommodement qui demande à être codifié ou reconnu dans la loi ou par les tribunaux. Il s’agit plutôt d’une identité biologique à la base même de l’existence de la vie humaine sur terre.

Nous le savons tous, l’humanité ne pourrait pas exister s’il n’y avait pas des hommes et des femmes pour se reproduire. La relation homme/femme est fondamentale dans l’histoire de l’humanité, puisqu’elle précède la production de tous les autres faits de société qui lui sont forcément subordonnés. Sans femmes, il n’y aurait ni enfants, ni hommes, il n’y aurait pas de société…

La suprématie de la relation homme/femme est donc un fait qui découle de la biologie, incontestable scientifiquement. Elle est une loi universelle qui transcende toutes les dimensions de la société, qu’elles soient politiques, économiques, culturelles et religieuses.

***

Comment pourrait-on alors permettre à l’autre moitié de l’humanité - les hommes - de recourir à une pure fiction - la religion - pour rompre cet équilibre qu’on a tant bien que mal tentée d’établir entre les hommes et femmes au cours des 50 dernières années dans une société qu’on dit libre et démocratique, le Québec ?

Comment ne pas constater que les grandes religions sont toutes dominées par des hommes et que, depuis des millénaires, elles sont devenues les outils privilégiés de la domination des hommes sur les femmes, quand ce n’est pas la domination d’un conquérant sur tout un peuple, comme on l’a vécu ici même au Québec après la conquête.

Dans cette perspective, permettre à des hommes issus de minorités d’utiliser la religion pour asservir les femmes de leur communauté est donc tout à fait contraire au principe universel d’égalité entre les hommes et les femmes reconnu au Québec.

Prétendre que les femmes ont le droit de pratiquer un culte en se couvrant totalement le corps et le visage en public, alors que les hommes de cette même religion n’ont pas l’obligation de le faire, une situation manifestement inégalitaire, est totalement ridicule quand on sait que ces religions se sont construites sur l’asservissement des femmes dans la terreur du châtiment, que c’est là un de leurs buts !

Il n’y a pas de liberté de culte lorsque ce culte est imposé à un sexe par un autre sexe au sein d’une communauté dont la religion dominante permet d’ériger le sexisme en système en l’inscrivant dans les mœurs de cette même communauté, cette religion étant devenue au fil des siècles le ciment culturel de l’asservissement des femmes.

***

Comment ne pas aussitôt constater qu’au sens de nos chartes, il s’agit là d’une forme de discrimination systémique qu’on encourage au nom de la liberté de religion inscrite dans ces mêmes chartes ? Belle dichotomie pour nos savants juristes de la Commission des droits de la personne qui n’en sont pas à leur première absurdité dans leurs exégèses au sujet des accommodements raisonnables.

Comment ne pas également constater que ces femmes, qu’on dit libre de porter des signes religieux, sont en fait les victimes de la discrimination systémique inscrites dans les chartes sanctionnées par la Cour Suprême du Canada.

Les chartes seraient-elles devenues l’outil privilégié de la domination des hommes sur les femmes grâce au droit de discriminer qu’elles reconnaissent aux groupes religieux ?

Loin de consacrer le principe de la séparation de l’Église et de l’État, par leur tolérance à l’égard de comportements discriminatoires au sein de ces groupes religieux, les chartes ne reconnaîtraient-elles pas le caractère prépondérant des religions communautaires en les autorisant à imposer leurs propres lois aux citoyens issus de leurs communautés ?

Sous l’égide des chartes, la liberté de religion serait alors devenue le prétexte à un retour de la domination des hommes sur les femmes, consacrant l’inégalité entre les deux sexes au sein de certaines communautés minoritaires, parce que leur religion l’autoriserait !

Quoiqu’en dise la Cour Suprême, ce n’est tout simplement pas raisonnable !

Commentaires

  • Denis Julien de Lotbinière, 10 mars 2010 09h14

    Nous avons la chance de militer pour l’indépendance du Québec.

    Ce combat doit aussi faire en sorte que la constitution du Québec soit très claire, nette et précise à ce sujet et définisse le rôle et la place de la religion dans la société.

    Elle doit aussi, énumérer les valeurs universelles et non négociables qui font consensus au Québec dont, les valeurs démocratiques et l’égalité des hommes et des femmes.

    Cette constitution doit aussi mentionner que le français est la langue commune de tous ses citoyens.

    Cela doit être bien compris par ceux et celles qui choisissent de venir vivre ici, participer à l’enrichissement la société québécoise.

    Le Québec n’est pas un no mans’land où chacun choisit à la carte ce qui lui convient ou pas !

  • Denis Julien de Lotbinière, 10 mars 2010 08h53

    Au risque de me répéter, c’est la définition ainsi que la place de la religion qui doivent être définies dans ces chartes afin d’éliminer toute ambiguïté.

    La religion s’inscrit dans une démarche personnelle et privée . Elle s’exerce à la maison et dans les temples respectifs de chacune d’elles. La cabane à sucre est un endroit de divertissement pas un lieu de culte. On y va pour déguster des produits de l’érable et s’amuser en groupe. ce qui devient de plus en plus insupportable au Québec depuis un certain temps ; c’est le mélange des genres !

    Je n’éprouve aucune difficulté à ce que les gens aient une vie spirituelle. Puis-je souhaiter qu’on me fiche la paix avec cela dans l’espace public ?

    En ce qui concerne les signes religieux, tout ce qui empêche et bloque la communication entre les êtres humains. Tout ce qui enferme et isole. Tout ce qui rend problématique ou impossible, l’intégration, C’EST NON MERCI !

  • Jean-François-le-Québécois, 9 mars 2010 10h46

    @ Térez Lavoie :

    « ...autant dire qu’on arrive peu à peu aux frontières de l’Absurdkistan. »

    J’aime bien votre façon de le présenter ! Merci.

    Mais la question fondamentale, au fond, c’est que si les femmes d’ici, se sont émancipées, au moyen de maints efforts, pourquoi le statut de la femme, au Québec, devrait-il reculer au nom de la liberté de pratique religieuse de femmes venues d’ailleurs ?

    Des femmes venues d’ailleurs, soit de sociétés dans certains cas, où les services assurés par l’organisation sociale en place, ne comprennent pas nécesssairement l’électricité ou l’eau courante, en passant...

  • Hélèna, 8 mars 2010 20h47

    Vous parlez juste et d’aplomb monsieur Lapointe. C’est une femme qui vous remercie de cet article très clair, sans des si et des peut-être. Il n’y a pas à tergiverser, à hésiter et à se mettre à s’apitoyer sur celles et ceux qui se disent "victimes" de discrimination parce qu’ils demandent de reproduire ici, au Québec, ce que d’autres ont fui en quittant le même pays : la tyrannie imposée par l’homme au nom d’une religion. Des petits feux de discorde s’allument un peu partout. Le Gouvernement attise ces feux pour nous distraire pendant que le dos tourné, il trahit le peuple et le Québec entier (HydroQc et NB, les centrales nucléaires etc.).

    C,est assez d’être crédule et de croire que, finalement, il n’ y a pas grand chose de grave dans ces gestes et ces actions : les signes religieux ostentatoires peuvent être des armes contre notre liberté, à nous, les femmes.

  • Terez Lavoie, 8 mars 2010 20h06

    Effectivement, les interprétations de la charte des droits et liberté de la personne n’en sont pas à une incohérence près. Quand, au nom de cette charte, on revendique le droit de se nier en tant que personne, autant dire qu’on arrive peu à peu aux frontières de l’Absurdkistan.

  • Jean-François-le-Québécois, 8 mars 2010 17h22

    @ Louis Lapointe :

    « Belle dichotomie pour nos savants juristes de la Commission des droits de la personne qui n’en sont pas à leur première absurdité dans leurs exégèses au sujet des accommodements raisonnables. »

    C’est que dans la vision canadienne des choses, la liberté de religion, ça s’exprime, dans sa totalité, dans l’espace public. Un exemple : les symboles ostentatoires comme le kirpan et le fameux niqab.

    La liberté de pratiquer la religion qu’est l’islam, au Rest of Canada, est conçue comme une presque obligation, d’importer ici la façon dont est pratiquée cette même religion, dans certains pays du Tiers Monde. La façon de vivre que nous avons ici (ceci incluant les rapports entre les hommes et les femmes), est plutôt différente de ce qu’on peut retrouver dans certains de ces pays-là...

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