Petit à petit, après avoir profité des attraits de la nouveauté et d’un traitement médiatique royal, Québec solidaire retrouve la place qui devrait être la sienne, celle d’un parti marginal sur l’échiquier politique québécois.
Le plus récent sondage CROP-La Presse indiquait que ce nouveau parti ne recueillait plus que 3 % des intentions de vote, un score étonnamment bas compte tenu de l’insatisfaction envers le gouvernement et du taux élevé d’indécis de 20 %. À 3 %, Québec solidaire commence à ressembler à un Québec solitaire...
Québec solidaire jouit clairement d’un fort courant de sympathie, en raison des causes nobles auxquelles on l’associe, de la personnalité attachante de Françoise David, de l’attrait pour tout ce qui incarne une nouvelle façon de faire de la politique, d’un style qui " pogne " auprès des amis du Plateau. Même Pauline Marois, alors en course au leadership péquiste, disait que son coeur allait du côté du manifeste des solidaires.
Cela a permis à Québec solidaire d’entretenir une énorme confusion en interprétant cette sympathie diffuse comme un appui à son idéologie. Pour la même raison, pas grand-monde ne se donne la peine de regarder de près ses idées. Mais quand on gratte un peu, derrière l’image rassurante de Mme David, on trouve une vision du monde dans laquelle la grande majorité des Québécois ne se reconnaîtraient pas et des militants, à commencer par Amir Khadir, qui repousseraient la plupart d’entre eux.
On l’a encore vu le week-end dernier, lors du conseil national du parti, quand Françoise David s’est lancée dans une croisade pour taxer les riches. " À voir la quantité de châteaux qui se construisent maintenant... il doit y avoir des gens qui sont capables de se les payer et de payer l’hypothèque mensuelle... Ces personnes pourraient faire un effort additionnel en ce qui concerne l’impôt... Ce n’est pas " faisons payer les riches " uniquement. C’est demander aux populations aisées et riches de faire leur part pour permettre au Québec d’avoir des ressources additionnelles. " Et bien sûr, du même souffle, elle proposait aussi de faire casquer les entreprises.
Je suis allé faire un tour dans les plus récentes statistiques fiscales du Québec, celles de 2003. Pour y confirmer d’abord le fait que le système fiscal québécois est très progressif, c’est-à-dire que les populations aisées font leur part. Au Québec, les 20 % des contribuables les plus fortunés paient 71,7 % de l’impôt sur le revenu ! Et les 60 % les moins fortunés n’en paient que 7,3 % ! Et les plus riches, les 100 000 $ et plus, qui ne représentent que 2,3 % des contribuables, mais qui touchent 14 % des revenus, paient 25 % des impôts.
Nous savons aussi que les Québécois paient déjà beaucoup. Ils sont les contribuables les plus taxés en Amérique du Nord. Ils paient plus d’impôts sur le revenu que presque partout dans le monde industrialisé, France, Japon, Grande-Bretagne, Italie, Allemagne. Pour trouver un fardeau fiscal plus élevé, il faut aller dans les pays scandinaves.
On pourrait donc payer plus. Mais si on veut amorcer ce débat, il faut répondre à plusieurs questions. Qu’est-ce qu’un système fiscal juste ? Qu’est-ce qu’on entend par riche ? Les classes moyennes, déjà très sollicitées, ou les très riches, trop peu nombreux pour que ça fasse une différence ? Combien veut-on aller chercher ? Quelles en seraient les effets économiques ? Peut-on importer certains éléments du modèle scandinave à la pièce ? Peut-on taxer davantage les entreprises, même si elles paient plus qu’ailleurs, sans effets sur la croissance, les emplois, les régions ? Sans cette réflexion, la proposition de Mme David n’est rien d’autre qu’un slogan populiste.
Cela nous rappelle néanmoins que Québec solidaire n’a rien à voir avec les partis de gauche occidentaux, socialistes ou social-démocrates. Son projet de société n’existe nulle part, sinon peut-être dans le Venezuela d’Hugo Chavez. C’est un parti à gauche de la gauche. Et s’il fallait lui donner une étiquette- pourquoi se gêner face à des gens qui les distribuent généreusement- le label le plus précis serait sans doute celui de néo-marxistes. Pas le marxisme de l’ancien bloc soviétique, mais un anticapitaliste et un refus de l’économie de marché que l’on retrouve dans les partis communistes d’Europe de l’Ouest, ou dans les courants populistes d’Amérique latine proches du castrisme.
Après toutes ces décennies où l’on a voulu réinventer la politique, Québec solidaire, qui veut faire payer les riches, revient exactement aux solutions de la vieille gauche syndicale des années soixante. On a bien sûr ajouté quelques rubans colorés qui changent l’image, du rose pour le féminisme, un peu de vert pour l’environnement. Mais on retrouve les mêmes vieilles cassettes, ou plutôt, soyons modernes, les mêmes fichiers MP3.


