Québec s’efforce de développer ses relations internationales sans empiéter sur les prérogatives du gouvernement fédéral

Le Monde
mardi 1er juillet 2008

L’idée de Jean-Pierre Raffarin, selon laquelle il serait temps de dépasser, dans les relations entre la France et le Québec, la formule prêtée à Alain Peyrefitte "ni ingérence ni indifférence", a intrigué sur les bords du Saint-Laurent. La formule avait été forgée à un moment où il s’agissait de dépasser les tensions avec le gouvernement fédéral canadien nées de la visite du général de Gaulle en 1967 et de son fameux "Vive le Québec libre !", lancé depuis le balcon de la mairie de Montréal.

L’abandon de cette formule signifie-t-il que le temps de l’indifférence est arrivé, s’est-on demandé au Québec où l’on a trouvé une allitération : "ni-ni, oui-oui", pour dire que la relation directe établie entre la France et le Québec ne doit pas faire scandale à Ottawa. Le mot d’ordre est à la "maturité", au dépassement des petites querelles protocolaires dont la portée politique était, dans le passé, largement exagérée.

Le gouvernement libéral du Québec, bien que fédéraliste, n’en est pas moins attaché aux prérogatives de la province. Tout ce qui est du pouvoir de Québec à l’intérieur doit être dans ses compétences à l’extérieur. Quand un accord international touche le pouvoir des provinces, ces dernières doivent avoir leur mot à dire. Et quand il s’agit de compétences exclusives, c’est à elles qu’il revient d’agir sur la scène internationale. Le Québec est ainsi représenté à part entière dans l’organisation de la francophonie, qui va tenir un sommet à l’automne dans la ville de Québec. A l’Unesco, il a un représentant spécial dans la délégation canadienne. Il a ouvert un bureau à Washington, indépendant de l’ambassade du Canada, pour suivre les relations avec la Banque mondiale et l’Organisation des Etats américains (OEA).

Les réunions internationales, comme le sommet Canada-Union européenne, qui auront lieu au Québec, au même moment que les festivités du 400e anniversaire, vont-elles contribuer à rehausser le statut international de la province ? Pas nécessaire, répond-on à Québec. La reconnaissance d’un "rôle particulier" de la province sur la scène mondiale est une chose acquise. Elle va de pair avec la reconnaissance par le Parlement fédéral de la "nation" québécoise, au sein certes du Canada mais la détente dans les relations entre le gouvernement central et le gouvernement québécois a eu une influence positive sur les rapports entre le Québec et l’étranger.

"CHICANERIES"

C’est vrai dans les relations avec la France qui peuvent être d’autant plus facilement paisibles que chaque avancée dans la coopération n’est pas vécue à Ottawa comme une atteinte à la souveraineté du Canada, comme cela pouvait être le cas il y a quelques années.

Si les "chicaneries", comme on dit ici, appartiennent au passé, les Québécois se veulent "vigilants". Il ne faudrait sans doute pas grand-chose pour rallumer les suspicions, un empiétement des autorités fédérales dans une compétence provinciale par exemple ou, a contrario, une tentative québécoise de franchir la ligne rouge, largement imaginaire qui sépare l’autonomie dans les affaires internationales de la souveraineté pleine et entière.

La renonciation de la France à la doctrine "ni ingérence ni indifférence" ne soulève pas de difficulté dans des temps apaisés. Mais que se passerait-il si le Québec se réengageait sur la voie souverainiste ? La France refuserait-elle son soutien aux Québécois ?

Aujourd’hui, la question est largement théorique. Le Parti québécois a perdu beaucoup de son influence au cours des dernières années et il n’est même plus le deuxième parti du Québec, donc le représentant de l’opposition officielle. Bien que minoritaire, le Parti libéral au pouvoir lui a enlevé une partie de son fonds de commerce traditionnel en utilisant au profit de la province toutes les marges de manoeuvres laissées par l’interprétation actuelle du fédéralisme.

De plus, les Québécois semblent se satisfaire d’une situation qui leur assure la prospérité économique. Les choses peuvent changer. Le souverainisme n’est pas à l’ordre du jour mais la parenthèse n’est pas définitivement refermée.

Daniel Vernet

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