Crise : Moment décisif, remise en question.
Au colloque annuel des Intellectuels Pour la Souveraineté, la responsabilité de clore l’événement fut confiée au légendaire Jacques Parizeau, combattant indépendantiste de la première heure s’il en est un. Le journal Le Devoir fit preuve d’une mauvaise foi nauséabonde à laquelle nous avait plutôt habituée La Presse. « Enfermez-le ! » s’exclamait, avec une fausse indignation, Michel David, qui vient d’ailleurs d’imputer à l’ex-premier ministre la responsabilité de la défaite de Paul Crête dans la circonscription de Rivière du Loup. Des propos qui ont trouvé écho chez –hélas- bien des péquistes, qui préfèrent chercher un bouc émissaire afin de remettre aux calendes grecques la remise en question qui se fait attendre au sein de ce parti depuis une bonne dizaine d’années. Les péquistes auraient intérêt à se rappeler des propos de Pauline Marois en 2005 sur les cinq années de perturbation suite à un Oui… Qu’a dit Parizeau l’hérétique pour mériter d’être crucifié sur la place publique ? A-t-il dépassé les limites de la liberté d’expression ? Une nouvelle affaire Michaud ? Une simple visualisation de la conférence en question suffit…
En outre, il y a selon moi un certain nombre d’idées à retenir de l’exposé de "Monsieur". Je vous livre mon interprétation personnelle de celles-ci :
Il n’y a que trois façons de faire l’indépendance : La violence, un vote au Parlement ou un référendum. Puisque la première option est à exclure sans nuances, les deux autres sont les seuls moyens envisageables, et s’y opposer revient à être contre l’indépendance.
La souveraineté n’est pas impopulaire contrairement à ce que certains affirment. Les chiffres du sondage confidentiel du Bloc Québécois, révélés par Monsieur, sont des plus éloquents. Cependant, s’ils peuvent sembler rassurants, ils incitent au contraire à reprendre le flambeau, pas à asseoir sur ses lauriers.
Les québécois veulent la souveraineté mais la craignent, préférant une refonte du fédéralisme en faveur du Québec, alternative impossible mais beaucoup plus sécuritaire.
Les échecs des tentatives de renouvellement du fédéralisme ont toujours été favorables à notre option, mais ils ne sont pas survenus au bon moment. Les propos de Monsieur sur les crises impliquaient tout simplement que les souverainistes devraient être au gouvernement pour exploiter les retombées d’un nouvel échec du « statut particulier ». Une crise, par définition, est une période de transition et de remise en question, devant déboucher sur quelque chose. Un gouvernement indépendantiste à Québec devra se doter d’une véritable stratégie d’état, afin que cette transition ne débouche pas sur une situation identique ou similaire, mais sur le pays. Gilbert Paquette, ex-ministre péquiste sous René Lévesque, exposa également cette thèse dans un excellent essai publié en 2008 : Dans "La nécessaire alliance", M. Paquette expliquait qu’il fallait une entente entre autonomistes et souverainistes, afin que les premiers réclament des pouvoirs supplémentaires pour le Québec. En cas de succès, le Québec n’en sera que plus fort et le gouvernement fédéral devra rendre des comptes aux autres provinces qui demanderont sans doute la même chose (en somme, nous plaçons le fédéralisme devant ses contradictions et le poussons à la limite de sa logique), en cas de refus, la cause connaîtra des sursauts de popularité, permettant aux indépendantistes de poser des gestes concrets en faveur de leur option. En 2004, Robert Laplante proposait plutôt une série d’actes d’état anticonstitutionnels à promettre pendant l’élection et à réaliser suite à la prise du pouvoir. Entre Paquette, Parizeau et Laplante, il n’y a que des différences de modalités et de tactiques. Une même philosophie énergique unit ces trois patriotes. S’en imprégner équivaut à connaître les règles du jeu et à être prêts à jouer. Avez-vous déjà remarqué que les chances de victoire sont toujours plus grandes lorsque nous sommes libérés de la peur de perdre ? Soyons clairs : le statu quo, la stabilité et la sécurité signifient que nous reculons : recul de notre langue, recul de notre culture, recul dans nos finances publiques, recul de notre économie, etc. Ce statu quo doit être brisé. Or, résister et utiliser convenablement l’État québécois équivaut à engager un bras de fer. Nous créerions une crise. Par exemple, nous refusons depuis si longtemps d’aborder la question de langue pour ne pas perturber la « paix linguistique » qui règne. Qu’en est le résultat ? Le français est en danger. Pourquoi une telle attitude ? Parce que nous avons peur, non seulement du rouleau compresseur de la Cour suprême et de ses jugements néototalitaires, mais aussi des réactions populaires. Que se passerait-il si nous décidions d’utiliser l’état québécois afin de renforcer notre législation linguistique et re-françiser notre société ? Nous créerions une crise. Sommes nous à ce point noyés par la rectitude politique et par les normes dictées par Power Corporation ? Nous craignons le mur et cherchons à le contourner plutôt que de le défoncer.
Afin que la souveraineté puisse garder le même pouvoir d’attraction et ce statut de « solution de rechange » chez les souverainistes mous et les autonomistes, il faut se livrer à une promotion constante et sans relâche de la cause indépendantiste et des avantages de sa réalisation.
Pour conclure, je dirais que, mis à part ses précieuses observations, Jacques Parizeau, nous a rappelé en ce 6 juin 2009 ses talents de chef de guerre et de stratège d’état, avec ténacité, intelligence, audace et autorité ; tant de caractéristiques qui nous font grandement défaut aujourd’hui. La place de "Monsieur" dans l’histoire du Québec est assurée. Inspirons nous de son courage.
Je terminerai par une devinette historique. Quel événement accentua considérablement la fracture entre canadiens-anglais et canadiens-français en 1917, suscitant l’enthousiasme des premiers et la colère des seconds ? Indice : Cet événement se répéta en 1942 et poussa même cette fois les nationalistes à construire un instrument politique, le Bloc Populaire, qui fit élire des députés à Québec et à Ottawa ? Deuxième indice : Il contribua à créer une atmosphère fertile pour le mouvement indépendantiste qui allait naître moins de vingt ans après.
Réponse : La Crise de la Conscription.


